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Début janvier 2026, la startup finlandaise Donut Lab faisait sensation au CES de Las Vegas en affirmant avoir développé la première batterie tout-solide prête pour la production en série au monde. Des performances annoncées hallucinantes, des applications concrètes sur les motos électriques Verge Motorcycles, et une promesse de révolutionner le stockage d’énergie. Quelques mois plus tard, une enquête approfondie menée par le YouTuber Ryan Hughes, du canal Ziroth, vient sérieusement démolir ces affirmations. Et ce faisant, elle illustre mieux que n’importe quel rapport technique l’état réel de la technologie des batteries en 2026.
Pour comprendre pourquoi les annonces de Donut Lab ont fait autant de bruit, il faut rappeler ce que représente une batterie à électrolyte solide dans l’industrie. Les chercheurs la considèrent comme le Saint Graal du stockage d’énergie embarqué. En théorie, elle permettrait d’atteindre des autonomies bien supérieures aux véhicules électriques actuels, de rendre la recharge aussi rapide qu’un plein d’essence, d’éliminer tout risque d’emballement thermique, et de multiplier par dix la durée de vie d’une batterie classique. Les grandes firmes comme Toyota ou CATL, qui disposent de budgets R&D colossaux et de décennies d’expérience en production, n’espèrent pas atteindre une industrialisation à grande échelle avant la fin de la décennie.
Dans ce contexte, les chiffres avancés par Donut Lab auraient dû immédiatement déclencher des signaux d’alarme. La startup finlandaise promettait :
Ces performances cumulées n’ont jamais été atteintes simultanément par aucun laboratoire au monde, public ou privé. Plusieurs scientifiques spécialisés en électrochimie interrogés par nos confrères d’InsideEVs avaient d’ailleurs immédiatement demandé des données supplémentaires et plus rigoureuses, sans obtenir de réponse satisfaisante de la part de Donut Lab.
Ryan Hughes n’a pas seulement visionné des vidéos de présentation. Il a consulté des chercheurs en batteries, examiné des emails internes révélés en fuite, et interrogé Lauri Peltola, ancien directeur commercial et cofondateur de Nordic Nano, une société affiliée à Donut Lab. Ce que cette enquête révèle est un enchevêtrement de responsabilités floues, d’argent d’investisseurs en jeu, et d’une défaillance manifeste — délibérée ou non — dans la vérification de ce que fournissait réellement CT Coatings, l’entreprise censée produire ces fameuses cellules imprimées en sérigraphie.
Peltola est direct dans ses déclarations : « Aucune des deux sociétés ne disposait, quand je travaillais encore chez Nordic Nano, d’une compréhension approfondie de la chimie des batteries et de leur fabrication. Je me basais sur les informations que je recevais de Donut Lab, comme tout le monde du côté de Nordic Nano. » Il précise que Donut Lab avait affirmé avoir réalisé une vérification technique interne rigoureuse avant la présentation au CES, autorisant Nordic Nano à introduire la technologie « avec assurance ». Une assurance visiblement non fondée.
La preuve la plus accablante vient des tests réalisés par le VTT Research Institute en Finlande. La courbe d’expansion de la cellule Donut Lab — qui mesure graphiquement la variation d’épaisseur ou de pression interne lors des cycles de charge et décharge — présente une inflexion caractéristique entre 50 et 60 % de charge. Cette inflexion est une signature bien connue des batteries lithium-ion à anode en graphite : elle correspond au réordonnancement des ions lithium dans le graphite, provoquant un léger gonflement de la cellule. Les batteries à électrolyte solide n’ont tout simplement pas ce comportement.
Les chiffres confirment le diagnostic. La capacité mesurée de 94 Wh lors des tests VTT, combinée à la masse de 315 grammes annoncée par Donut Lab au CES, donne une densité énergétique réelle d’environ 298 Wh/kg — presque identique aux cellules de CT Coatings et bien loin des 400 Wh/kg revendiqués.
Il y a un paradoxe dans cette affaire : si Donut Lab a effectivement tenté de faire passer des cellules lithium-ion avancées pour du tout-solide, c’est en partie parce que les meilleures cellules lithium-ion d’aujourd’hui affichent des performances qui, il y a cinq ans, auraient semblé inatteignables. La recharge de la moto de 10 à 80 % en 12 minutes et la résistance à des températures allant jusqu’à 100 °C que Donut Lab mettait en avant ? Ce sont des caractéristiques tout à fait cohérentes avec ce que font déjà les meilleures cellules lithium-ion du marché.
Deux exemples concrets suffisent à l’illustrer :
Ces performances ne relèvent pas de la magie, mais d’années de travail d’ingénierie sur des technologies éprouvées. La densité énergétique progresse, les temps de charge s’améliorent, et la durabilité des cellules augmente — le tout sans avoir besoin de promettre un bond technologique improbable. Donut Lab a surfé sur l’engouement autour du tout-solide au moment précis où les batteries lithium-ion de pointe devenaient suffisamment impressionnantes pour prêter le flanc à ce type de confusion, volontaire ou non.
Après la publication de l’enquête de Hughes, Donut Lab a publié un communiqué officiel affirmant se tenir « pleinement derrière les données techniques et les engagements fournis » et assurant que le développement de la Donut Battery progressait « conformément au calendrier prévu ». Des déclarations qui peinent à convaincre au vu des éléments techniques présentés. Pour vous, acheteur ou passionné de voitures et motos électriques, la leçon est claire : quand une startup inconnue affirme avoir dépassé en quelques mois ce que Toyota et CATL n’ont pas encore réussi après des années de recherche et des milliards investis, le réflexe critique s’impose avant l’enthousiasme.
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