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Le lancement du Tesla Cybercab à Austin, au Texas, était censé marquer une étape dans le déploiement commercial des robotaxis autonomes. Mais les premiers retours de passagers révèlent un problème que les propriétaires de Tesla dénoncent depuis des années sur les forums : un système de navigation capricieux, capable de transformer un trajet de dix minutes en odyssée d’une heure. Quand le véhicule est autonome, l’irritation devient un vrai problème opérationnel.
Le cas le plus frappant a été relaté sur Reddit par un utilisateur ayant emprunté un Cybercab entre le supermarché 99 Ranch et le quartier du Domain, deux points pourtant relativement proches dans Austin. Le robotaxi a choisi de l’emmener en direction du sud, à travers East Austin, dans ce que le passager a décrit comme “un énorme détour”. Résultat : 70 minutes de trajet au lieu des 10 minutes attendues. L’application de réservation n’avait, de plus, affiché aucune estimation de durée au moment de la commande, laissant le passager dans l’ignorance totale de ce qui l’attendait.
Ce n’est pas un cas isolé. Un journaliste d’Axios a rapporté que le Cybercab l’avait déposé devant le commerce voisin de sa destination réelle. Ces anecdotes s’accumulent suffisamment pour qu’on puisse légitimement se poser des questions sur la fiabilité de la navigation embarquée dans ces véhicules en fonctionnement réel. Tesla n’a pas répondu aux sollicitations des médias concernant ces incidents, ni confirmé s’il s’agissait d’erreurs cartographiques ou de contraintes liées à la zone opérationnelle définie pour la flotte.
Pour comprendre pourquoi ces détours se produisent, il faut s’intéresser à ce que les ingénieurs appellent l’ODD (Operational Design Domain), soit le domaine d’utilisation défini pour le véhicule autonome. Le Cybercab est actuellement limité aux routes urbaines à faible vitesse, sans accès aux voies rapides ou aux autoroutes. Cette restriction n’est pas propre à Tesla : Waymo, par exemple, a attendu plus d’un an de service commercial dans la baie de San Francisco avant de laisser ses véhicules circuler sur les highways avec des passagers à bord.
À Austin, une difficulté supplémentaire vient compliquer l’équation : la ville compte plusieurs passages à niveau ferroviaires à voie unique, que le Cybercab semble également éviter. Combinées à l’interdiction d’emprunter les voies rapides, ces restrictions réduisent considérablement les itinéraires disponibles, obligeant l’algorithme de navigation à trouver des chemins alternatifs qui peuvent s’avérer très peu directs. C’est probablement la combinaison de ces deux facteurs qui explique en grande partie le détour spectaculaire vécu par le passager cité plus haut.
Ce qui rend la situation particulièrement piquante, c’est que les problèmes de navigation ne sont pas nouveaux dans l’écosystème Tesla. Depuis plusieurs années, des propriétaires signalent des comportements aberrants du GPS embarqué, y compris en mode Full Self-Driving supervisé : virages manqués, recalculs intempestifs, itinéraires sous-optimaux sans raison apparente. Sur les forums spécialisés et les groupes de propriétaires, ces témoignages sont légion. La différence fondamentale avec le Cybercab, c’est qu’il n’y a aucun conducteur à bord pour corriger le tir. Quand votre Tesla personnelle part dans la mauvaise direction, vous pouvez reprendre le volant. Dans un robotaxi, vous êtes passager d’une décision algorithmique que vous ne pouvez pas contester en temps réel.
C’est là que l’enjeu change de nature. Un détour de quelques kilomètres dans un véhicule personnel est une nuisance. Dans un service de mobilité commerciale, cela affecte directement l’expérience utilisateur, la confiance envers le service, et potentiellement la tarification du trajet. On peut légitimement se demander si ces incidents seront facturés au passager sur la base du kilométrage réel parcouru ou de la durée effective.
Elon Musk l’a lui-même affirmé : Tesla sera « super paranoïaque » sur la question de la sécurité lors du déploiement de sa flotte autonome. Cette prudence affichée se traduit directement dans les restrictions d’ODD actuelles. L’élargissement progressif à de nouveaux types de routes — voies rapides, passages à niveau, zones périurbaines — prendra du temps, et c’est une approche compréhensible au regard des enjeux de sécurité liés à la conduite entièrement autonome.
Si ces limitations venaient à être levées, une partie des problèmes de routage disparaîtrait mécaniquement, le système disposant d’un éventail plus large d’itinéraires possibles. Mais cela ne résoudrait pas nécessairement les erreurs de navigation intrinsèques, celles qui existaient déjà avant le Cybercab et qui semblent s’être transmises à la flotte robotisée comme un héritage indésirable. Pour les utilisateurs d’Austin qui misent sur ce service pour leurs déplacements quotidiens, la question reste entière : peut-on se fier au Cybercab pour arriver à destination dans un délai raisonnable ? À ce stade du déploiement, la réponse semble encore incertaine.
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