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En Allemagne, le marché de la voiture électrique vit un vrai tournant en ce second semestre 2026. Volkswagen vient de franchir un seuil symbolique sur son marché national : les commandes pour ses modèles 100 % électriques dépassent désormais celles de ses véhicules thermiques. Une première dans l’histoire du groupe. Ce basculement ne se fait pas sans friction, et il dit beaucoup sur l’état réel de la transition énergétique dans le secteur automobile européen.
Il faut remettre les choses dans leur contexte. Volkswagen traverse depuis plusieurs années une passe délicate. Entre janvier et juin 2026, ses livraisons mondiales ont reculé de 6 % sur un an, et ses livraisons de voitures électriques ont accusé une baisse de 5,8 %, principalement pénalisées par ses performances en Chine et aux États-Unis. Deux marchés qui concentrent une pression concurrentielle féroce, notamment de la part des constructeurs chinois. En Europe, le tableau est bien différent : les livraisons électriques du groupe ont progressé de 8 % sur la même période, un signal encourageant au milieu d’une conjoncture globalement morose.
C’est dans ce contexte que la franchise allemande du groupe franchit ce cap historique, rapporté par le média spécialisé Automobilwoche. Volkswagen ne communique pas la répartition exacte des commandes entre électrique et thermique, et il est peu probable que ces chiffres précis apparaissent dans les résultats du troisième trimestre attendus fin octobre. Ce qui est certain, c’est que ce basculement n’est pas un épiphénomène. Selon la VDA, l’association des constructeurs automobiles allemands, les commandes de voitures 100 % électriques passées en Allemagne auprès des marques allemandes ont bondi de 62 % en août 2026 sur un an. Un chiffre d’autant plus frappant qu’Oliver Blume, le patron du groupe, freinait encore fin 2023 le développement de ses gigafactories, invoquant une demande insuffisante.
Volkswagen ne détaille pas officiellement quels modèles tirent ces commandes vers le haut, mais les indices sont clairs. Le lancement de la nouvelle famille de citadines électriques abordables — la Volkswagen ID. Polo, la Volkswagen ID. Cross, la Skoda Epiq et la Cupra Raval — a manifestement produit l’effet attendu. Ces quatre modèles ont déjà dépassé collectivement les 100 000 commandes en Europe, dont 40 000 pour la seule ID. Polo. La progression a été rapide : début juillet 2026, le groupe revendiquait un peu plus de 54 000 commandes alors que la quatrième voiture n’était pas encore disponible à la commande. Fin juillet, lors de la présentation des résultats semestriels, ce chiffre dépassait les 70 000. Au deuxième trimestre, les commandes de véhicules électriques du groupe en Europe ont progressé de plus de 50 % sur un an.
L’un des facteurs clés de ce succès est sans conteste le positionnement tarifaire. Ces citadines sont proposées à des prix inférieurs à la barre symbolique des 30 000 euros :
Ce positionnement est délibéré. Volkswagen mise sur ces modèles pour contrer la montée en puissance des constructeurs chinois, qui ont justement bâti leur succès sur des prix compétitifs dans le segment des citadines et des compactes électriques accessibles.
Ce succès commercial a un revers immédiat : les délais de livraison s’allongent sensiblement. En Allemagne, le patron d’un important groupe de concessionnaires Volkswagen évoque, toujours selon Automobilwoche, au moins dix mois d’attente pour une ID. Polo configurée sur mesure. Volkswagen confirme des délais plus importants que prévu, qu’il attribue à des capacités de production planifiées de longue date sur son site de Martorell, en Espagne, où sont assemblées la Cupra Raval et la Volkswagen ID. Polo. Ces délais varient selon le niveau d’équipement choisi, mais ils constituent un frein réel à la conversion des intentions d’achat en livraisons effectives.
Face à cette situation, le groupe opère plusieurs réajustements industriels. Martin Sander, membre du directoire chargé des ventes, confirme une réorganisation de plusieurs sites de production. À Wolfsburg, fief historique du groupe où sont encore produits des modèles thermiques, Volkswagen renonce aux équipes supplémentaires initialement prévues. L’usine devrait ainsi produire environ 580 000 véhicules en 2026, contre 600 000 envisagés au départ. À l’inverse, les sites dédiés aux véhicules électriques montent en cadence :
La bonne dynamique des commandes ne résout pas la question de la rentabilité, et c’est là que la situation se complique pour Volkswagen. Le groupe gagne structurellement moins d’argent sur une voiture électrique que sur un modèle thermique comparable. Les coûts de production, notamment liés aux batteries, restent élevés malgré les progrès réalisés sur les cellules LFP et NMC ces dernières années. Le résultat opérationnel du groupe a reculé de 11,6 % au premier semestre 2026, à 5,9 milliards d’euros, pour une marge opérationnelle de seulement 3,8 %. Volkswagen se retrouve donc dans une position délicate : vendre plus de voitures électriques, oui, mais au prix d’une pression accrue sur ses marges, dans un contexte où chaque euro compte.
Cette équation industrielle et financière est partagée par l’ensemble des constructeurs européens, qui doivent simultanément investir massivement dans les nouvelles plateformes électriques, absorber la concurrence chinoise sur les prix et respecter les objectifs réglementaires européens. L’Union européenne maintient en effet l’interdiction des voitures neuves thermiques à partir de 2035, même si la Commission européenne a proposé en décembre 2025 d’en assouplir les modalités. Volkswagen, comme ses concurrents, avance donc sur une ligne de crête entre ambition électrique et viabilité économique à court terme.
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