Les ventes de voitures électriques ont doublé en Russie pour une raison peu enviable
La Russie n’est pas le premier pays qui vous vient à l’esprit quand on parle de transition énergétique et d’adoption […]
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Quand EDF, entreprise détenue à 100 % par l’État français, décide de s’associer avec le géant automobile chinois BYD pour faciliter l’achat de voitures électriques, la réaction politique ne se fait pas attendre. En septembre 2026, ce partenariat — pourtant banal dans son mécanisme — déclenche une tempête qui révèle les tensions profondes autour de la politique industrielle française et de la concurrence sino-européenne dans le secteur de l’automobile électrique.
Depuis la disparition du bonus écologique, l’aide publique à l’achat d’une voiture électrique neuve a cédé la place à un dispositif plus discret mais bien réel : les certificats d’économies d’énergie (CEE). Le principe est le suivant : les fournisseurs d’énergie sont légalement tenus de financer des actions permettant de réduire la consommation énergétique, à hauteur proportionnelle à leur activité. L’achat d’un véhicule électrique entre dans ce cadre, au même titre que l’isolation d’une toiture ou le remplacement d’une chaudière au fioul.
Concrètement, cette prime peut représenter de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros selon le profil de l’acheteur et l’éco-score du véhicule. Elle s’applique aussi bien à l’achat qu’à la location longue durée, et ne dépend d’aucune condition de marque. Seule contrainte : vous devez soumettre votre demande auprès d’un fournisseur d’énergie ou d’un organisme spécialisé avant de signer votre bon de commande. Pour simplifier la démarche et appliquer directement la remise au moment de l’achat, la quasi-totalité des constructeurs automobiles ont donc noué des partenariats avec ces acteurs. EDF, de son côté, avait jusqu’ici signé un accord avec le groupe Volkswagen. C’est ce qui rend le rapprochement avec BYD d’autant plus visible — et d’autant plus commenté.
Lancé à l’occasion des offres de rentrée de septembre 2026, le partenariat entre EDF et BYD permet aux acheteurs de bénéficier d’une prime de 365 € pour les particuliers et de 555 € pour les professionnels, à l’achat ou en location longue durée de quatre modèles électriques de la marque chinoise. Les véhicules concernés sont les suivants :
Ces montants, bien que modestes comparés au prix d’achat total, constituent un argument commercial supplémentaire pour BYD, dont les modèles sont déjà réputés pour leur rapport équipements/prix difficile à égaler par les constructeurs européens. Le partenariat a été repéré par Les Échos, déclenchant une vague de réactions politiques que personne, visiblement, n’avait anticipée du côté d’EDF.
Sur le réseau social X, le député Place Publique Sacha Houlié ne mâche pas ses mots : « À quel moment une société 100 % détenue par l’État français favorise-t-il un industriel étranger (et pas n’importe lequel !) contre ses propres constructeurs ! À quoi servent les ministres en charge ?! Quel scandale ! ». À droite, la sénatrice LR Marie-Claire Carrère-Gée qualifie le partenariat de « scandaleux et irresponsable ». La convergence des indignations, de gauche comme de droite, illustre à quel point le sujet touche une corde sensible au-delà des clivages habituels.
La réaction monte jusqu’aux plus hautes sphères de l’exécutif : selon Les Échos, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin aurait directement demandé à EDF de mettre fin à ce partenariat d’ici la fin de l’année, lui rappelant que « l’argent public des Européens doit d’abord soutenir notre base industrielle et nos emplois ». Une injonction qui mérite pourtant d’être nuancée, car la réalité juridique et financière du dispositif CEE est plus complexe qu’il n’y paraît.
C’est le point que les réactions politiques tendent à occulter : la prime CEE n’est pas financée par le budget de l’État. Il s’agit d’un mécanisme privé, encadré par des règles publiques, dont le coût — estimé à 8 milliards d’euros par an dès 2026 — est répercuté sur les factures d’énergie des consommateurs. Autrement dit, c’est vous, en tant qu’abonné à l’électricité ou au gaz, qui contribuez indirectement à ce système. Pas le contribuable au sens strict du terme.
Par ailleurs, EDF est loin d’être un cas isolé. D’autres opérateurs français, dont certains sont également partiellement détenus par l’État, sont déjà liés à des constructeurs extra-européens, sans que cela ne suscite la moindre réaction. Engie (dont l’État détient 23 % du capital) est ainsi partenaire CEE de Kia. Une filiale de La Poste (détenue à 34 % par l’État) finance les primes de Hyundai et de Volvo. Voici un aperçu des principaux partenariats en vigueur :
| Constructeur automobile | Partenaire CEE | Lien avec l’État français |
|---|---|---|
| Renault, Dacia, Alpine, Mobilize | CertiNergy (Engie) | Engie : 23 % public |
| Peugeot, Citroën, DS, Fiat, Opel, Jeep, Alfa Romeo, Lancia | CertiNergy (Engie) | Engie : 23 % public |
| Kia | Engie | Engie : 23 % public |
| Volkswagen, Audi, Skoda, Cupra | EDF | EDF : 100 % public |
| BYD | EDF | EDF : 100 % public |
| Hyundai | Économie d’Énergie (La Poste) | La Poste : 34 % public |
| Volvo | Économie d’Énergie (La Poste) | La Poste : 34 % public |
| Toyota, Lexus | Siplec (E.Leclerc) | Privé |
| Ford | Siplec (E.Leclerc) | Privé |
Si ce partenariat fait autant de bruit, c’est que la question des quelques centaines d’euros de prime CEE n’est qu’un prétexte. Le vrai sujet, c’est la montée en puissance de BYD sur le marché européen et la pression croissante que le constructeur chinois exerce sur des marques françaises déjà fragilisées. Avec des véhicules électriques suréquipés à des tarifs que Renault ou Stellantis peinent à concurrencer, BYD s’installe durablement dans le paysage commercial européen.
Actuellement, un filet de protection subsiste avec la « prime coup de pouce », une bonification de la prime CEE réservée aux véhicules fabriqués majoritairement en Europe. Ce mécanisme permet de maintenir un écart de prix en faveur des constructeurs locaux. Mais cet avantage a une date de péremption : lorsque BYD ouvrira ses premières usines sur le sol européen — ce qui est désormais une question de mois —, cet argument tombera. La polémique autour d’EDF et de BYD n’est donc que la première d’une longue série, à mesure que la concurrence chinoise s’ancre plus profondément dans le marché du véhicule électrique en Europe.
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