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Vous avez la nausée en voiture électrique ? Mercedes a trouvé la solution

Philippe Moureau

Si vous possédez une voiture électrique, vous avez sans doute remarqué que vos passagers se plaignent parfois de nausées ou d’étourdissements. Ce phénomène n’a rien d’imaginaire et trouve des explications scientifiques précises. Mercedes-Benz vient de déposer un brevet qui pourrait bien changer la donne en s’attaquant directement à ce problème méconnu mais très réel. La marque allemande mise sur une approche originale qui combine flux d’air et éclairage pour recréer des repères sensoriels perdus lors du passage à l’électrique.

Pourquoi les passagers sont-ils plus malades en voiture électrique

Le constat peut surprendre, mais il s’appuie sur des recherches sérieuses. L’Université de technologie de Belfort-Montbéliard a mené des travaux qui établissent un lien direct entre les caractéristiques des véhicules électriques et l’apparition plus fréquente de cinétose, ce fameux mal des transports. Le problème vient d’un décalage croissant entre les informations visuelles captées par les yeux et les sensations physiques perçues par le corps.

Pendant des décennies, nos organismes se sont adaptés aux voitures thermiques avec leur cortège de vibrations, de bruits moteur et de montées en régime progressives. Ces indices sonores et mécaniques permettaient au cerveau d’anticiper les mouvements du véhicule. Avec l’électrique, tout change radicalement. Le silence quasi total dans l’habitacle, l’absence de vibrations du moteur et surtout la réponse instantanée de l’accélérateur bouleversent complètement ces repères sensoriels auxquels nous étions habitués depuis toujours.

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Des accélérations et des freinages qui perturbent le cerveau

Les motorisations électriques délivrent leur couple maximal immédiatement, dès le démarrage. Résultat : les accélérations sont plus franches, plus directes, sans cette montée progressive typique des moteurs à combustion. Quand vous appuyez sur l’accélérateur, la voiture bondit littéralement, sans crier gare. À l’arrière, où les passagers n’ont aucun contrôle sur la conduite, cette sensation peut rapidement devenir désagréable.

Le freinage régénératif ajoute une couche de complexité. Ce système, qui permet de recharger la batterie lors des décélérations et autorise souvent la conduite à une seule pédale, génère des ralentissements inhabituels. Sans le bruit du moteur qui décroît ou celui des plaquettes de frein qui se serrent, le cerveau peine à “prédire” ces variations de vitesse. Cette incapacité à anticiper crée une dissonance sensorielle qui se traduit par des vertiges, des nausées ou un simple inconfort chez certains occupants, particulièrement ceux installés sur les sièges arrière.

La réponse technologique de Mercedes-Benz

Face à cette problématique émergente, Mercedes a récemment déposé un brevet qui propose une solution ingénieuse. Plutôt que d’essayer de modifier le comportement intrinsèque des voitures électriques, le constructeur de Stuttgart cherche à recréer artificiellement les indices sensoriels manquants. L’objectif : aider le cerveau à mieux interpréter ce qui se passe pendant les phases d’accélération, de freinage ou dans les virages.

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Le dispositif imaginé repose sur deux technologies complémentaires. D’abord, un système de buses d’aération intelligentes capables d’adapter en temps réel l’intensité du flux d’air dans l’habitacle. Concrètement, plus la voiture accélère, plus le souffle augmenterait pour simuler une sensation de mouvement cohérente avec ce que fait réellement le véhicule. À l’inverse, lors d’un ralentissement ou d’un freinage, le débit d’air diminuerait progressivement. Cette variation créerait un repère physique tangible que le corps pourrait percevoir et interpréter.

Un éclairage d’ambiance qui guide les sens

Le second volet de cette innovation concerne l’éclairage d’ambiance intérieur. Le brevet décrit un système capable de modifier les couleurs ou d’afficher des motifs lumineux pour accompagner visuellement les variations de vitesse. Les lumières changeraient de teinte lors des accélérations ou des freinages, créant ainsi des repères visuels supplémentaires pour tous les occupants.

Mercedes mentionne également l’utilisation de motifs et de flèches pour des indications plus dynamiques. On peut imaginer des jeux de lumière qui se déplacent d’avant en arrière lors d’une accélération, ou l’inverse lors d’un freinage. Ces signaux visuels permettraient au cerveau de mieux anticiper et comprendre les mouvements du véhicule, réduisant ainsi le décalage entre perception visuelle et sensation physique.

  • Buses d’aération modulables selon l’intensité d’accélération ou de freinage
  • Système d’éclairage dynamique avec changements de couleurs
  • Affichage de motifs lumineux directionnels pour guider la perception
  • Synchronisation en temps réel avec les données de conduite du véhicule
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Quelles chances de voir ce système en production

La question de la faisabilité reste entière. Un tel dispositif nécessite une architecture logicielle complexe capable de traiter en temps réel les données de vitesse, d’accélération et de freinage pour les traduire instantanément en modifications de flux d’air et d’éclairage. Sur le plan matériel, il faudrait intégrer des buses d’aération beaucoup plus sophistiquées que celles actuellement installées, avec des moteurs et des capteurs capables d’ajuster finement le débit.

Comme toujours avec les brevets, rien ne garantit une commercialisation rapide. Les constructeurs déposent chaque année des centaines de brevets dont seule une fraction finit réellement dans les véhicules de série. Mercedes pourrait tester ce système sur des prototypes, l’abandonner, ou le réserver à ses modèles les plus haut de gamme. Le coût de développement et de production pourrait constituer un frein majeur à sa démocratisation.

Ces travaux illustrent néanmoins un enjeu émergent de l’électrification automobile. Au-delà des traditionnels critères de performance de recharge, d’autonomie ou de puissance, l’acceptabilité des véhicules électriques passe aussi par le confort physiologique des occupants. Sur ce terrain encore peu exploré, les constructeurs commencent seulement à proposer des solutions concrètes. Mercedes n’est probablement pas le seul à travailler sur cette question, mais son approche basée sur la recréation de repères sensoriels artificiels montre une compréhension fine du problème. Reste à voir si cette vision se concrétisera dans les EQS, EQE ou autres modèles électriques de la marque à l’étoile dans les années à venir.

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