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Cette usine géante recycle les batteries des voitures électriques en un temps record

Michael Ptaszek

Quand une batterie de voiture électrique arrive en fin de vie, que se passe-t-il vraiment ? Elle n’est pas forcément bonne pour la casse. C’est sur ce constat que repose le modèle de Moment Energy, une entreprise canadienne basée à Vancouver qui vient d’inaugurer ce qu’elle présente comme la plus grande usine mondiale dédiée à la seconde vie des batteries de véhicules électriques. Et ce qui frappe d’emblée, c’est la vitesse à laquelle tout cela s’est concrétisé : six semaines entre l’annonce du projet et l’ouverture officielle des portes.

Megafactory 1 : une usine dédiée à la seconde vie des batteries électriques

La cérémonie d’inauguration de Megafactory 1 s’est tenue le 23 juin 2026 à Vancouver, en Colombie-Britannique. Le principe de l’usine est simple à comprendre, même si la réalisation est techniquement complexe : plutôt que de produire de nouvelles cellules de batterie, l’installation récupère des batteries de voitures électriques réformées pour les transformer en systèmes de stockage d’énergie à grande échelle, destinés à des infrastructures fixes.

Ces systèmes de stockage sont ensuite déployés auprès de data centers, d’hôpitaux, d’usines, de micro-réseaux électriques ou d’autres infrastructures critiques qui ont besoin de capacités de stockage fiables. Le raisonnement est logique : une batterie qui ne dispose plus d’une autonomie suffisante pour propulser un véhicule peut encore stocker et restituer de l’énergie pendant plusieurs années dans un contexte stationnaire, où le poids et l’encombrement sont des critères secondaires. Ce sont les performances de stockage qui comptent, et sur ce point, beaucoup de batteries réformées ont encore largement de quoi faire.

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Pourquoi ce type d’installation arrive au bon moment

Le contexte joue clairement en faveur de ce type d’initiative. D’un côté, la demande en électricité ne cesse d’augmenter, portée notamment par l’explosion des data centers et la généralisation progressive des usages numériques énergivores. De l’autre, les premières générations de batteries lithium-ion installées dans des voitures électriques commercialisées il y a dix ans commencent à atteindre leur seuil de retraite. Ce croisement entre une offre croissante de batteries usagées et une demande soutenue en stockage stationnaire crée une fenêtre de marché que Moment Energy entend occuper rapidement.

L’objectif de production annoncé est ambitieux : 1 gigawattheure (GWh) de systèmes de stockage produits chaque année d’ici 2030. À titre de comparaison, 1 GWh représente la capacité de stockage de plusieurs dizaines de milliers de batteries de voitures électriques de taille moyenne. Sur le plan de l’emploi, l’entreprise table sur plus de 100 emplois directs et plus de 1 000 emplois indirects en Colombie-Britannique. Des chiffres qui expliquent en partie l’intérêt des pouvoirs publics canadiens pour le projet.

Le financement et les certifications qui renforcent la crédibilité du projet

Moment Energy n’est pas une startup sans historique. Fondée en 2020 à partir d’un projet universitaire, elle a depuis levé des fonds significatifs et obtenu des reconnaissances techniques notables. Le gouvernement canadien, via PacifiCan (Développement économique Canada pour le Pacifique), a investi 4,9 millions de dollars canadiens dans l’entreprise. Plus récemment, la société a bouclé une levée de fonds de série B à hauteur de 40 millions de dollars américains, portant son financement total à plus de 100 millions de dollars.

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Sur le plan technique, Moment Energy revendique une première mondiale : être la première entreprise à avoir obtenu à la fois la certification de sécurité produit et la certification de sécurité fonctionnelle pour un système de gestion de batterie (BMS) conçu spécifiquement pour des batteries de véhicules électriques en seconde vie. Ce double agrément n’est pas anodin dans un secteur où les normes de sécurité sont particulièrement strictes, surtout pour des systèmes destinés à des environnements critiques comme des hôpitaux ou des infrastructures énergétiques.

Ce que ce modèle implique concrètement pour les batteries de voitures électriques

Du point de vue du cycle de vie d’une batterie, l’approche de Moment Energy soulève une question pratique que beaucoup de propriétaires de voitures électriques se posent : que devient ma batterie quand le véhicule est mis à la retraite ? La filière du recyclage existe, mais elle est énergivore et ne valorise qu’une partie des matériaux. La voie de la seconde vie, elle, permet de prolonger l’usage de la batterie de plusieurs années avant d’en arriver à l’étape du recyclage. Ce sont donc deux solutions complémentaires, et non concurrentes.

  • Une batterie de voiture électrique est généralement considérée comme « en fin de vie véhicule » lorsqu’elle descend en dessous de 70 à 80 % de sa capacité initiale
  • Dans un usage stationnaire, cette même batterie peut fonctionner pendant encore 5 à 10 ans supplémentaires selon les conditions d’exploitation
  • Le stockage stationnaire ne soumet pas la batterie aux mêmes contraintes thermiques et mécaniques qu’un véhicule en mouvement, ce qui ralentit sa dégradation
  • Ce type de reconversion contribue à réduire l’empreinte carbone globale de la filière électrique en retardant l’extraction de nouvelles matières premières
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Edward Chiang, cofondateur et directeur général de Moment Energy, a résumé l’état d’esprit de l’entreprise lors de l’inauguration : « Nous avons annoncé ce projet il y a six semaines. Aujourd’hui, il est opérationnel. La demande en stockage d’énergie s’accélère, tout comme l’offre de batteries de véhicules électriques réformées. » Ce calendrier de mise en œuvre, inédit pour une installation industrielle de cette envergure, illustre une capacité d’exécution que le secteur du stockage d’énergie observe désormais avec attention. La Megafactory 1 n’est peut-être que la première d’une série.

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