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L’industrie automobile est au bord de l’effondrement selon le patron de Mercedes

Albert Lecoq

Ola Källenius, PDG de Mercedes-Benz et président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), vient de lancer un avertissement sans précédent. Dans une interview accordée au journal économique allemand Handelsblatt, il prédit ni plus ni moins que l’effondrement de l’industrie automobile européenne si l’Union européenne maintient son interdiction de vente des véhicules thermiques neufs prévue pour 2035. Une prise de position qui marque un virage à 180 degrés pour le constructeur allemand, qui affichait encore en 2021 ses ambitions d’abandon total des moteurs à combustion d’ici la fin de la décennie.

Un changement de cap radical chez Mercedes-Benz

Il y a seulement quelques années, Mercedes-Benz faisait figure de pionnier dans la transition électrique. Le constructeur de Stuttgart s’était engagé à cesser la vente de véhicules thermiques “là où les conditions de marché le permettraient”. Cette stratégie ambitieuse a depuis été abandonnée, et Källenius adopte désormais un discours diamétralement opposé.

“Nous avons besoin d’un contrôle de réalité. Sinon, nous fonçons à toute vitesse contre un mur”, déclare-t-il. Le dirigeant plaide pour une approche “neutre technologiquement” de la décarbonation, insistant sur la nécessité de ne pas perdre de vue l’économie européenne. Cette volte-face illustre les difficultés rencontrées par l’ensemble du secteur automobile face aux défis de l’électrification.

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Des chiffres qui révèlent une réalité préoccupante

Les statistiques de l’ACEA donnent raison aux inquiétudes du patron de Mercedes. Au premier semestre 2025, les voitures électriques ne représentaient que 17,5 % des ventes totales dans les pays de l’UE, le Royaume-Uni et les nations de l’Association européenne de libre-échange. Un pourcentage bien loin des objectifs européens pour 2035.

La répartition actuelle du marché européen révèle l’ampleur du défi :

  • Véhicules électriques purs : 17,5 %
  • Véhicules hybrides rechargeables : 8,7 %
  • Hybrides traditionnels (incluant les mild-hybrid) : 35 %
  • Véhicules thermiques : environ 38,8 %

Ces données soulignent que les technologies électrifiées, même combinées, peinent encore à convaincre massivement les consommateurs européens. Pour Mercedes spécifiquement, la situation s’avère encore plus délicate avec seulement 8,4 % de ses livraisons mondiales constituées de véhicules électriques au premier semestre, en baisse par rapport aux 9,7 % de la même période en 2024.

L’effet psychologique de l’interdiction de 2035

Källenius met en garde contre un effet pervers de l’interdiction programmée : la ruée vers les véhicules thermiques avant l’échéance fatidique. Selon lui, cette course contre la montre des consommateurs pour acquérir leur dernière voiture à essence ou diesel “n’aide pas du tout le climat”. Cette prédiction soulève des questions légitimes sur l’efficacité de la stratégie européenne.

Le PDG de Mercedes anticipe un comportement d’achat irrationnel qui pourrait paradoxalement retarder la transition énergétique. Les consommateurs, craignant de ne plus avoir accès aux technologies qu’ils maîtrisent, pourraient reporter leurs achats de véhicules électriques, créant un pic de demande pour les motorisations traditionnelles juste avant leur interdiction.

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Une réglementation européenne sous pression

L’interdiction de 2035 n’est heureusement pas gravée dans le marbre. La Commission européenne a prévu une révision de cette réglementation dans les mois à venir. En mars dernier, l’exécutif européen réaffirmait pourtant son engagement vers des émissions de 0 g/km de CO₂ pour les voitures neuves à partir du milieu de la prochaine décennie.

L’opposition croissante des constructeurs et les réalités du marché pourraient néanmoins influencer cette révision. Des technologies comme les hybrides rechargeables ou les hybrides complets pourraient bénéficier d’un sursis au-delà de 2034, offrant une transition plus progressive vers l’électrification totale.

Les enjeux économiques d’une transition forcée

Au-delà des considérations environnementales, Källenius pointe du doigt les risques économiques d’une approche trop rigide. L’industrie automobile européenne emploie des millions de personnes et constitue un pilier de l’économie continentale. Une transition mal gérée pourrait fragiliser cet écosystème industriel face à la concurrence mondiale, notamment asiatique.

Le patron de Mercedes plaide pour une approche pragmatique qui concilie objectifs environnementaux et réalités économiques. Cette position reflète les préoccupations d’un secteur confronté à des investissements colossaux dans l’électrification, tout en devant maintenir sa compétitivité sur un marché global de plus en plus concurrentiel. La suite de cette bataille réglementaire déterminera l’avenir de l’automobile européenne pour les décennies à venir.

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