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Tesla FSD dans des rues les plus étroites possibles : qu’est-ce que ça donne vraiment ?

Albert Lecoq

Il existe des rues que l’on hésite à emprunter même au volant, même quand la signalisation l’autorise clairement. C’est exactement le genre de défi qu’a relevé une Tesla équipée du système Full Self-Driving (FSD) Supervised dans les ruelles pavées d’Aarhus, au Danemark. La vidéo, publiée par la chaîne YouTube robot*irl, dure environ 21 minutes et documente un trajet en autonomie dans les parties les plus encombrées du centre-ville. Piétons qui marchent en plein milieu de la chaussée, cyclistes surgissant de nulle part, terrasses de cafés débordant sur la route : l’exercice était loin d’être une démonstration en conditions idéales.

Des rues pavées où la voiture est une invitée

À Aarhus, certaines artères du centre fonctionnent selon une logique particulière : les voitures sont tolérées, pas prioritaires. Les passants y circulent librement, y compris en plein milieu de la voie, et c’est au conducteur de s’adapter. Dans ce contexte, engager un système de conduite autonome relève du pari. Pourtant, le Tesla FSD s’en sort avec une maîtrise qui mérite qu’on s’y attarde.

Tout au long du trajet, le conducteur n’a à aucun moment touché les commandes. La Tesla a géré seule les situations les plus délicates : un véhicule arrivant en sens inverse dans un couloir de moins de quatre mètres de large, une poussette garée en saillie sur le côté, ou encore un chien traversant sans prévenir. À un moment particulièrement serré, la combinaison d’une voiture en face et d’une poussette sur le côté a créé un goulet d’étranglement que certains conducteurs humains auraient probablement refusé de négocier. La Tesla a ajusté sa trajectoire progressivement et s’en est sortie sans heurt.

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Ce que le FSD gère bien, et ce qu’il rate

La démonstration n’est pas sans failles, mais les erreurs commises sont d’une banalité rassurante. Deux écarts ont été relevés sur l’ensemble du trajet :

  • La Tesla a empiété sur la voie inverse avec une roue pour éviter un obstacle, sans activer son clignotant pour signaler la manœuvre.
  • Elle s’est arrêtée à un feu rouge en laissant une distance excessive par rapport à la ligne d’arrêt.

En dehors de ces deux points, le comportement du système a été globalement irréprochable. Le FSD a systématiquement attendu le passage des cyclistes avant d’effectuer ses tournants, il a ralenti avec précision pour longer des obstacles fixes, et a adopté une vitesse prudente — parfois inférieure à ce qu’un conducteur humain expérimenté aurait choisi, mais jamais au point de bloquer la circulation. Le passager avant, un habitant local qui avait fourni le véhicule pour le test, a d’ailleurs reconnu qu’il n’avait jamais emprunté certaines de ces ruelles avec le FSD activé auparavant. Ce détail compte : il suggère que le système n’était pas entraîné spécifiquement sur ces itinéraires, et qu’il a géré la situation avec ses capacités générales d’adaptation.

Les limites réelles du Full Self-Driving en Europe

Naviguer dans des ruelles bondées d’une ville danoise est une démonstration convaincante, mais elle ne dit pas tout sur la maturité réelle du système. Le FSD reste, à ce jour, un système de conduite supervisée : un humain doit rester attentif et prêt à reprendre la main à tout instant. Ce que montre la vidéo d’Aarhus, c’est une capacité de jugement en situation complexe, pas une autonomie totale homologuée.

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La question de l’approbation réglementaire pour une conduite sans surveillance humaine en Europe reste entière. Le cadre législatif européen évolue, mais le calendrier pour une utilisation « mains et yeux libres » sur voie ouverte reste flou. Il sera vraisemblablement plus long à se concrétiser qu’aux États-Unis, où Tesla a déjà franchi certaines étapes avec les autorités locales. Convaincre un conducteur que le système est fiable dans une ruelle d’Aarhus est une chose ; convaincre les régulateurs européens que les occupants peuvent décrocher leur regard de la route en est une autre, bien plus complexe.

Le Cybercab au Texas : une autre vision de l’autonomie

Pendant ce temps, outre-Atlantique, le Tesla Cybercab a commencé à transporter des passagers à Austin, au Texas. Les premières vidéos à bord montrent des trajets calmes, sans intervention humaine — et surtout, sans volant ni pédales. Ce n’est plus de la conduite supervisée : les passagers n’ont aucune responsabilité sur le comportement du véhicule. C’est une différence fondamentale avec le FSD tel qu’il existe aujourd’hui.

Ce déploiement reste limité à une zone géolocalisée et contrôlée, ce qui nuance fortement la portée de l’exploit. Mais il illustre la direction que prend Tesla : rendre l’expérience de la conduite autonome si banale, si peu spectaculaire, que personne ne la remarque vraiment. Dans ce sens, une balade sans accroc dans les cafés bondés d’Aarhus — aussi anecdotique qu’elle puisse paraître — s’inscrit dans une logique de démonstration progressive et méthodique. Ce n’est pas une révolution annoncée à grand renfort de communication ; c’est un système qui accumule des kilomètres, des situations, des données, et qui apprend à gérer l’imprévu avec une régularité croissante.

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Ce que vous retenez de cette vidéo dépend largement de ce que vous attendez de la technologie. Si vous espérez une autonomie totale et immédiate, vous serez déçus. Si vous observez un système apprendre à coexister avec les usagers les plus vulnérables dans un des environnements urbains les plus contraignants d’Europe, il y a indéniablement matière à suivre l’évolution de près.

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