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Renault fait produire ses voitures électriques par la Chine : une stratégie payante ?

François Zhang-Ming

La collaboration entre constructeurs européens et chinois prend une nouvelle dimension avec l’accord entre Renault et Geely. La firme au losange suit l’exemple de Stellantis en ouvrant ses usines aux véhicules électriques chinois, une décision qui soulève autant d’espoir que d’interrogations dans l’industrie automobile.

Cette stratégie répond à une réalité économique pressante : maintenir l’activité industrielle face à la concurrence asiatique tout en contournant les droits de douane européens de 18 % imposés aux voitures électriques chinoises. Mais cette collaboration cache-t-elle des enjeux plus complexes pour l’avenir de l’automobile européenne ?

Un partenariat stratégique pour contourner les taxes douanières

Geely, propriétaire de Volvo, Polestar et Lotus, détient déjà 34 % des activités de Renault en Corée du Sud. Cette participation lui permet d’utiliser l’usine coréenne pour produire ses modèles électriques destinés à l’Europe, échappant ainsi aux sanctions douanières qui frappent uniquement les véhicules assemblés en Chine continentale.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Geely n’a écoulé que 7 400 unités en Europe en septembre 2025, malgré une progression de 36 % par rapport à 2024. Cette performance reste modeste face aux ambitions du groupe chinois, qui compte parmi les plus de 150 constructeurs asiatiques cherchant à s’implanter sur le marché européen.

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La coopération ne se limite pas à la production. Renault et Geely ont créé conjointement Horse, une filiale spécialisée dans les moteurs thermiques, témoignant d’une collaboration technique approfondie qui dépasse le simple assemblage de véhicules.

Extension vers l’Amérique du Sud : le nouveau terrain de jeu

L’accord signé en début 2025 élargit cette coopération au Brésil, où Geely entre au capital de Renault do Brasil. L’usine Ayrton Senna de São José devient ainsi le nouveau site de production des véhicules électriques et hybrides de la marque chinoise pour le marché sud-américain.

Cette stratégie présente plusieurs avantages pour les deux partenaires :

  • Geely évite les restrictions commerciales tout en accédant à de nouveaux marchés
  • Renault optimise l’utilisation de ses capacités industrielles face à la baisse de ses ventes
  • Les consommateurs brésiliens bénéficient d’une offre élargie de technologies électriques
  • La production locale réduit les coûts logistiques et les délais de livraison

Selon Bloomberg, cette collaboration pourrait s’étendre à d’autres pays sud-américains comme la Colombie et l’Argentine, transformant la région en plateforme de production stratégique pour Geely. Certains modèles seront même commercialisés directement sous la marque Renault dans les concessions françaises.

Une tendance européenne face à la crise industrielle

Renault n’est pas isolé dans cette démarche. Stellantis collabore déjà avec Leapmotor, permettant au constructeur chinois d’utiliser ses infrastructures européennes. Volkswagen, confronté à ses propres difficultés économiques, étudie une collaboration similaire avec son partenaire Xpeng.

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Cette multiplication des partenariats révèle une réalité industrielle : les constructeurs européens peinent à rentabiliser leurs capacités de production face à la demande fluctuante et à la transition énergétique. Accueillir des productions chinoises permet de maintenir l’activité des usines et d’éviter les fermetures de sites.

Constructeur européenPartenaire chinoisLocalisationDroits de douane évités
RenaultGeelyCorée du Sud / Brésil18 %
StellantisLeapmotorEuropeVariable selon marque
VolkswagenXpeng (projet)À définirEn négociation

Les risques d’espionnage industriel en question

Cette ouverture des usines européennes aux constructeurs chinois suscite des inquiétudes légitimes concernant la sécurité industrielle. L’accès aux procédés de fabrication et aux technologies européennes pourrait favoriser le transfert de savoir-faire vers la Chine, affaiblissant à long terme la compétitivité des marques occidentales.

Le gouvernement néerlandais a récemment repris le contrôle de Nexpedia, entreprise de semi-conducteurs dirigée par un groupe chinois, sous la pression américaine pour “protéger la sécurité européenne“. Cette décision illustre les tensions géopolitiques autour des transferts technologiques.

La réaction de Pékin n’a pas tardé : la Chine prévoit d’envoyer 2 000 travailleurs pour construire des usines directement en Europe, une réponse qui interroge sur l’équilibre des forces dans cette nouvelle donne industrielle. Cette présence physique accrue des entreprises chinoises sur le sol européen redessine les contours de la coopération automobile internationale, entre opportunités économiques et enjeux stratégiques.

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