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Canada–Chine : et si le colza décidait de l’avenir des voitures électriques ?

Albert Lecoq

Le gouvernement canadien révise actuellement ses tarifs douaniers de 100% imposés aux véhicules électriques chinois, ouvrant potentiellement une nouvelle porte d’entrée sur le marché nord-américain pour ces modèles abordables et technologiquement avancés. La particularité de cette démarche ? Elle est principalement soutenue par les premiers ministres provinciaux de droite, et tout découle d’un conflit commercial autour de l’huile de colza canadienne.

Cette révision intervient dans un contexte géopolitique tendu, où les relations canado-américaines se détériorent et poussent le Canada à reconsidérer sa position vis-à-vis de la Chine. Le ministre des Finances du Canada a confirmé que les autorités “évaluent actuellement les politiques et pratiques commerciales de la Chine, ainsi que la pertinence du taux et de la portée de ces surtaxes“.

L’industrie automobile canadienne prise entre deux feux

Le Canada possède une industrie automobile significative, représentant environ 10% des exportations nationales en véhicules, camions et pièces détachées. Cette industrie entretient des liens étroits avec le secteur automobile américain, centré à Detroit, à quelques kilomètres seulement de la frontière canadienne. Cette proximité géographique et économique avait naturellement conduit le Canada à suivre la politique tarifaire américaine en octobre dernier.

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Les tarifs de 100% sur les véhicules électriques chinois et de 25% sur l’acier et l’aluminium chinois avaient été justifiés par des accusations de concurrence déloyale de la part de la Chine. Mais la donne a changé avec l’évolution des relations canado-américaines et l’imposition de nouveaux tarifs américains qui affectent également le Canada, provoquant des suppressions d’emplois immédiates dans l’industrie automobile canadienne.

La riposte chinoise vise les agriculteurs canadiens

Face aux tarifs canadiens, la Chine a répliqué avec une stratégie particulièrement ciblée : l’imposition de tarifs de 76% sur le colza canadien, ingrédient principal de nombreuses huiles de cuisine. Cette mesure frappe au cœur de l’économie des provinces de l’Ouest canadien, puisque le Canada est le premier producteur mondial de colza, devançant même la Chine.

La Chine représente un marché crucial pour les producteurs canadiens de colza, et cette guerre tarifaire a déjà coûté près d’un milliard de dollars aux agriculteurs de l’Ouest canadien. Les provinces touchées – Saskatchewan et Alberta – sont traditionnellement conservatrices et dépendent largement de l’agriculture et de l’industrie pétrolière.

Un revirement politique inattendu des conservateurs

Dans un retournement surprenant, les premiers ministres conservateurs de Saskatchewan et d’Alberta réclament désormais la suppression des tarifs sur les véhicules électriques chinois, espérant ainsi convaincre Pékin de lever ses propres tarifs sur le colza. Le premier ministre de Saskatchewan se rend même actuellement en Chine pour négocier directement.

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Cette position peut sembler paradoxale, car ces mêmes provinces imposent des taxes d’immatriculation élevées sur les véhicules électriques et s’opposent généralement à cette technologie en raison de leur dépendance au pétrole. L’Alberta, souvent surnommée le “Texas du Canada”, abrite même un mouvement séparatiste dont certains membres souhaitent rejoindre les États-Unis.

ProvincePosition sur les VE chinoisSecteur économique principalImpact des tarifs sur le colza
SaskatchewanFavorable à la suppression des tarifsAgriculture (colza)Très élevé
AlbertaSoutient la révision tarifairePétrole et agricultureÉlevé

Des signes d’apaisement encourageants

La stratégie semble porter ses fruits. Suite à l’annonce de la révision des tarifs canadiens et du voyage imminent d’officiels commerciaux canadiens en Chine, Pékin a reporté l’application de ses tarifs sur le colza. Ce geste offre un répit aux agriculteurs canadiens et laisse entrevoir une possible désescalade.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a d’ailleurs déclaré cette semaine qu’il pourrait exister “des domaines où nous pouvons développer nos relations commerciales avec des secteurs où la Chine excelle”. Cette ouverture marque un changement notable dans l’approche canadienne, influencée par la détérioration des relations avec Washington.

Si cette révision aboutit à une réduction des tarifs, les consommateurs canadiens pourraient bénéficier d’un accès facilité aux voitures électriques chinoises abordables, tandis que les agriculteurs retrouveraient leurs débouchés commerciaux. Cette situation illustre comment les tensions géopolitiques peuvent parfois créer des opportunités inattendues, même dans des secteurs aussi sensibles que l’automobile électrique et l’agriculture.

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