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BMW veut brider les hybrides rechargeables de certains propriétaires

Philippe Moureau

Les hybrides rechargeables (PHEV) ont longtemps été présentés comme une passerelle idéale vers l’électrique : quelques dizaines de kilomètres zéro émission pour les déplacements quotidiens, un moteur thermique en renfort pour les longues routes, et une introduction à la recharge sans la moindre angoisse liée à l’autonomie. Sauf que cette promesse repose sur une condition essentielle que de nombreux conducteurs ignorent allègrement : brancher régulièrement leur voiture. BMW réfléchit à un moyen musclé de les y contraindre, et la méthode envisagée fait déjà grincer des dents.

Une bride logicielle pour punir les conducteurs qui ne rechargent pas

D’après le média allemand Die Zeit, BMW envisagerait des mesures concrètes pour forcer les propriétaires de PHEV à utiliser leur prise de recharge. L’idée aurait été évoquée directement par Nicolas Peter, président du conseil de surveillance du groupe bavarois. Parmi les pistes sur la table, l’une d’elles est particulièrement radicale : réduire la puissance du moteur à distance, de manière automatique, lorsqu’un véhicule n’est pas rechargé suffisamment souvent. Le média allemand précise même que cette solution serait « techniquement réalisable » à court terme.

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Concrètement, vous achetez un SUV hybride rechargeable à plusieurs dizaines de milliers d’euros, et le constructeur conserve la capacité de diminuer ses performances si vous ne le branchez pas assez fréquemment. On comprend aisément pourquoi cette perspective suscite autant de réactions. Entre le principe de propriété et l’intervention à distance dans le comportement d’un véhicule privé, la limite est clairement franchie aux yeux de beaucoup d’automobilistes.

Le système OBFCM : vos données de conduite sont déjà collectées

Pour mettre en œuvre ce type de sanction, BMW aurait évidemment besoin de surveiller l’usage réel de ses véhicules. Et cette infrastructure existe déjà, qu’on le sache ou non. Depuis 2022, tous les véhicules neufs vendus en Europe sont équipés du dispositif OBFCM (On-Board Fuel Consumption Monitoring). Ce système embarqué collecte en temps réel des données précises :

  • La consommation réelle de carburant sur les trajets effectués
  • L’utilisation de la batterie électrique et la fréquence de recharge
  • La proportion des kilomètres parcourus en mode électrique versus thermique
  • Les émissions réelles de CO₂ générées par le véhicule en conditions d’usage

Ces données remontent directement aux constructeurs et servent à calibrer leurs objectifs carbone européens. Si les chiffres réels s’écartent trop des valeurs homologuées, les marques s’exposent à des pénalités financières significatives. Autrement dit, chaque PHEV qui roule en permanence moteur thermique, batterie à plat, pèse directement sur la facture environnementale officielle de BMW. Le problème est donc autant économique qu’écologique pour le constructeur.

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Derrière la mesure, une logique de crédits carbone plus que de vertu écologique

Soyons clairs sur les motivations réelles de cette démarche. Comme le souligne Auto Motor und Sport, l’objectif premier de BMW n’est pas tant de réduire l’empreinte carbone des automobilistes que de protéger ses propres crédits carbone auprès des régulateurs européens. Nicolas Peter le formule d’ailleurs sans détour : « C’est un problème comportemental qui discrédite une technologie pourtant pertinente pour introduire les gens à l’électromobilité. »

Le problème de fond est bien documenté. Sur les cycles d’homologation, les PHEV affichent des consommations artificiellement basses grâce à une batterie chargée au maximum au départ du test. Dans la réalité, un hybride rechargeable utilisé sans jamais brancher peut consommer davantage qu’une hybride classique non rechargeable, en raison du surpoids lié à la batterie embarquée — parfois entre 150 et 300 kg supplémentaires selon les modèles. Ce n’est pas une règle absolue : lors de nos essais sur le Ford Kuga PHEV, les résultats se montrent plus nuancés selon le profil de conduite. Mais le phénomène est suffisamment fréquent pour avoir alimenté de nombreuses critiques sur la pertinence réelle des hybrides rechargeables comme outil de réduction des émissions.

Vie privée, liberté du conducteur : les limites d’une telle approche

En Allemagne, la proposition ne fait pas l’unanimité, loin de là. Les critiques portent sur plusieurs points distincts :

  • La collecte de données personnelles de conduite et leur utilisation par le constructeur à des fins coercitives
  • L’intervention à distance sur les performances d’un véhicule privé, sans consentement explicite du propriétaire
  • Le risque de décourager les acheteurs potentiels déjà méfiants vis-à-vis des véhicules connectés et de la surveillance numérique
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Ce dernier point n’est pas anodin. Une part non négligeable des acheteurs de véhicules premium choisit précisément ces modèles pour leur côté autonome et peu contraignant. Leur imposer une forme de surveillance comportementale associée à des pénalités de performance pourrait produire exactement l’effet inverse de celui recherché : accélérer la méfiance envers les motorisations électrifiées. À date, BMW n’a annoncé aucune mise en œuvre concrète de ces mesures. Mais le simple fait qu’elles soient évoquées au plus haut niveau du groupe donne une indication claire sur la direction que prend le débat autour des véhicules électrifiés en Europe. Les constructeurs, coincés entre les exigences réglementaires et les comportements réels des conducteurs, cherchent des solutions — et certaines sont nettement plus acceptables que d’autres.

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