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Le nouveau départ de Jaguar a provoqué un raz-de-marée de critiques. La stratégie de communication a choqué, les réseaux sociaux se sont enflammés, les personnalités politiques ont donné leur avis. Pourtant, derrière cette polémique de façade se cache une vraie voiture, avec de vraies ambitions techniques et une réflexion stratégique qui va bien au-delà d’un simple coup de pub raté. Vous avez probablement entendu parler de cette fameuse publicité sans voiture, des réactions indignées et du concept Type 00 aux couleurs flashy. Mais connaissez-vous vraiment ce qui se prépare dans les bureaux d’études de la marque britannique ? Regardons ensemble ce qui se cache derrière le vacarme médiatique.
Automne 2024. Jaguar diffuse un spot publicitaire de 30 secondes pour annoncer sa nouvelle identité. Des mannequins en costumes roses, des slogans inspirants, une mise en scène artistique… et pas la moindre trace de véhicule. La réaction ne s’est pas fait attendre. Donald Trump lui-même s’est fendu d’un commentaire sur Truth Social, qualifiant cette publicité d’« honteuse » et s’interrogeant sur l’avenir commercial de la marque. Elon Musk a ironisé sur X en demandant si Jaguar vendait encore des voitures. Nigel Farage, figure de l’extrême droite britannique, a prédit une faillite imminente.
Quelques jours plus tard, lors d’une présentation à Miami, le concept Type 00 fait son apparition. Une GT imposante, un coupé deux portes aux lignes épurées, des portes papillon spectaculaires et une palette de couleurs vives. Ce véhicule annonce le premier modèle de cette nouvelle ère pour le constructeur britannique. La question reste posée : cette stratégie marketing provocante cache-t-elle une vraie vision ou simplement un écran de fumée ?
Pour comprendre ce virage radical, il faut remonter aux années 1990. Depuis cette époque, Jaguar court sans succès après les constructeurs allemands comme BMW, Mercedes ou Audi. La marque a connu plusieurs propriétaires : Ford d’abord, avec un design néo-rétro signé Geoff Lawson, puis le groupe indien Tata Motors qui a créé JLR (Jaguar-Land Rover). Sous la direction d’Ian Callum, le design s’est modernisé, mais les ventes n’ont jamais atteint les niveaux espérés.
Le pic a été atteint en 2018 avec 180 000 immatriculations, largement grâce au succès du SUV F-Pace. Des chiffres honorables, mais dérisoires face aux 1,5 à 2 millions de véhicules vendus annuellement par les marques premium allemandes. La pandémie de Covid-19 a fait rechuter les volumes sous la barre des 100 000 unités en 2020. L’I-Pace, pourtant salué comme une révolution électrique, n’a jamais trouvé son public. Matthias Schmidt, analyste du secteur, résumait la situation pour la BBC : la clientèle traditionnelle s’évaporait progressivement, passant à d’autres marques.
Thierry Bolloré, ancien patron de JLR pendant les confinements, a décidé d’un repositionnement radical vers le luxe. Il a même abandonné une XJ électrique presque prête à être produite. Son successeur Adrian Mardell a poursuivi cette stratégie baptisée « sunsetting » en interne. La gamme actuelle a été progressivement arrêtée, laissant les concessionnaires se concentrer sur les produits Land Rover en attendant la sortie de la GT. Les difficultés se sont accumulées : une cyberattaque a paralysé les chaînes de production fin 2024, plombant les résultats du dernier trimestre. Le designer Gerry McGovern, cerveau du nouveau Jaguar, a quitté le navire.
Rawdon Glover, directeur général de Jaguar, s’est confié dans le podcast Uncensored CMO. Ses propos éclairent la stratégie : « La richesse se rajeunit indéniablement. Le nombre de milliardaires de moins de 30 ans en Chine est tout simplement incroyable ». Selon lui, les transferts d’héritages des 20 prochaines années vont amplifier ce phénomène. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que l’âge moyen du client de la Rolls-Royce Spectre est de 35 ans. La clientèle traditionnelle des marques de luxe automobile n’existe plus.
Le cabinet Henley & Partners, spécialisé dans l’optimisation fiscale des grandes fortunes, publie chaque année un classement des villes comptant le plus de millionnaires. Entre 2014 et 2024, leur nombre a explosé de 142 % à Shenzhen, de 108 % à Hangzhou, de 102 % à Dubaï ou encore de 98 % autour de San Francisco. Dans le même temps, Paris n’enregistrait qu’une hausse de 5 %, Tokyo de 4 %, tandis que Londres reculait de 12 %. La géographie de la richesse mondiale a basculé vers l’Asie, le Moyen-Orient et certaines zones américaines.
Les nouveaux riches sont des entrepreneurs de la tech, des investisseurs en capital-risque, pas des aristocrates attachés au patrimoine historique de Jaguar. Ils n’ont pas connu les Mark 2, ne versent pas une larme devant une Type E et ignorent les victoires aux 24 Heures du Mans des Type D ou XJR-9. La présentation de la Type 00 à Miami prend tout son sens dans ce contexte. Jaguar cible désormais une clientèle jeune, fortunée et internationale, prête à débourser entre 120 000 et 150 000 euros là où les modèles précédents se vendaient entre 40 000 et 80 000 euros.
Rawdon Glover explique la démarche créative : « L’analyse du contexte nous a clairement indiqué qu’il existait un créneau à exploiter pour une marque plus disruptive, sans pour autant tomber dans l’ostentation ». Le design de la GT se veut épuré, avec des lignes pures et une silhouette distinctive. Pour y parvenir, Jaguar a fait fabriquer 17 maquettes grandeur nature en argile, un nombre exceptionnellement élevé dans l’industrie automobile. Cette profusion de prototypes traduit une volonté de ne rien laisser au hasard dans la recherche du bon équilibre esthétique.
Le concept Type 00 affiche des proportions inhabituelles : une GT large et basse, un coupé à quatre portes malgré son apparence de deux places, des portes papillon spectaculaires. Les couleurs proposées rompent avec la sobriété britannique traditionnelle. Cette rupture esthétique vise à attirer le regard d’une clientèle habituée aux designs osés des marques chinoises ou américaines, loin des codes conservateurs des marques européennes historiques.
La GT basée sur le concept Type 00 repose sur une architecture inédite baptisée JEA (Jaguar Electric Architecture). Steve Cropley, journaliste chevronné d’Autocar, a pu monter à bord d’un prototype sur le circuit de Gaydon en décembre 2025. Son compte-rendu est éloquent : « À 240 km/h, la voiture est parfaitement collée à la piste et nous pouvons converser normalement ». L’insonorisation soignée, l’amortissement onctueux et la stabilité à haute vitesse semblent honorer l’héritage de la marque.
Quelques semaines plus tard, Matt Prior du même magazine a pu conduire le prototype sur un lac gelé en Suède. Malgré les conditions extrêmes, il a livré des impressions positives et révélé des informations techniques précieuses :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Puissance maximale | Plus de 1 000 ch |
| Nombre de moteurs | 3 moteurs synchrones à aimants permanents (1 avant, 2 arrière) |
| Couple | Environ 1 300 Nm |
| Transmission | Intégrale |
| Capacité de batterie | Environ 120 kWh |
| Autonomie WLTP | Environ 690 km |
| Coefficient aérodynamique | Inférieur à 0,25 |
Cette configuration à trois moteurs permet une vectorisation du couple particulièrement fine. Associée aux roues arrière directrices, elle devrait offrir une agilité remarquable pour une voiture de ce gabarit. La direction des roues arrière permettra à la GT d’effectuer un demi-tour en 11,5 mètres, soit la maniabilité d’un SUV compact pour une grande berline. L’amortissement pneumatique à double chambre complète un dispositif technique ambitieux.
La polémique autour de la publicité sans voiture a occulté l’essentiel. Jaguar prépare un véhicule électrique haut de gamme aux caractéristiques techniques impressionnantes. La marque britannique fait le pari d’une clientèle jeune et fortunée, géographiquement dispersée entre la Chine, le Moyen-Orient et les États-Unis. Ce public ne partage pas la nostalgie des anciens clients européens et attend un langage esthétique différent.
Les premiers essais laissent entrevoir un véhicule performant, confortable et technologiquement avancé. Reste à savoir si ce positionnement ultra-premium, avec des tarifs dépassant 120 000 euros, trouvera son public. La marque vise des volumes réduits mais des marges élevées, abandonnant la course aux volumes face aux constructeurs allemands. Les prochains mois nous diront si cette stratégie radicale permet à Jaguar de retrouver une place durable sur le marché automobile mondial. Le marketing provocateur n’était peut-être qu’un moyen d’attirer l’attention sur une transformation bien plus profonde.
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