Kia veut ressusciter la Stinger en mode 100% électrique
La Kia Stinger a marqué les esprits à sa sortie : une berline sport propulsion, animée par un V6 biturbo, […]
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Si vous suivez l’actualité automobile un tant soit peu, vous savez que les constructeurs sont régulièrement tentés de sortir des concepts déraisonnables pour faire parler d’eux. Mais quand le chiffre annoncé défie littéralement la physique des pneumatiques, cela mérite qu’on s’y attarde sérieusement. C’est précisément ce que propose Dreame, une entreprise chinoise spécialisée dans les robots aspirateurs et les appareils électroménagers, qui vient de dévoiler le Dreame Nebula NEXT 01 Jet Edition : une supercar électrique équipée de propulseurs à fusée, censée abattre le 0 à 100 km/h en 0,9 seconde.
Avant d’aller plus loin, il faut comprendre pourquoi ce chiffre est aussi difficile à avaler. Les supercars électriques les plus performantes disponibles aujourd’hui — qu’il s’agisse de la Rimac Nevera ou de la Bugatti Tourbillon — sont déjà ce que les ingénieurs appellent “traction-limited” : elles accélèrent aussi vite que le permettent les frottements entre les pneus et la chaussée. Autrement dit, ajouter de la puissance supplémentaire ne sert strictement à rien pour améliorer l’accélération en départ arrêté, car ce sont les pneumatiques qui constituent le véritable goulot d’étranglement.
Pour contourner ce problème, deux solutions existent : augmenter l’adhérence par un effet de sol actif — un système qui “aspire” littéralement la voiture au sol, ce qui aurait d’ailleurs été assez ironique pour une marque d’aspirateurs — ou générer de la poussée autrement que par les roues. Dreame a choisi la seconde option. La Nebula NEXT 01 Jet Edition embarquerait des doubles propulseurs à combustible solide sur mesure, capables de délivrer 100 kilonewtons de poussée, s’activant en 150 millisecondes. Pour référence, c’est plus rapide que le temps de réaction humain le plus rapide, même si un drivetrain électrique classique réagit encore plus vite.
Le record actuel de 0 à 100 km/h en 0,956 seconde appartient à une voiture de course ultra-légère construite par des étudiants, pesant environ 136 kg et dépourvue de toit. La comparer à une supercar de route est donc particulièrement osé.
Le système de propulsion à fusée semble avoir été greffé sur le Dreame Nebula 1, concept présenté en début d’année au CES de Las Vegas. Ce modèle de base affiche déjà des ambitions très sérieuses :
Dreame confirme également travailler sur un SUV dans le style d’une Rolls-Royce Cullinan, ce qui laisse entendre une vraie stratégie automobile, et pas simplement un exercice de communication. Malgré cela, les demandes de précisions techniques adressées à la marque sont restées largement sans réponse satisfaisante, ce qui invite à une certaine prudence.
Le vrai problème avec des propulseurs à combustible solide, c’est qu’ils ne se coupent pas. Une fois allumés, ils brûlent jusqu’à épuisement du carburant. Difficile dans ces conditions d’imaginer une utilisation sereine en environnement routier, où un piéton ou un autre véhicule peut surgir à tout moment. Par ailleurs, contrairement à un moteur électrique que vous rechargez en branchant un câble, les boosters à poudre doivent être physiquement remplacés après chaque utilisation — comme des moteurs de fusée de modélisme, mais en beaucoup plus imposant.
L’autre point qui mérite d’être soulevé : l’empreinte carbone de la propulsion à fusée est loin d’être neutre. Si la partie électrique du groupe moteur peut prétendre à des émissions nulles à l’usage, l’activation des boosters implique une combustion chimique — ce qui va à l’encontre du discours écologique habituellement associé aux voitures électriques. Le concept, dans cette configuration, ressemble davantage à un prototype de dragster qu’à une solution mobilité crédible.
Difficile de ne pas penser au Tesla Roadster nouvelle génération, présenté pour la première fois en 2017 avec des chiffres tout aussi vertigineux. Elon Musk avait promis un “SpaceX Package” avec des propulseurs à air comprimé permettant un 0 à 100 km/h en 1,2 seconde — une solution techniquement moins problématique que le combustible solide, puisqu’il suffit de recharger un réservoir d’air pour réutiliser le système.
Mais ce Roadster accuse aujourd’hui plus de 7 ans de retard. La seconde présentation du modèle, promise par Musk comme “la démo produit la plus impressionnante de l’histoire”, a été repoussée à plusieurs reprises. Dreame, en comparaison, a au moins eu le mérite de présenter un concept physique et d’annoncer un partenariat industriel concret pour sa production. Sur ce point précis, la marque d’aspirateurs devance le constructeur américain — au moins dans les annonces.
Ce qui est indéniable, c’est que la vitesse d’exécution de l’industrie automobile chinoise a surpris plus d’un observateur ces dernières années. Xiaomi, autre géant de l’électronique grand public, a réussi à mettre une berline électrique performante sur le marché en un temps record. Il serait donc imprudent de balayer Dreame d’un revers de main. Reste à voir si la Nebula NEXT 01 Jet Edition passera un jour du stade du concept à celui de la production en série — et si les routes européennes seront un jour homologuées pour accueillir une voiture propulsée par des fusées à poudre.
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