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Mercedes bientôt interdit de vente aux États-Unis : mais pourquoi ?

Michael Ptaszek

Le Sénat américain prépare un projet de loi qui, dans sa forme actuelle, pourrait forcer Mercedes-Benz à revoir de fond en comble sa structure actionnariale sous peine d’être exclu du marché américain. Une situation paradoxale pour une marque allemande dont les véhicules sont en partie assemblés sur le sol américain. Voici ce que vous devez savoir sur cette affaire qui agite les milieux automobiles des deux côtés de l’Atlantique.

Un projet de loi américain qui dépasse largement les frontières chinoises

La démarche de Washington n’est pas nouvelle dans son intention. Dès 2024, les États-Unis avaient porté les droits de douane sur les voitures électriques fabriquées en Chine à 100 %, une mesure clairement destinée à freiner l’entrée de marques comme BYD ou SAIC sur le territoire américain. Mais le Congrès veut visiblement aller plus loin. La logique évolue : il ne s’agit plus seulement de regarder où une voiture est fabriquée ou d’où viennent ses composants, mais d’examiner qui détient des parts dans le capital du constructeur.

Le projet de loi en question bénéficie d’un soutien bipartisan, ce qui lui donne un poids politique non négligeable. Il prévoit d’interdire la commercialisation de tout véhicule aux États-Unis dès lors que plus de 15 % du capital du constructeur est détenu par des entités liées à des pays considérés comme « sensibles ». La liste de ces pays comprend la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. Le raisonnement derrière ce seuil est assez clair : éviter qu’un gouvernement étranger potentiellement hostile puisse exercer une influence indirecte sur des technologies embarquées dans des millions de véhicules circulant sur le territoire américain.

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Pourquoi Mercedes se retrouve dans la ligne de mire

Le problème pour Mercedes, c’est que la définition retenue par le texte ne distingue pas entre un constructeur chinois et un constructeur européen ayant des investisseurs chinois à son capital. Or, la situation actionnariale de Mercedes-Benz est précisément problématique au regard de ce seuil de 15 %. Deux entités chinoises majeures figurent parmi ses actionnaires : BAIC, le constructeur public pékinois, avec environ 10 % des actions, et Li Shufu, fondateur de Geely, avec une participation similaire d’environ 10 %. Additionnées, ces deux positions représentent environ 20 % du capital de Mercedes, soit un niveau bien supérieur au seuil envisagé.

Ted Cruz, président de la commission du commerce du Sénat et sénateur républicain du Texas, a lui-même reconnu publiquement que le texte, en l’état, pourrait effectivement contraindre Mercedes à cesser ses ventes aux États-Unis. Il a toutefois précisé que le projet devra être amendé avant son adoption définitive, et que l’exclusion de Mercedes n’est pas l’objectif recherché. Cette précision est importante, mais elle ne constitue en rien une garantie formelle tant que la loi n’a pas été modifiée et votée.

  • BAIC (constructeur public chinois) : actionnaire à environ 10 % de Mercedes-Benz
  • Li Shufu (fondateur de Geely) : actionnaire à titre personnel à environ 10 %
  • Seuil légal envisagé : 15 % de capital détenu par des entités de pays « sensibles »
  • Participation chinoise cumulée chez Mercedes : ~20 %, soit bien au-delà du seuil
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Les technologies embarquées, un deuxième front dans ce bras de fer

Le projet de loi ne se contente pas de viser la structure capitalistique des constructeurs. Il s’attaque également aux technologies d’origine chinoise intégrées dans les véhicules : logiciels, capteurs, systèmes de communication connectés. Les élus américains craignent que ces composants puissent collecter des données sensibles — habitudes de conduite, localisation, informations personnelles — et les transmettre à des serveurs situés en Chine. Une crainte qui s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, notamment autour des débats sur TikTok ou Huawei.

Concrètement, le calendrier envisagé est le suivant :

  • À partir de 2027 : interdiction des véhicules utilisant des logiciels et technologies de communication liés à des entités chinoises — une mesure qui toucherait notamment Polestar, dont les voitures intègrent des systèmes développés en Chine
  • À partir de 2030 : extension aux composants matériels (capteurs, puces, hardware embarqué) d’origine chinoise

Ces dispositions concernent des acteurs très différents : des marques chinoises pures, mais aussi des constructeurs occidentaux qui ont recours à des sous-traitants ou des plateformes technologiques chinoises. Le périmètre est donc potentiellement très large.

La réaction de Mercedes et les marges de manœuvre disponibles

Du côté de Stuttgart, on affiche un calme relatif. Mercedes-Benz a déclaré soutenir les initiatives américaines visant à protéger la sécurité nationale, tout en exprimant clairement son souhait que la législation finale ne vienne pas perturber ses opérations commerciales sur ce marché stratégique. Les États-Unis représentent l’un des trois plus grands débouchés de la marque dans le monde, aux côtés de la Chine et de l’Allemagne. Un retrait forcé aurait des conséquences économiques considérables.

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Si le texte venait à être adopté sans modification substantielle, Mercedes disposerait d’un délai courant jusqu’en 2030 pour se mettre en conformité. Cela pourrait signifier négocier le rachat des parts détenues par BAIC et Li Shufu, obtenir une dérogation spécifique auprès des autorités américaines, ou encore restructurer son capital d’une manière qui respecte le seuil légal. Aucune de ces options n’est simple ni rapide, et toutes ont un coût. Exclure Mercedes du marché américain serait en réalité une mesure aux retombées diplomatiques et économiques suffisamment lourdes pour que Washington hésite à aller jusque-là — mais le fait que ce scénario soit juridiquement possible avec le texte actuel mérite d’être pris au sérieux.

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