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200 entreprises européennes mobilisées contre l’abandon du thermique en 2035

Philippe Moureau

L’Europe traverse une période de tensions majeures autour de l’arrêt programmé des ventes de voitures thermiques neuves en 2035. Pendant que plusieurs États membres font pression pour obtenir des assouplissements, l’écosystème de la mobilité électrique européenne refuse de lâcher du lest. Une coalition de 200 entreprises vient de publier une lettre ouverte adressée à Ursula von der Leyen pour maintenir le cap fixé par Bruxelles.

Une division européenne qui s’accentue sur la transition énergétique

Le paysage politique européen révèle aujourd’hui des fractures profondes concernant l’échéance de 2035 pour la fin du thermique. Sept pays menés par l’Allemagne – incluant la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, l’Italie, la Pologne et la Slovaquie – demandent officiellement un assouplissement des règles actuelles. Ces nations arguent de difficultés économiques et industrielles pour justifier leur position.

Face à cette coalition, la France et l’Espagne tentent de maintenir la ligne dure initialement adoptée par l’Union européenne. Paris et Madrid s’inquiètent des conséquences d’un éventuel ralentissement de la transition énergétique sur la compétitivité européenne face aux constructeurs asiatiques, notamment chinois, qui dominent déjà largement le marché des véhicules électriques.

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Une mobilisation inédite des acteurs de l’électrique européen

La réponse des professionnels de l’électrique ne s’est pas fait attendre. Le 10 décembre dernier, ils ont adressé une lettre ouverte ferme à la présidente de la Commission européenne. Cette initiative rassemble un éventail impressionnant d’entreprises issues de tous les maillons de la chaîne de valeur électrique.

Parmi les signataires figurent des spécialistes de la recharge comme Electra, Ionity et Fastned, des fournisseurs d’énergie comme Octopus Energy, des équipementiers tels qu’Alpitronic, et même des géants de la distribution comme Ikea. La présence d’Uber témoigne également de l’engagement des plateformes de mobilité dans cette démarche.

Trois constructeurs automobiles rejoignent la contestation

L’aspect le plus remarquable de cette mobilisation réside dans la participation de trois constructeurs automobiles : Polestar, Volvo et Lucid Motors. Cette adhésion tranche avec la position générale de l’industrie automobile européenne, largement favorable à des reports ou des aménagements de l’échéance 2035.

Ces trois marques, spécialisées dans le 100% électrique ou en transition avancée vers l’électrification, estiment que maintenir la pression réglementaire reste indispensable pour accélérer les investissements et l’innovation. Leur message à von der Leyen est sans ambiguïté : “Restez ferme, ne reculez pas. Maintenez l’intégrité totale de l’objectif zéro émission pour les voitures et les camionnettes d’ici 2035″.

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L’argument chinois au cœur des préoccupations européennes

Les signataires de la lettre pointent directement la menace concurrentielle chinoise pour justifier leur position. Selon eux, rouvrir la porte aux technologies de transition comme les hybrides rechargeables, les biocarburants ou les carburants de synthèse créerait de l’incertitude réglementaire préjudiciable à l’innovation européenne.

Leur analyse est tranchée : “Chaque retard pris en Europe ne fait que creuser l’écart avec la Chine”. Cette référence à l’avance technologique et industrielle chinoise dans les batteries lithium-ion et les véhicules électriques reflète une préoccupation partagée par de nombreux observateurs du secteur automobile.

  • La Chine contrôle actuellement 80% de la production mondiale de batteries pour véhicules électriques
  • Les constructeurs chinois comme BYD ont dépassé Tesla en volumes de ventes électriques mondiaux
  • L’Europe ne représente que 7% de la production mondiale de cellules de batteries

Un calendrier politique sous haute tension

L’urgence de cette mobilisation s’explique par le calendrier politique européen. Des annonces officielles de la Commission européenne sont attendues le 16 décembre 2025, soit dans quelques jours seulement. Cette échéance explique la pression exercée sur Ursula von der Leyen, que les signataires appellent directement “championne des ambitions de l’Europe en matière de technologies propres”.

La décision de Bruxelles aura des répercussions majeures sur l’orientation des investissements industriels européens pour la prochaine décennie. Les constructeurs automobiles traditionnels, qui plaident pour plus de flexibilité, mettent en avant les défis d’infrastructure de recharge et le coût encore élevé des batteries. À l’inverse, les acteurs de l’électrique estiment que seule une contrainte réglementaire forte peut garantir la transformation rapide du secteur et éviter un décrochage définitif face à la concurrence asiatique.

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