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La batterie solide miracle de Donut Lab ne serait qu’une simple fraude

Philippe Moureau

Le secteur des batteries solides promet depuis des années de transformer radicalement l’autonomie et les performances des véhicules électriques. Pourtant, lorsqu’une entreprise finlandaise annonce avoir franchi tous les obstacles techniques d’un coup, la prudence s’impose. C’est exactement ce qui arrive à Donut Lab, fabricant qui avait fait grand bruit début 2026 en présentant une batterie à électrolyte solide aux caractéristiques spectaculaires. Désormais, l’entreprise se retrouve au cœur d’une accusation de fraude qui soulève de sérieuses questions sur la réalité de ses avancées technologiques.

Des promesses qui défient les lois de la physique actuelle

Début 2026, Donut Lab a captivé l’attention en annonçant une batterie solide affichant une densité énergétique de 400 Wh/kg, capable de supporter 100 000 cycles de charge et d’être rechargée en seulement 5 minutes. Vous comprendrez que ces chiffres sortent largement des standards actuels. Pour mettre les choses en perspective, les meilleures batteries lithium-ion du marché plafonnent autour de 250 à 280 Wh/kg, avec une durée de vie oscillant entre 1 000 et 3 000 cycles selon l’utilisation.

L’entreprise finlandaise ne s’est pas contentée d’annoncer ces performances : elle a également affirmé être prête à lancer la production dès le premier trimestre 2026. Cette combinaison de caractéristiques exceptionnelles et de disponibilité immédiate a naturellement suscité un mélange d’enthousiasme et de scepticisme dans l’industrie. Les batteries solides sont effectivement le saint Graal recherché depuis plus d’une décennie, mais personne n’a encore réussi à les produire en masse avec des performances supérieures aux technologies actuelles à électrolyte liquide ou gel.

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Une plainte pénale qui jette le trouble

L’affaire a pris une tournure dramatique en avril 2026 lorsque Lauri Peltola, ancien directeur commercial de Nordic Nano, le partenaire de fabrication de Donut Lab, a déposé une plainte pénale contre l’entreprise. Selon le quotidien finlandais Helsingen Sanomat, le plus important du pays, Peltola accuse Donut Lab d’avoir induit le public en erreur sur trois points cruciaux : la densité énergétique réelle, la durabilité et la capacité de production.

Le journal affirme avoir eu accès à des communications internes révélant que la batterie présentée lors des tests indépendants correspondrait à une ancienne génération que Donut Lab et ses partenaires auraient abandonnée. La nouvelle génération serait quant à elle en développement précoce, bien loin d’une production à grande échelle. Ces révélations viennent s’ajouter à d’autres signaux d’alerte que les observateurs attentifs avaient déjà relevés.

Des tests indépendants incomplets qui interrogent

Donut Lab a effectivement soumis ses batteries à des tests par des laboratoires tiers, ce qui semblait renforcer la crédibilité de ses affirmations. Le problème réside dans ce qui n’a pas été testé. Les résultats publiés ont validé certaines performances, mais ont curieusement omis de mesurer précisément la densité énergétique et la durabilité, deux éléments pourtant centraux dans les revendications initiales de l’entreprise.

Cette sélection des paramètres testés éveille les soupçons. Quand vous prétendez avoir résolu tous les défis techniques d’une technologie, pourquoi ne pas soumettre l’intégralité de vos promesses à une vérification externe ? La question se pose d’autant plus que nous sommes désormais au deuxième trimestre 2026, et que la production annoncée pour le premier trimestre n’a toujours pas démarré. Les délais non respectés constituent un autre indicateur qui alimente les doutes.

La réponse de Donut Lab face aux accusations

Face à la plainte, Donut Lab et Nordic Nano ont publié un communiqué conjoint dans lequel ils nient catégoriquement toute fraude ou tromperie envers les investisseurs. Les deux entreprises affirment que Peltola, l’auteur de la plainte, ne disposait pas des connaissances nécessaires sur la technologie des batteries ni sur l’ensemble du projet de développement. Elles précisent qu’il ne faisait pas partie du groupe de travail dédié aux batteries et qu’il n’est pas actionnaire de Nordic Nano Group.

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Donut Lab maintient ses affirmations et annonce que davantage de résultats de tests seront publiés dans les mois à venir. L’entreprise réitère également son objectif d’atteindre un gigawatt de capacité de production cette année, bien que cette formulation pose elle-même question : les cellules de batteries se mesurent habituellement en gigawattheures (GWh) et non en gigawatts (GW), une unité de puissance. Cette confusion terminologique n’arrange pas les choses quand on cherche à établir sa crédibilité technique.

Le contexte des batteries solides : un secteur miné par les fausses promesses

Pour comprendre l’ampleur du scepticisme, il faut replacer cette affaire dans le contexte plus large des annonces sur les batteries solides. Depuis près de quinze ans, nous entendons régulièrement parler de percées imminentes qui ne se matérialisent jamais. Toyota, par exemple, annonce des batteries solides révolutionnaires depuis le milieu des années 2010, repoussant systématiquement les échéances de commercialisation.

Chaque semaine, des laboratoires publient des résultats montrant qu’une nouvelle composition chimique a battu un record sur tel ou tel aspect des performances. Le problème fondamental reste toujours le même : une batterie commercialement viable doit exceller simultanément sur plusieurs fronts. Voici ce qu’une batterie doit équilibrer pour être réellement utilisable :

  • Une densité énergétique élevée pour maximiser l’autonomie sans alourdir le véhicule
  • Une capacité de décharge rapide pour fournir la puissance nécessaire aux accélérations
  • Une gestion thermique efficace pour éviter la surchauffe et la limitation de performances
  • Une vitesse de charge rapide sans compromettre la longévité de la batterie
  • Une durabilité permettant des milliers de cycles charge-décharge
  • Un coût de fabrication compatible avec une production industrielle rentable
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Exceller sur un seul de ces paramètres en laboratoire ne signifie rien si les autres aspects ne suivent pas. Une densité énergétique exceptionnelle ne sert à rien si votre batterie ne peut délivrer suffisamment de puissance, vous obligeant à multiplier le nombre de cellules et annulant ainsi l’avantage du poids. C’est précisément ce qui rend les affirmations de Donut Lab si extraordinaires : l’entreprise prétend avoir résolu simultanément tous ces problèmes tout en étant prête pour la production en série.

Entre employé mécontent et véritable scandale

La situation reste complexe à déchiffrer. D’un côté, les accusations proviennent d’un ancien cadre qui avait accès à certaines informations internes et qui a pris le risque légal de déposer une plainte pénale. Ce n’est pas une démarche anodine en Finlande, pays où les lois sur la diffamation et les fausses accusations sont strictes. D’un autre côté, les anciens employés mécontents ne sont pas rares dans le monde de l’entreprise, et leurs motivations peuvent parfois altérer leur perception des faits.

Donut Lab a raison sur un point : Peltola était directeur commercial et non ingénieur en électrochimie. Son expertise se situait davantage sur les aspects commerciaux et manufacturiers que sur la technologie de la batterie elle-même. Néanmoins, sa position chez Nordic Nano, le partenaire de fabrication, lui donnait probablement une vision sur les réalités de production et sur l’écart potentiel entre les annonces publiques et ce qui se passait réellement dans les usines.

Les prochains mois seront déterminants. Si Donut Lab publie effectivement des tests complets et indépendants validant l’ensemble de ses revendications, et si la production démarre avec des batteries conformes aux spécifications annoncées, l’entreprise aura prouvé ses détracteurs erronés. Dans le cas contraire, nous assisterons peut-être à l’un des plus grands scandales technologiques du secteur des véhicules électriques ces dernières années. Pour l’instant, la prudence reste de mise : les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires, et celles-ci se font encore attendre.

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