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Même en Amérique latine, la voiture électrique progresse plus vite que chez nous

Michael Ptaszek

Ce n’était pas vraiment attendu si tôt. Il y a seulement quelques mois, atteindre 10% de parts de marché pour les véhicules électriques en Amérique latine avant la fin de l’année semblait déjà un scénario optimiste. C’est pourtant ce qui s’est produit dès le deuxième trimestre 2026, avec un taux qui grimpe à 10,7%, bien au-delà des 7,7% enregistrés au trimestre précédent et des 4,6% de la même période l’an dernier. Le bond est significatif, et les raisons qui l’expliquent méritent qu’on s’y attarde sérieusement.

Des chiffres de ventes qui battent tous les records régionaux

Au deuxième trimestre 2026, les ventes de voitures électriques en Amérique latine ont frôlé les 190 000 unités, contre un précédent record d’à peine 120 000 unités au trimestre précédent. C’est une progression de 137% sur un an, un rythme que peu d’analystes anticipaient avec une telle netteté. Pour la première fois, les ventes de véhicules 100% électriques (BEV) ont dépassé le cap des 100 000 unités sur un seul trimestre, un seuil symbolique qui marque une étape réelle dans la structuration du marché régional.

Ce qui est peut-être encore plus parlant, c’est la dynamique côté thermique : pour la première fois, les ventes de motorisations à combustion — tous types confondus, y compris les hybrides classiques — ont reculé en glissement annuel, et ce malgré une légère croissance du marché automobile global. Concrètement, le marché total a progressé d’environ 50 000 unités, mais parce que les ventes électriques ont bondi de 110 000 unités, les thermiques et hybrides non rechargeables ont perdu plus de 60 000 ventes. C’est le genre de signal qui, même à petite échelle, indique une bascule structurelle.

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BEV contre PHEV : la tendance se précise clairement

La répartition entre véhicules 100% électriques et hybrides rechargeables (PHEV) évolue dans un sens qui confirme une orientation progressive vers le tout-électrique. Les BEV progressent de +162% sur un an contre +109% pour les PHEV. Résultat : 58% des ventes électriques régionales sont désormais des BEV purs, contre 42% pour les PHEV et véhicules à prolongateur d’autonomie.

Cette tendance n’est pas uniforme selon les pays. Quatre marchés restent majoritairement orientés PHEV : le Mexique, l’Argentine, le Paraguay et le Pérou. Le cas argentin est particulièrement marqué, puisque 73% des ventes électriques y sont des hybrides rechargeables — le taux le plus élevé de toute la région. L’Argentine a certes quasiment triplé sa part de marché électrique entre Q1 et Q2 2026, mais cette progression repose très largement sur les PHEV, ce qui nuance fortement l’enthousiasme. Le Mexique, de son côté, plafonne à 7,3% de parts de marché électrique avec seulement 3% de BEV et une croissance annuelle de 24%, très en deçà de la moyenne régionale.

Panorama par pays : le Brésil tire la croissance, l’Uruguay surprend

Pour comprendre ce qui se passe réellement, il faut isoler le rôle du Brésil. Sur les 108 000 ventes électriques supplémentaires enregistrées en un an à l’échelle régionale, 66 666 proviennent du seul Brésil — soit environ deux tiers de la croissance totale. Ce n’est pas un hasard : le pays a massivement investi dans la production locale de véhicules électriques, une filière qui monte en puissance et commence même à alimenter certains marchés voisins. Résultat, le Brésil affiche désormais 13,5% de parts de marché électrique (7,5% de BEV), et les données de juillet semblent indiquer que le pays s’approche des 10% de BEV seuls sur le mois.

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Voici un aperçu des parts de marché électrique par pays au Q2 2026 :

PaysPart de marché EV totaledont BEVTendance
Uruguay> 40%~37%Record historique
Costa Rica~22%N/DEn progression
Colombie> 20%~18%Forte hausse
Brésil13,5%7,5%Moteur régional
Équateur> 11%~8%Données PHEV nouvelles
Mexique7,3%~3%Croissance lente
Argentine~7%~2%PHEV dominants
El Salvador0,25%N/DBase très faible
Pérou1,2%N/DCroissance forte mais marginale

L’Uruguay reste un cas à part à l’échelle mondiale : dépasser les 40% de parts de marché électrique est une performance que peu de pays européens ont atteinte. Le Paraguay, souvent discret dans les analyses régionales, a vu ses ventes du seul mois de mai 2026 dépasser le total de l’année 2025 entière, avec une part de marché électrique de 15%. Le Chili, lui, a quasiment doublé sa part de marché et ses volumes par rapport au trimestre précédent.

Ce qui explique vraiment cette accélération des ventes électriques

La guerre déclenchée par l’administration Trump au Moyen-Orient a certes tendu le marché pétrolier et entraîné une hausse des prix des carburants dans la région — +15% pour l’essence, +20% pour le diesel en moyenne. Mais cette augmentation, bien que notable, reste insuffisante pour expliquer à elle seule une croissance de 137% des ventes électriques. La fermeture du détroit d’Ormuz a certes compliqué les flux pétroliers, mais les prix n’ont pas explosé comme certains l’anticipaient.

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Les facteurs structurels semblent bien plus déterminants :

  • Des prix d’achat en baisse : les voitures électriques sont désormais accessibles à des segments de clientèle beaucoup plus larges qu’il y a deux ans, grâce à l’arrivée de modèles entrée de gamme, notamment d’origine chinoise.
  • Un réseau de recharge qui se densifie : le Brésil et le Chili disposent aujourd’hui d’infrastructures de recharge jugées robustes pour la région, réduisant l’anxiété liée à l’autonomie.
  • Une offre plus diversifiée : SUV compacts, citadines, berlines familiales — le catalogue disponible en Amérique latine couvre désormais des usages variés, ce qui élargit mécaniquement la base d’acheteurs potentiels.
  • La production locale au Brésil : l’industrialisation locale réduit les coûts logistiques et permet des délais de livraison plus courts, deux arguments de poids pour les acheteurs.

La politique publique, en revanche, n’a pas joué de rôle décisif cette année : aucune mesure incitative majeure n’a été adoptée à l’échelle régionale au cours du premier semestre 2026. La croissance est donc largement organique, portée par des dynamiques de marché plutôt que par des subventions. C’est, dans une certaine mesure, un signe de maturité du secteur dans cette région du monde. Si les conditions actuelles — prix compétitifs, offre étoffée, infrastructure en progrès — se maintiennent au troisième trimestre, rien n’exclut que la barre des 10% de parts de marché annuelles soit dépassée dès la fin 2026, un scénario qui semblait encore incertain il y a six mois à peine.

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