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Les constructeurs automobiles européens ont multiplié les appels du pied cette semaine pour obtenir un assouplissement des réglementations sur les émissions de CO2 et repousser l’échéance du tout électrique en 2035. Lors du sommet automobile de vendredi, dernier d’une série de trois “réunions de crise” avec la Commission européenne, l’industrie a une nouvelle fois plaidé pour plus de flexibilité. La réponse de Bruxelles reste ferme : l’avenir de l’automobile est électrique, point final.
Cette position de la Commission intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis l’annonce des objectifs européens en 2021, le paysage automobile mondial s’est profondément transformé. Si l’Europe affichait une part de marché de 11% pour les véhicules rechargeables en 2020 contre seulement 5% en Chine, la donne a complètement changé. En 2024, la Chine a bondi à 47% de parts de marché électriques tandis que l’Europe plafonnait à 24%.
Cette progression spectaculaire du marché chinois s’accompagne d’une montée en puissance inquiétante des exportations de véhicules électriques asiatiques. Les constructeurs chinois, soutenus par une stratégie industrielle ambitieuse et l’encouragement aux start-ups spécialisées, produisent désormais des véhicules électriques à des coûts défiant toute concurrence. Face à cette offensive, les constructeurs européens peinent à suivre le rythme, malgré des décennies d’expérience dans l’automobile traditionnelle.
Le paradoxe est saisissant : alors que les constructeurs européens arguent de leur incapacité à atteindre 100% de ventes électriques d’ici 2035, ayant progressé de seulement 11% à 24% entre 2020 et 2024, leurs homologues chinois ont démontré qu’un bond de 5% à 47% était parfaitement réalisable sur la même période. Cette différence de performance soulève des questions légitimes sur la volonté réelle de l’industrie européenne d’accélérer sa transition.
| Région | Part de marché 2020 | Part de marché 2024 | Progression |
|---|---|---|---|
| Europe | 11% | 24% | +13 points |
| Chine | 5% | 47% | +42 points |
Face à cette pression concurrentielle, l’industrie automobile européenne avance plusieurs alternatives qu’elle présente comme viables. Les véhicules hybrides rechargeables figurent en première ligne de ces propositions, soutenus notamment par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui n’exclut pas totalement des exceptions pour cette technologie.
Cette approche pose problème. Une étude récente de Transport & Environment révèle que les hybrides rechargeables émettent en réalité cinq fois plus de polluants en conditions réelles d’utilisation qu’en cycle d’homologation. L’écart entre la théorie et la pratique invalide largement l’argument environnemental avancé par leurs défenseurs.
L’industrie mise également sur les biocarburants et carburants de synthèse, présentés sous des appellations flatteuses mais masquant une réalité moins reluisante. Même si ces carburants sont techniquement neutres en carbone, les moteurs thermiques conservent leur efficacité déplorable de 20 à 30% contre près de 90% pour les moteurs électriques. Utiliser l’électricité renouvelable pour produire des carburants de synthèse puis les brûler dans un moteur thermique représente un gaspillage énergétique considérable.
Heureusement, tous les dirigeants de l’industrie ne versent pas dans la même complainte. Gernot Döllner, PDG d’Audi, a pris position cette semaine contre les tergiversations de ses confrères, qualifiant ces débats constants de “contre-productifs”. Selon lui, “la voiture électrique est tout simplement la meilleure technologie” pour réduire les émissions de CO2 dans les transports, indépendamment même des considérations climatiques.
Cette position tranche avec celle de son homologue de Mercedes, Ola Källenius, qui préside également l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA). Ce dernier continue de plaider pour le maintien des “hybrides et moteurs thermiques high-tech efficaces”, invoquant l’acceptation du public et la préservation des emplois. Un argumentaire qui révèle une mécompréhension profonde des enjeux : c’est précisément en s’accrochant aux technologies du passé que l’Europe risque de perdre des emplois face à la concurrence chinoise.
Les véhicules électriques chinois représentent actuellement environ 11% des ventes européennes, une part certes modeste mais en croissance rapide. Malgré les droits de douane imposés par l’Europe, ces véhicules offrent un rapport qualité-prix attractif et disposent souvent de fonctionnalités logicielles plus avancées que leurs équivalents européens traditionnels.
La réaction des constructeurs européens face à cette concurrence révèle une approche défensive caractéristique des grandes entreprises établies : plutôt que de reconnaître leur retard et d’investir massivement pour le rattraper, ils préfèrent demander au régulateur de ralentir la cadence. Cette stratégie s’avère généralement inefficace et l’Europe semble l’avoir compris en maintenant ses objectifs.
Un responsable européen, cité anonymement par Euronews après les discussions de vendredi, a d’ailleurs rappelé une évidence : “même si la Commission supprimait ces objectifs, la concurrence mondiale les fixerait pour l’industrie”. Les véhicules électriques chinois continueront de concurrencer les modèles européens indépendamment de toute réglementation, rendant cette transition inévitable.
L’objectif de 2035 pour le tout électrique pourrait même s’avérer trop tardif au regard de l’urgence climatique. Les études démontrent que plus nous tardons à résoudre le problème des émissions, plus le coût de la transition augmente. Chaque jour de retard représente des coûts supplémentaires, mais aussi davantage de perturbations pour l’humanité et l’ensemble des espèces. En maintenant fermement ses objectifs, la Commission européenne fait le bon choix face à une industrie qui a largement contribué à créer le problème qu’elle rechigne aujourd’hui à résoudre.
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