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On parle souvent des batteries lithium-ion dans le contexte des voitures électriques, des smartphones ou des vélos cargo. Mais voilà que cette technologie, largement perfectionnée ces dernières années notamment grâce à l’essor du marché automobile, s’invite dans un univers radicalement différent : la défense navale européenne. Saft, fabricant français de batteries et filiale de TotalEnergies, vient de décrocher un contrat pour équiper les sous-marins de nouvelle génération de Naval Group avec des systèmes de stockage d’énergie lithium-ion. Une reconversion industrielle qui dit beaucoup sur la maturité atteinte par cette technologie.
C’est la question que beaucoup se posent à juste titre. Un sous-marin nucléaire embarque un réacteur capable de produire une quantité d’énergie colossale, mais ce réacteur ne propulse pas directement le bâtiment comme un moteur thermique entraîne les roues d’une voiture. Il génère de la chaleur par fission nucléaire, qui sert à vaporiser de l’eau. La vapeur produite alimente ensuite des turbines pour générer de l’électricité, laquelle est redistribuée vers la propulsion et les systèmes de bord. Le réacteur, en d’autres termes, est une centrale électrique embarquée.
Mais un sous-marin a aussi besoin de pouvoir fonctionner dans le silence le plus total, répondre instantanément à des variations soudaines de puissance, ou maintenir les systèmes vitaux en cas d’arrêt du réacteur. C’est pour cela que des banques de batteries massives ont toujours fait partie de l’équipement standard de ces engins. Jusqu’à présent, des batteries au plomb héritées de l’ère de la Guerre froide assumaient ce rôle. Fonctionnelles, certes, mais volumineuses, lourdes, et peu performantes au regard des standards actuels.
Naval Group a officialisé l’installation des systèmes de stockage lithium-ion de Saft sur deux classes de sous-marins : le Barracuda et le Scorpène. Les gains attendus par rapport aux anciennes batteries plomb-acide sont significatifs sur plusieurs points techniques :
Cédric Duclos, PDG de Saft, résume assez directement les enjeux : « Cette technologie établit un nouveau standard en termes de densité énergétique, de sécurité et de fiabilité, positionnant Saft au cœur des programmes de défense navale de prochaine génération. C’est aussi un pas clair vers la souveraineté technologique européenne. » Un discours industriel, mais qui recouvre une réalité technique bien tangible.
Ce contrat naval illustre un phénomène qu’on observe depuis quelques années dans l’industrie : les avancées réalisées sur les batteries de voitures électriques profitent désormais bien au-delà de la mobilité terrestre. L’aviation, le maritime civil, le stockage stationnaire d’énergie renouvelable, et maintenant la défense sous-marine — tous ces secteurs bénéficient des efforts de R&D massifs engagés pour réduire les coûts et améliorer les performances des cellules lithium-ion.
D’autres marines ont déjà amorcé cette transition. La classe japonaise Taigei fait figure de référence récente, tout comme la légendaire classe suédoise Gotland qui avait redéfini les standards de la conception sous-marine il y a une trentaine d’années avec ses batteries AIP (Air Independent Propulsion). La Corée du Sud suit le même chemin. En Europe, ThyssenKrupp Marine Systems s’est également positionné sur le segment, non sans quelques turbulences industrielles. Naval Group, dont l’actionnaire principal reste l’État français, bénéficie d’une chaîne de décision plus directe pour avancer sur ce type de programme.
Saft est une filiale à 100 % de TotalEnergies, ce qui donne à ce contrat une dimension supplémentaire. Pour le géant pétro-énergétique français, positionner sa filiale batterie sur des marchés de défense stratégiques représente une diversification cohérente avec les ambitions du groupe dans le stockage d’énergie avancé. TotalEnergies voit dans ce succès la confirmation d’une demande croissante pour ses technologies de batteries dans les applications maritimes, un segment jusqu’ici peu mis en avant dans sa communication grand public.
À mesure que la chimie lithium-soufre progresse en laboratoire — une technologie qui pourrait encore doubler la densité énergétique des cellules actuelles — il est probable que les sous-marins de la prochaine décennie bénéficient d’une nouvelle génération de packs encore plus performants. Pour l’instant, le passage au lithium-ion marque déjà une rupture nette avec cinquante ans de statu quo technologique sous les océans. Et quelque part, chaque fois que vous rechargez votre voiture électrique, vous participez indirectement à l’écosystème industriel qui rend ce type d’innovation possible.
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