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Tesla a rouvert cette semaine les réservations pour son nouveau Roadster, et la mécanique est identique à celle de 2017 : 50 000 dollars à débourser, cette fois-ci avant même que la voiture de production ait été montrée au public. La date du dévoilement officiel est fixée au 1er octobre 2026, lors d’un événement organisé près de Waco, au Texas. En attendant, la page de réservation est bien en ligne, et les premiers acheteurs peuvent d’ores et déjà sortir le carnet de chèques.
Le processus se déroule en deux étapes. Dans un premier temps, vous réglez 5 000 dollars par carte bancaire, décrits comme “entièrement remboursables”. Vous disposez ensuite de dix jours pour effectuer un virement bancaire de 45 000 dollars supplémentaires. La réservation n’est considérée comme définitive qu’à réception de ce virement. Autrement dit, si vous ne complétez pas le paiement, votre place dans la file d’attente reste virtuelle.
Ce qui interpelle, c’est que Tesla collecte ces sommes avant que quiconque ait vu la version de production. L’événement du 1er octobre est censé révéler les prix définitifs, les spécifications techniques et les objectifs de production. Vous réservez donc, en quelque sorte, à l’aveugle. Tesla promet que cette soirée lèvera le voile sur tout cela, mais l’histoire récente du constructeur avec ce modèle invite à tempérer les attentes.
En novembre 2017, Tesla avait fait monter en scène un prototype du Roadster lors de la présentation du Semi. Les conditions de réservation étaient déjà les mêmes : 50 000 dollars pour une réservation standard, ou 250 000 dollars intégralement versés d’avance pour la “Founders Series”. La livraison était alors annoncée pour 2020. Six ans plus tard, pas un seul exemplaire n’a été livré. Le modèle a connu au moins huit reports successifs.
Les situations individuelles de certains réservants ont même été médiatisées. Le YouTubeur Marques Brownlee, qui attendait depuis huit ans, a eu du mal à récupérer son dépôt initial, Tesla retenant dans un premier temps les 5 000 dollars. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a de son côté indiqué avoir été ignoré lorsqu’il a tenté d’annuler sa réservation. Ces cas illustrent une tension réelle entre la promesse commerciale de Tesla et la réalité vécue par ses clients.
Il convient aussi de mentionner que Tesla doit plus d’une centaine de Roadster Founders Series gratuits à des participants à son ancien programme de parrainage, en vigueur entre 2017 et 2019. Ces personnes attendent toujours leur véhicule, sans la moindre visibilité sur une date de livraison.
Les promesses techniques du Roadster de 2017 étaient déjà spectaculaires sur le papier :
Pour cette nouvelle version, les teasers diffusés par Tesla montrent un design revu, intégrant les codes stylistiques anguleux du langage “Cyber” du constructeur, avec une barre lumineuse pleine largeur similaire à celle du Cybertruck et du robotaxi. Elon Musk a par ailleurs longuement évoqué un démonstrateur équipé de propulseurs à gaz froid développés avec SpaceX, censés permettre à la voiture de “voler”, ou du moins de flotter brièvement. Ce démonstrateur serait télécommandé, non homologué pour la route, et pourrait valoir à lui seul plusieurs centaines de milliers de dollars. Il s’agit clairement d’un exercice de communication, pas d’une caractéristique de série.
Musk lui-même n’a pas cherché à surévaluer les chances de succès de la soirée : “Ce sera un banger. L’excitation est garantie. Le succès, non”, a-t-il déclaré lors de l’All-In Summit en septembre 2026. Il a également précisé avoir besoin d’un public en direct “pour attester que ce n’est pas de l’IA”. Ce genre de déclaration, pour le moins ambivalente, ne rassure pas forcément les futurs acheteurs.
Les plateformes de marchés de prédiction, qui agrègent les anticipations d’un grand nombre d’utilisateurs, ne semblent pas convaincues par le calendrier de Tesla. Sur Polymarket, le contrat portant sur une livraison du Roadster avant la fin 2026 se négocie à moins de 5% de probabilité. Un contrat distinct tablant sur une livraison en 2027 s’échange autour de 61%. Ces chiffres sont à prendre avec précaution, les volumes échangés restant modestes, mais ils reflètent un scepticisme assez répandu.
Ce que l’on peut dire objectivement, c’est que le 1er octobre pourrait apporter de vraies réponses : un prix confirmé, des spécifications validées, un calendrier de production crédible. Ou il pourrait n’être qu’un spectacle de plus, impressionnant visuellement mais peu contraignant sur les engagements concrets. Tesla a une longue habitude de ces événements qui font la une avant que la réalité industrielle ne rattrape les promesses. Le Roadster, lui, n’avait pas besoin d’un nouveau design ou de propulseurs SpaceX. Il avait besoin d’être fabriqué et livré. La question qui se pose aux acheteurs potentiels est simple : êtes-vous prêt à confier 50 000 dollars à Tesla sur la foi d’une promesse qui a déjà accusé neuf ans de retard ?
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