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Le géant de la grande distribution Lidl vient de franchir une étape concrète dans l’automatisation de sa logistique. En partenariat avec la startup suédoise Einride, l’enseigne a mis en service le premier camion autonome sans cabine de niveau 4 SAE à circuler quotidiennement sur les routes publiques allemandes. Derrière cette annonce, il y a une réalité opérationnelle déjà à l’œuvre, un cadre réglementaire particulièrement exigeant, et des questions légitimes sur la portée réelle de cette expérimentation.
Pour circuler sur les routes publiques en Allemagne, le camion d’Einride a dû obtenir une autorisation spéciale délivrée par le Kraftfahrt-Bundesamt (KBA), l’autorité fédérale allemande des transports routiers. Cette instance est réputée pour la rigueur de ses procédures d’homologation, et le fait d’en avoir obtenu le feu vert représente un véritable marqueur de crédibilité technique. Le PDG d’Einride, Roozbeh Charli, le dit sans détour : “Le processus d’approbation allemand est l’un des plus exigeants au monde, et obtenir cette autorisation nous donne une base solide pour déployer à grande échelle en toute confiance.”
Cette homologation est d’autant plus significative que le niveau 4 d’autonomie SAE implique que le véhicule peut gérer l’intégralité de la conduite dans un environnement défini, sans intervention humaine directe à bord. Il ne s’agit pas d’une aide à la conduite ou d’un système semi-autonome : le camion opère seul, sous surveillance à distance. C’est le niveau juste en dessous de la pleine autonomie dite “niveau 5”, qui, elle, ne nécessite aucune intervention humaine quelle que soit la situation.
Le pod d’Einride n’a ni cabine, ni volant, ni siège conducteur. Sa silhouette ressemble davantage à un module de fret qu’à un poids lourd classique. Fabriqué par un équipementier sous-traitant aux Pays-Bas, il embarque un ensemble de capteurs particulièrement dense pour assurer une perception fiable de son environnement :
Si aucun conducteur ni agent de sécurité à bord n’est requis, un opérateur humain surveille à distance les déplacements du véhicule en temps réel. Ce superviseur à distance ne pilote pas le camion à proprement parler, mais il peut intervenir pour effectuer des manœuvres à basse vitesse, plafonnées à 6 km/h, notamment pour les opérations d’accostage aux quais de chargement ou pour gérer des situations atypiques. Une nuance importante qui montre que l’autonomie complète reste encadrée par une supervision humaine permanente.
Concrètement, le camion effectue actuellement des rotations entre un centre logistique et un magasin Lidl situés à Edermünde, en Allemagne. Il tourne sur une vacation par jour, cinq jours par semaine, et transporte environ 45 palettes par rotation. Ce qui est moins mis en avant dans les communiqués de presse, c’est que le trajet parcouru serait inférieur à 1,6 km — le magasin étant situé à proximité immédiate de l’entrepôt. En comparant les données disponibles avec les images satellite, on est loin d’une desserte urbaine complexe ou d’un itinéraire interurbain.
Einride reconnaît cette réalité et annonce que la prochaine étape consistera à étendre l’itinéraire pour inclure plusieurs arrêts, selon un modèle de tournée en “milkrun“, c’est-à-dire des livraisons multi-points enchaînées sur un même circuit. L’ambition est là, mais le déploiement actuel reste clairement une phase pilote, aussi symbolique que fonctionnelle.
Au-delà de l’aspect technologique, cette initiative répond à une problématique bien réelle : la pénurie de conducteurs de poids lourds en Europe. Le secteur du transport routier souffre d’un déficit structurel de chauffeurs, aggravé par le vieillissement des effectifs et la difficulté à attirer de nouveaux profils. En Allemagne, plusieurs dizaines de milliers de postes seraient non pourvus selon les estimations professionnelles du secteur.
Lidl et Einride présentent leur partenariat comme une réponse partielle à ce défi logistique. Le groupe Schwarz, maison mère de Lidl, serait déjà en discussions avancées avec Einride pour étendre le déploiement de camions autonomes à d’autres sites. Einride, de son côté, gère déjà une flotte d’environ 200 camions électriques loués à des entreprises comme Heineken ou PepsiCo, ce qui lui donne une expérience opérationnelle non négligeable dans la gestion de flottes industrielles automatisées.
Ce qui se joue ici n’est pas tant une révolution immédiate du transport de marchandises qu’une démonstration progressive que les régulateurs, les industriels et les opérateurs logistiques peuvent travailler ensemble pour intégrer ces technologies dans des cadres juridiques existants. L’Allemagne, souvent perçue comme conservatrice sur ces sujets, vient d’envoyer un signal que les autres pays européens observeront attentivement.
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