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Hydrogène : fin de partie pour une entreprise emblématique

Alexandra Dujonc

Hype, l’entreprise pionnière des taxis à hydrogène en France, vient de prendre une décision qui fait grand bruit dans le secteur de la mobilité propre. Après quinze années d’expérience et 300 véhicules déployés, elle annonce abandonner complètement la motorisation hydrogène pour se tourner vers l’électrique. Cette volte-face du leader français illustre les difficultés concrètes auxquelles se heurte la filière hydrogène.

Quand les coûts de l’hydrogène deviennent prohibitifs

L’hydrogène promettait de révolutionner la mobilité propre en combinant zéro émission et temps de recharge ultra-rapide de quelques minutes. Fondée en 2009, Hype avait fait le pari audacieux de basculer entièrement vers cette technologie dès 2015, déployant une flotte principalement composée de Toyota Mirai, accompagnée de Peugeot e-Expert Hydrogen et Citroën ë-Jumpy Hydrogen.

L’entreprise dénonce aujourd’hui une hausse drastique des prix qui rend l’exploitation économiquement insoutenable. Le tarif de l’hydrogène est passé de 12 euros HT par kilo en 2015 à 18 euros HT actuellement, soit une augmentation de 50% en dix ans. Cette flambée contraste avec les tarifs pratiqués ailleurs en Europe : en Belgique, l’hydrogène vert s’affiche à 9,99 euros TTC le kilo, démontrant que des alternatives plus compétitives existent.

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L’oligopole TotalEnergies-Air Liquide pointé du doigt

Hype dénonce sans détour la situation de quasi-monopole que se partagent TotalEnergies et Air Liquide sur le marché français de l’hydrogène. Ces deux géants peuvent ainsi imposer leurs conditions tarifaires sans réelle concurrence, maintenant des prix élevés malgré leurs annonces de “projets colossaux” sans calendrier précis.

La comparaison avec l’électrique est édifiante : chez Electra, partenaire choisi par Hype pour sa transition, la recharge s’affiche à 0,29 euro par kWh. Cette différence de coût d’exploitation représente un gouffre financier pour une entreprise gérant des centaines de véhicules quotidiennement.

  • Hydrogène français : 18 euros HT/kg
  • Hydrogène belge : 9,99 euros TTC/kg
  • Électricité Electra : 0,29 euro/kWh
  • Différentiel de coût : facteur 3 à 4

L’affaire McPhy, le coup de grâce

Le placement en redressement judiciaire de McPhy en juin 2025 a porté le coup de grâce aux ambitions hydrogène de Hype. Cette entreprise, seul fabricant français d’électrolyseurs, détenait pourtant plusieurs dizaines de millions d’euros de trésorerie et de subventions à recevoir selon Hype.

L’impact financier pour Hype s’avère catastrophique : l’entreprise avait investi plus de 6 millions d’euros dans quatre projets franciliens avec McPhy. Elle se retrouve aujourd’hui dans l’incertitude quant au remboursement de ces sommes, une situation qui “a pris tout le monde de court” selon ses dirigeants.

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Vers une flotte 100% électrique d’ici 2030

Face à ces obstacles, Hype orchestre une transition progressive mais déterminée vers l’électrique. L’entreprise maintiendra certains projets hydrogène pour les véhicules lourds – bus, cars, tracteurs – où cette technologie conserve des avantages, mais abandonne définitivement le segment des véhicules légers.

Les ambitions affichées restent importantes : déployer une flotte de 60 000 taxis et VTC électriques en Île-de-France d’ici 2030. Ce projet représente un défi logistique considérable, nécessitant un maillage dense de bornes de recharge et une gestion optimisée des rotations pour compenser les temps de charge plus longs que le plein hydrogène.

CritèreHydrogèneÉlectrique
Temps de plein3-5 minutes20-45 minutes
Coût énergétique18 €/kg0,29 €/kWh
InfrastructureTrès limitéeEn développement
Disponibilité véhiculesTrès restreinteLarge gamme

Cette décision de Hype illustre les réalités économiques auxquelles se confronte la filière hydrogène en France. Malgré ses avantages théoriques, l’écosystème français peine à proposer une solution viable pour les professionnels de la mobilité. Le passage à l’électrique, s’il impose des contraintes opérationnelles différentes, offre une visibilité économique et une maturité technologique que l’hydrogène n’atteint pas encore dans l’Hexagone.

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