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Mercedes AMG électrique : même les puristes sont convaincus par le V8 artificiel

Michael Ptaszek

Ola Källenius, le PDG de Mercedes-Benz, n’est pas vraiment le profil qu’on associe spontanément à la conversion électrique. Ancien patron d’AMG, ancien responsable du programme moteur F1 de Mercedes à Brixworth, directeur des opérations chez McLaren au moment du SLR — autant dire que cet homme a de l’essence dans les veines. Et pourtant, après un premier tour de roue au volant de la nouvelle Mercedes-AMG CLA 45 électrique, sa réaction a été radicale : “J’étais comme un born-again Christian”, a-t-il confié au journaliste James Attwood d’Autocar lors d’une prise en main de la nouvelle C-Class électrique en Finlande. La comparaison est forte, elle mérite qu’on s’y attarde.

Un V8 virtuel qui convainc même les puristes

Ce qui a visiblement retourné Källenius, ce n’est pas simplement la puissance brute de la CLA 45, mais bien la qualité de la simulation sonore et sensorielle que Mercedes a développée pour accompagner son moteur électrique haute performance. Le système reproduit le comportement d’un V8 thermique avec une précision bluffante : coups de pétarade, passages de vitesses virtuels avec leur feedback sensoriel, et une montée en régime mimant fidèlement la courbe d’un vrai moteur à explosion. “C’était le meilleur V8 que j’aie jamais conduit, avec toute la sensation d’un V8 mais avec plus de puissance et de couple”, a-t-il déclaré. Venant d’un homme qui a supervisé certains des moteurs les plus aboutis de la planète, la formule ne peut pas être balayée d’un revers de main.

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Mercedes n’est pas seul sur ce terrain. Hyundai Ioniq 5 N et la Dodge Charger Daytona utilisent des approches similaires pour doter leurs versions sportives d’une bande sonore convaincante et de changements de rapports simulés. Mais l’AMG GT électrique, dévoilé en mai 2026 et annoncé avec plus de 1 000 chevaux, pousse le concept encore plus loin, avec le même type de signature sonore artificielle. Mercedes fait clairement de ce choix un axe stratégique, pas un simple gadget marketing.

La performance électrique comme nouveau terrain de jeu AMG

Källenius voit dans l’électrification non pas un frein à l’ambition sportive de Mercedes, mais une opportunité de croître sur ce segment. “Notre intention est de développer de manière disproportionnée la partie performance de notre activité”, a-t-il affirmé. Pour y parvenir, AMG travaille désormais sur des plateformes dédiées qui maximisent les performances dynamiques, tout en partageant des composants avec le reste de la gamme Mercedes — une logique industrielle qui permet de tenir un rythme de développement ambitieux.

Pour mettre les choses en perspective sur l’offensive produit actuelle, voici ce que Mercedes engage d’ici fin 2027 :

  • 40 nouveaux modèles en trois ans, répartis sur les architectures électriques MMA et MB.EA
  • La Mercedes CLA et son autonomie annoncée de près de 800 km, l’une des plus élevées du marché
  • Une nouvelle C-Class et un nouveau GLC électriques, partageant le système d’exploitation MB.OS
  • L’AMG GT électrique avec plus de 1 000 ch et son moteur V8 simulé
  • La CLA 45, vitrine technologique de la simulation sensorielle AMG
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Ce volume est rendu possible, selon Källenius, par une “stratégie d’architecture pensée dans ses moindres détails”. Sa formule est directe : “Si chaque écrou et chaque boulon de chacune de ces voitures était nouveau, vous ne pourriez jamais y arriver.” La mutualisation des plateformes et du logiciel est la clé de voûte de ce déploiement massif.

MB.OS et l’automobile définie par le logiciel

L’entretien avec Autocar a également mis en lumière la montée en puissance du système d’exploitation maison Mercedes MB.OS. Pendant la conduite, l’assistant IA embarqué de la C-Class électrique a interrompu Källenius en pleine phrase pour glisser que “la sensation de conduire à grande vitesse sur l’autobahn peut être exaltante.” Anecdote amusante, mais symptomatique d’une évolution profonde : Mercedes intègre MB.OS aussi bien dans ses véhicules électriques que dans la nouvelle S-Class et C-Class thermiques. La transition vers le logiciel ne concerne donc pas uniquement l’électrique — c’est une transformation de l’ensemble de la gamme.

Cette dimension logicielle change fondamentalement la manière dont on peut concevoir l’expérience de conduite. Les mises à jour à distance, la personnalisation du comportement moteur, la modulation des sons synthétiques ou encore l’intégration de l’IA comme copilote contextuel sont autant de leviers que Mercedes compte activer progressivement. Källenius compare cela à l’époque où l’on débattait de processeurs 386 ou 486 à l’université : “La course technologique a toujours existé comme une combinaison de hardware et de software, mais maintenant vous avez ça dans les voitures aussi.”

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Un marché encore hésitant, une stratégie prudente

Malgré l’enthousiasme personnel de Källenius, il reste mesuré sur l’état réel du marché. Il reconnaît que l’industrie “a passé un cap” sur l’électrification, mais que “le consommateur n’est pas encore tout à fait là”. Une lucidité appréciable, qui contraste avec les discours triomphalistes entendus au début de la décennie.

Sur la question du calendrier, Mercedes maintient son objectif de passer à 100 % électrique à terme, tout en conservant des moteurs thermiques “haute technologie” dans l’intervalle — exactement le même équilibre prudent qu’adoptent la plupart des constructeurs traditionnels face à une demande électrique qui n’a pas suivi les projections initiales. Interrogé sur un éventuel ralentissement du rythme d’innovation, Källenius a répondu en citant Karl Benz, fondateur de la marque : “L’amour d’inventer ne meurt jamais.”

Quant au V8 synthétique lui-même, la question de fond reste ouverte : s’agit-il d’une passerelle vers une nouvelle culture de conduite électrique, ou d’une béquille nostalgique destinée à rassurer une clientèle encore attachée à ses repères thermiques ? L’Ioniq 5 N a prouvé que ces systèmes fonctionnent réellement pour rendre une voiture électrique plus engageante à conduire. Mais à condition — et c’est là l’essentiel — que ça reste une option que le conducteur choisit d’activer, pas une expérience imposée.

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