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Stellantis va distribuer une marque chinoise méconnue en Europe

François Zhang-Ming

Les alliances stratégiques se multiplient entre constructeurs de différentes envergures, et le récent accord entre le constructeur chinois Leapmotor et le géant public FAW illustre parfaitement cette tendance. Cette collaboration pourrait avoir des répercussions surprenantes jusque dans les concessions européennes de Stellantis, actionnaire de référence de Leapmotor depuis 2023.

Un accord chinois aux implications potentiellement mondiales

Le mémorandum d’entente signé entre Leapmotor et FAW ne ressemble pas aux partenariats habituels dans l’industrie automobile chinoise. Cette alliance entre une jeune entreprise privée innovante et un mastodonte public traditionnel détonne dans le paysage automobile asiatique. L’accord prévoit non seulement des échanges de capitaux – élément plutôt inhabituel – mais aussi une coopération approfondie sur les technologies, véhicules et composants.

FAW, propriétaire notamment des marques prestigieuses Hongqi et Bestune, a commercialisé pas moins de 339 000 véhicules électriques l’année dernière, surpassant même les 294 000 unités de Leapmotor. Ce chiffre témoigne d’une capacité industrielle considérable que beaucoup d’observateurs occidentaux ont tendance à sous-estimer.

Contrairement à certaines idées reçues, FAW possède également un savoir-faire technologique significatif, comme en témoigne la récente Hongqi Tiangong 05, modèle haut de gamme qui n’a rien à envier aux standards occidentaux. Son catalogue produit s’avère également plus diversifié que celui de Leapmotor.

Les synergies techniques envisageables

Les bénéfices mutuels de cette association semblent évidents pour les deux constructeurs. Leapmotor pourrait accéder à des plateformes plus variées permettant de développer des véhicules plus imposants que son actuel C16, quand FAW bénéficierait potentiellement de la technologie de prolongateur d’autonomie développée par Leapmotor – une solution technique particulièrement prisée sur le marché chinois.

  • Pour Leapmotor : accès à la plateforme des mini-véhicules électriques (comme la Bestune Pony) et aux architectures pour véhicules plus grands
  • Pour FAW : technologies de pointe en matière de gestion de batterie et prolongateurs d’autonomie
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Le tableau ci-dessous illustre les forces complémentaires des deux acteurs:

CaractéristiqueLeapmotorFAW
Ventes annuelles (véhicules électriques)294 000339 000
Diversité de la gammeLimitée (focus segments C et D)Étendue (du segment A au F)
Avance technologiqueForte (batteries, autonomie)Modérée mais solide
Distribution internationaleVia StellantisLimitée

L’implication potentielle de Stellantis

Voilà où l’histoire devient particulièrement intéressante pour le marché européen. Depuis l’acquisition de 20% du capital de Leapmotor par Stellantis pour environ 1,5 milliard d’euros fin 2023, le groupe franco-italien-américain s’occupe de la distribution mondiale des véhicules de la marque chinoise, via une coentreprise baptisée Leapmotor International.

Cette structure offre à Stellantis un accès privilégié aux technologies chinoises, tout en permettant à Leapmotor de bénéficier du réseau commercial mondial du groupe. Avec ce nouvel accord entre Leapmotor et FAW, une question se pose légitimement : verrons-nous prochainement des Hongqi dans les concessions Stellantis?

Les termes actuels de l’accord ne prévoient pas explicitement cette possibilité. Pourtant, la multiplication des liens capitalistiques et technologiques rend plausible, à moyen terme, l’arrivée de véhicules partageant des technologies communes avec les Hongqi dans le réseau de distribution européen de Stellantis.

Pourquoi cette stratégie fait sens pour Stellantis

L’intérêt de Stellantis pour les technologies et véhicules chinois n’est pas anodin. Le groupe fait face à plusieurs défis majeurs:

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1. Un retard relatif dans l’électrification massive de sa gamme
2. Des coûts de développement énormes pour créer de nouvelles plateformes 100% électriques
3. Une pression concurrentielle accrue des constructeurs chinois en Europe

S’associer indirectement avec FAW, via Leapmotor, permettrait à Stellantis d’accélérer son virage électrique en important des technologies éprouvées plutôt qu’en les développant entièrement en interne. Les économies réalisées pourraient être supérieures à 30% sur certains programmes, selon les experts du secteur.

Le marché européen des véhicules électriques reste confronté à un problème majeur : le prix encore trop élevé des modèles proposés. Les constructeurs chinois, grâce à des coûts de production inférieurs de 20 à 25%, disposent d’un avantage concurrentiel considérable. En s’associant indirectement avec FAW, Stellantis pourrait intégrer certaines de ces économies d’échelle dans sa propre stratégie.

Quels modèles pourraient arriver en Europe?

Bien que l’importation directe de Hongqi dans le réseau Stellantis ne soit pas prévue à court terme, plusieurs scénarios restent envisageables:

1. Des modèles Leapmotor intégrant des technologies FAW/Hongqi
2. Des badges engineering sur des plateformes communes
3. Le développement conjoint de nouveaux véhicules

Parmi les modèles qui pourraient intéresser le marché européen, la Hongqi Tiangong 05 mérite une attention particulière. Ce SUV électrique premium affiche des caractéristiques impressionnantes:

  • Autonomie de 620 km (cycle WLTP estimé)
  • Puissance cumulée de 435 kW pour la version bi-moteur
  • Architecture électronique 800V permettant des recharges ultrarapides
  • Accélération de 0 à 100 km/h en seulement 3,7 secondes
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À titre de comparaison, ces spécifications rivalisent avec celles d’un Audi e-tron ou d’un BMW iX, pour un prix potentiellement inférieur de 30%.

Les obstacles réglementaires et commerciaux

L’arrivée indirecte de technologies ou véhicules FAW/Hongqi en Europe via le partenariat Leapmotor-Stellantis se heurte à plusieurs obstacles. Les récentes tensions commerciales entre l’Union Européenne et la Chine, matérialisées par l’instauration de droits de douane pouvant atteindre 37,6% sur les véhicules électriques chinois, compliquent l’équation économique.

Cette situation explique d’ailleurs la stratégie de Stellantis consistant à acquérir une participation dans Leapmotor plutôt qu’à simplement importer ses véhicules. Le groupe peut ainsi bénéficier des technologies chinoises tout en conservant une production européenne, contournant partiellement les barrières douanières.

La perception des marques chinoises par les consommateurs européens constitue un autre défi. Si cette perception évolue rapidement, notamment grâce au succès de MG et BYD, le positionnement marketing devra être soigneusement étudié pour valoriser ces produits sur nos marchés.

L’histoire des collaborations automobiles internationales nous enseigne que les transferts de technologies s’opèrent généralement dans les deux sens. Si les constructeurs chinois apportent leur expertise en matière d’électrification et de digitalisation, Stellantis conserve une longueur d’avance dans des domaines comme la dynamique de conduite, la sécurité passive ou l’expérience utilisateur adaptée aux attentes occidentales.

Cette complémentarité pourrait donner naissance à des véhicules combinant le meilleur des deux mondes – l’efficience énergétique et la modernité technologique chinoises associées au savoir-faire européen en matière de comportement routier et de finition. Une telle combinaison représenterait une proposition de valeur séduisante pour les consommateurs européens, particulièrement dans un contexte de transition énergétique où l’accessibilité financière des véhicules électriques reste un enjeu crucial.

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