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Quelles sont les solutions pour sauver le moteur thermique après 2035 ?

Alexandra Dujonc

La réglementation européenne fixant à 2035 l’arrêt de la vente des véhicules thermiques neufs suscite de vives réactions. Constructeurs automobiles, responsables politiques et industriels multiplient les appels au report ou à l’assouplissement de cette mesure. Au cœur de ces débats : la possibilité d’utiliser des énergies alternatives pour maintenir les moteurs à combustion tout en respectant les objectifs climatiques. Mais que valent réellement ces solutions ? Analyse détaillée des options disponibles et de leur viabilité.

Le Règlement européen 2023/851 impose une réduction de 100% des émissions de CO₂ des véhicules neufs d’ici 2035. Si le texte n’interdit pas explicitement les moteurs thermiques, il exige un niveau “zéro émission à l’échappement” qui équivaut dans les faits à bannir les carburants fossiles traditionnels. Cette formulation laisse théoriquement la porte ouverte aux carburants de synthèse et autres alternatives, à condition qu’ils respectent ce critère strict.

L’hydrogène vert : potentiel prometteur mais obstacles persistants

L’hydrogène représente l’une des pistes les plus séduisantes pour maintenir une mobilité zéro émission. Dans un véhicule à pile à combustible, la réaction entre l’hydrogène et l’oxygène produit uniquement de l’électricité et de la vapeur d’eau. Toyota avec sa Mirai et Hyundai avec sa Nexo démontrent la faisabilité technique de cette solution, avec des autonomies dépassant les 600 kilomètres et un temps de recharge de moins de cinq minutes.

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Le défi majeur réside dans la production d’hydrogène. Aujourd’hui, 95% de l’hydrogène mondial provient du reformage du gaz naturel, un processus qui génère d’importantes quantités de CO₂. L’hydrogène vert, obtenu par électrolyse de l’eau avec de l’électricité renouvelable, reste marginal en raison de coûts prohibitifs. L’infrastructure constitue un second obstacle : la France compte seulement 60 stations de remplissage, l’Allemagne une centaine. Ces chiffres restent dérisoires face aux 11 000 stations-service hexagonales.

  • Coût de production de l’hydrogène vert : 5 à 8 euros par kilogramme
  • Équivalent énergétique : 1 kg d’hydrogène = 3,3 litres d’essence
  • Investissement nécessaire pour 1000 stations : 2 milliards d’euros
  • Rendement énergétique global : 25 à 35%

Les e-carburants : chimie complexe et rendement décevant

Les carburants de synthèse, ou e-fuels, incarnent le pari technologique de l’Allemagne pour préserver son industrie automobile. Le principe consiste à combiner de l’hydrogène vert avec du CO₂ capturé dans l’atmosphère pour recréer artificiellement de l’essence ou du diesel. Porsche investit massivement dans cette voie avec son usine pilote au Chili, espérant produire 550 millions de litres d’e-carburants d’ici 2026.

Le rendement énergétique constitue le talon d’Achille de cette technologie. Produire des e-fuels consomme quatre à cinq fois plus d’électricité verte que de faire rouler directement un véhicule électrique sur la même distance. Cette inefficacité se répercute sur les coûts : les projections tablent sur 3 à 5 euros le litre dans les meilleures conditions, soit deux à trois fois le prix actuel de l’essence.

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TechnologieÉmissions CO₂ (g/km)Efficacité énergétiqueCoût estimé
Véhicule électrique1390%0,04 €/km
E-carburants6120%0,25 €/km
Essence fossile20025%0,12 €/km

Biocarburants et gaz renouvelable : solutions partielles aux limites identifiées

L’éthanol E85 et les biodiesels jouissent d’une certaine popularité grâce à leur disponibilité et leur compatibilité avec les moteurs existants. Ces biocarburants permettent de réduire jusqu’à 80% des émissions de CO₂ par rapport aux carburants fossiles. En France, plus de 3 000 stations proposent de l’E85, vendu autour de 0,70 euro le litre.

Les biocarburants de première génération, issus de cultures alimentaires, soulèvent des préoccupations éthiques et environnementales. Ils entrent en concurrence avec l’alimentation humaine et peuvent contribuer à la déforestation. L’Union européenne privilégie désormais les biocarburants avancés, fabriqués à partir de résidus agricoles ou d’huiles usagées. Leur potentiel de production reste néanmoins limité : ils ne pourraient couvrir que 15% des besoins européens en carburant.

Le gaz naturel pour véhicules (GNV) émet environ 25% de CO₂ en moins que l’essence. Sa version renouvelable, le biométhane, produit à partir de déchets organiques, affiche un bilan carbone quasi neutre. Mais cette filière souffre de fuites de méthane, un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO₂ sur vingt ans. Le réseau de distribution reste également embryonnaire avec moins de 200 stations publiques en France.

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Réalités économiques et choix stratégiques à venir

La viabilité des énergies alternatives dépend largement des investissements consentis et des choix politiques. L’Allemagne a négocié une exemption pour les véhicules alimentés exclusivement par e-carburants, ouvrant une brèche dans la réglementation européenne. Cette dérogation pourrait s’étendre si d’autres États membres font pression pour assouplir les règles.

Les constructeurs adoptent des stratégies différenciées. Stellantis et Renault explorent l’hydrogène pour leurs utilitaires, BMW développe des prototypes à pile à combustible, tandis que Porsche mise sur les e-carburants pour préserver l’âme de ses 911 thermiques. Ces approches reflètent une réalité : aucune technologie alternative ne peut rivaliser avec l’électrique sur batterie en termes de coût et d’efficacité énergétique pour la mobilité du quotidien.

La clause de révision prévue en 2026 pourrait redistribuer les cartes si les infrastructures de recharge électrique ne se développent pas assez rapidement ou si les coûts des technologies alternatives chutent significativement. Les carburants synthétiques et l’hydrogène conservent un potentiel pour des usages spécifiques : transport longue distance, véhicules de collection ou applications professionnelles. Ils complèteront probablement l’électrique sans le remplacer, dessinant un paysage automobile plus diversifié que prévu initialement.

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