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La voiture électrique a déjà gagné la bataille en France sur un secteur bien précis

Philippe Moureau

Si vous pensiez que la transition électrique était encore un long chemin à parcourir, le segment des quadricycles vous donnerait tort en quelques chiffres. En 2025, 75 % des quadricycles vendus en France étaient électriques. Pas 30 %, pas 50 % : trois quarts du marché. C’est sur ce segment discret, souvent sous-estimé, que la bascule vers l’électrique s’est opérée le plus rapidement et le plus massivement. Voici pourquoi, et ce que cela implique concrètement pour vous.

Un marché qui rétrécit, mais qui se réinvente à grande vitesse

Les quadricycles occupent une place singulière dans le paysage de la mobilité. Plus petits qu’une citadine classique, plus sûrs qu’un deux-roues et accessibles dès l’âge de 14 ans pour les versions légères dites “sans permis”, ils répondent à des besoins très spécifiques : trajets urbains courts, zones à faibles émissions, mobilité pour les jeunes ou les personnes n’ayant pas le permis B. Ce contexte leur a longtemps valu une clientèle fidèle mais étroite.

Ce qui a tout changé, c’est l’entrée en vigueur de la norme Euro 5+ au 1er janvier 2024. Cette réglementation a sévèrement durci les conditions d’homologation des motorisations thermiques pour les quadricycles, rendant leur développement coûteux et peu rentable pour les fabricants. Le résultat est immédiat dans les chiffres : entre 2024 et 2025, les ventes de quadricycles thermiques ont reculé de 57 % en France, tandis que les modèles électriques progressaient de 19 %. Le marché total, lui, s’est contracté de 17,9 %. Autrement dit, l’électrique gagne du terrain non pas parce que le marché global explose, mais parce qu’il remplace structurellement et rapidement le thermique dans un segment en recomposition.

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Le contraste avec le reste du marché automobile est saisissant. Sur la même période, les voitures électriques représentaient environ 20 % des immatriculations en France toutes catégories confondues. Dans le monde des quadricycles, ce chiffre atteint donc 75 %. C’est un écart qui mérite réflexion.

Une tendance qui dépasse les frontières françaises

La France n’est pas un cas isolé. En Italie, les données collectées par le cabinet Jato dressent un tableau similaire. Le marché des quadricycles y a également reculé entre 2024 et 2025, avec une baisse globale de 16,5 % des immatriculations. Les modèles thermiques y ont chuté de 46 %, quand les versions électriques sont restées quasi stables à -1 %. Résultat : l’électrique représente désormais environ 78 % des ventes de quadricycles en Italie, soit une part encore plus élevée qu’en France.

Dans les deux pays, Stellantis occupe la première position, avec 43 % de part de marché en Italie, devant Aixam et Ligier. Ce leadership n’est pas le fruit du hasard : il reflète une stratégie industrielle assumée et bien menée, que l’on détaille ci-dessous.

Stellantis et la domination Citroën Ami / Fiat Topolino

Si Stellantis domine ce marché, c’est grâce à deux modèles qui ont su imposer une formule simple et efficace : la Citroën Ami et la Fiat Topolino. Ces deux quadricycles électriques, produits en volumes significatifs et positionnés sur une accessibilité tarifaire assumée, ont capturé à eux seuls 74 % des ventes de quadricycles électriques en France en 2025. Sur un marché global en recul, Stellantis a réussi la performance de progresser de 6,1 % et de gagner 12 points de part de marché. C’est une démonstration assez claire de ce que peut apporter une offre bien ciblée au bon moment.

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Face à ce rouleau compresseur, les acteurs historiques du segment souffrent. Aixam et Ligier, deux marques françaises longtemps incontournables sur ce créneau, ont vu leurs ventes chuter respectivement de 43 % et 49 % entre 2024 et 2025. Leurs gammes électriques progressent, mais pas assez vite pour compenser l’effondrement de leurs modèles thermiques. Leur dépendance historique au moteur essence se retourne contre elles dans une période de transition aussi rapide.

À noter aussi la tentative avortée de Renault avec la Mobilize Duo : le modèle a été lancé avec ambition, mais sa production a été stoppée au bout de quelques mois, jugée non rentable. Une illustration que ce marché, malgré sa dynamique favorable à l’électrique, reste exigeant sur les équilibres économiques.

Prix, coûts d’usage : l’électrique fait mieux que dans l’automobile classique

Un point souvent mis en avant pour freiner l’adoption des voitures électriques, c’est leur surcoût à l’achat. Ce argument ne tient pas vraiment dans le monde des quadricycles. Contrairement au marché des voitures particulières, ici les modèles électriques sont en moyenne moins chers que leurs équivalents thermiques, avec un prix moyen constaté autour de 10 676 €. Il faut être honnête : les modèles Stellantis tirent la moyenne vers le bas grâce à un positionnement volontairement dépouillé, avec peu d’équipements et des finitions spartriates. Mais pour l’usage auquel ces véhicules sont destinés, ce n’est pas forcément rédhibitoire.

  • Coût à la recharge très faible : les batteries de petite capacité se rechargent sur une prise domestique standard en quelques heures pour un coût marginal
  • Entretien réduit : absence de vidange, de courroie de distribution ou de système d’échappement à entretenir
  • Éligibilité aux ZFE : les quadricycles électriques circulent sans restriction dans les zones à faibles émissions, là où leurs équivalents thermiques sont de plus en plus contraints
  • Assurance souvent moins élevée que pour une voiture classique, ce qui allège le budget mensuel total
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Pour un usage quotidien limité à quelques dizaines de kilomètres en milieu urbain ou périurbain, le calcul économique penche clairement en faveur de l’électrique dans cette catégorie. Ce n’est pas le cas pour tous les segments automobiles, et c’est précisément ce qui rend la situation des quadricycles aussi particulière. Leur profil d’usage spécifique, leurs distances parcourues réduites et leur simplicité technique en font l’un des rares terrains où l’électrique s’impose sans compromis ni discussion.

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