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La Chine tourne déjà le dos à une technologie même pas encore rodée en Occident

Albert Lecoq

Le marché chinois des véhicules électriques connaît une transformation surprenante. Alors que les constructeurs occidentaux misent massivement sur les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie (EREV) pour rassurer les automobilistes, les données de vente chinoises révèlent une tendance inverse. Les acheteurs délaissent progressivement ces solutions hybrides au profit des véhicules 100% électriques, remettant en question la stratégie de nombreux constructeurs.

Cette évolution s’explique par l’amélioration spectaculaire des technologies de batterie et l’expansion de l’infrastructure de recharge. En Chine, les véhicules électriques purs représentaient 57% des ventes en novembre 2024, contre 73% en novembre 2025. Cette progression de 16 points illustre un changement de mentalité des consommateurs chinois.

L’infrastructure de recharge chinoise bouleverse la donne

La Chine dispose aujourd’hui de plus de 19 millions de bornes de recharge actives, soit une augmentation de 52% par rapport à 2024. Ce déploiement massif représente environ deux chargeurs pour cinq véhicules électriques en circulation, un ratio qui facilite considérablement l’adoption de la mobilité électrique. Cette densité de bornes élimine progressivement l’angoisse de l’autonomie qui justifiait l’intérêt pour les prolongateurs d’autonomie.

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Les performances de recharge atteignent des niveaux impressionnants avec des bornes publiques délivrant jusqu’à 1 mégawatt de puissance. Certains véhicules électriques commercialisés peuvent désormais accepter cette puissance et récupérer une autonomie significative en moins de 5 minutes de charge. Cette vitesse de recharge réduit drastiquement l’avantage concurrentiel des systèmes à prolongateur d’autonomie.

Les batteries nouvelle génération redéfinissent l’autonomie

L’évolution technologique des batteries constitue le second facteur déterminant de ce changement. Les véhicules électriques modernes offrent couramment plus de 480 kilomètres d’autonomie aux États-Unis, tandis que de nouveaux modèles approchent les 640 kilomètres. Cette progression constante rend les prolongateurs d’autonomie moins indispensables pour les trajets longue distance.

Les constructeurs travaillent activement sur les batteries à électrolyte solide qui promettent des autonomies encore supérieures et des temps de recharge inédits. Cette technologie pourrait définitivement marginaliser les moteurs thermiques dans les véhicules électrifiés. La baisse continue des coûts de production des batteries renforce également la compétitivité des véhicules 100% électriques face aux solutions hybrides.

Une croissance des EREV qui s’essouffle

Les chiffres de vente chinois confirment le ralentissement de l’engouement pour les véhicules à prolongateur d’autonomie. Après une croissance explosive de 218% en 2021, puis 130% en 2022 et 70,9% en 2023, cette progression s’étiole progressivement. Les ventes de véhicules électrifiés ont dépassé 12,26 millions d’unités jusqu’en novembre 2025, avec une augmentation annuelle de 18%.

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La répartition des ventes révèle des tendances contrastées :

  • Les véhicules électriques purs affichent une progression de 9% en novembre 2025
  • Les véhicules hybrides rechargeables connaissent leur cinquième mois consécutif de déclin
  • Les véhicules électrifiés représentent 59% des ventes de véhicules particuliers, contre 52% l’année précédente

L’Occident maintient sa stratégie hybride

Malgré les signaux chinois, les constructeurs occidentaux persistent dans le développement de véhicules à prolongateur d’autonomie. Scout Motors constate un intérêt marqué pour la version Harvester de ses futurs pick-ups équipée d’un prolongateur, comparativement aux versions purement électriques. BMW étudie l’intégration de moteurs thermiques dans ses plus gros véhicules électriques, tandis que Ford envisage de remplacer le F-150 Lightning par un modèle EREV.

Le nouveau Jeep Grand Wagoneer illustre cette approche avec sa batterie de 92 kWh couplée à un moteur V6, visant toutefois seulement 240 kilomètres d’autonomie électrique. Cette performance modeste pour une batterie de cette capacité souligne les compromis inhérents à l’intégration simultanée d’une grosse batterie et d’un moteur thermique puissant.

Deux marchés, deux stratégies divergentes

L’écart se creuse entre les préférences chinoises et occidentales. Alors que la Chine accélère sa transition vers le tout-électrique, l’Amérique temporise avec des solutions intermédiaires. L’Europe adopte une position médiane, privilégiant les hybrides rechargeables aux prolongateurs d’autonomie, mais s’oriente également vers l’abandon progressif de ces technologies de transition.

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Les besoins spécifiques de chaque marché expliquent partiellement ces différences. Les distances parcourues, la densité urbaine et l’infrastructure existante influencent les choix technologiques. La Chine, précurseur dans l’électrification, préfigure probablement l’évolution future des autres marchés une fois que les véhicules électriques atteindront un niveau de performance et d’accessibilité suffisant pour minimiser les compromis lors du passage à l’électrique.

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