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Range Rover électrique : mieux que l’essence, mais à quel prix ?

Albert Lecoq

JLR avance ses pions sur le segment du luxe électrique avec une stratégie qui tranche franchement avec celle de ses concurrents. Là où BMW, Mercedes-Benz ou Volvo cherchent à rendre leurs voitures électriques accessibles à des tarifs proches de leurs équivalents thermiques, JLR assume ouvertement l’inverse : le Range Rover électrique coûtera au moins autant, voire davantage, que sa version essence. Et selon le directeur de la croissance du groupe, Lennard Hoornik, ce positionnement n’est pas un accident industriel — c’est une décision commerciale délibérée.

Un lancement prévu pour fin 2026, avec une stratégie tarifaire assumée

Initialement attendu avant la fin de l’année 2025, le Range Rover électrique a pris quelques mois de retard. JLR a confirmé lors de son dernier investor day que le véhicule serait bel et bien commercialisé d’ici la fin de l’année 2026. Pas de révolution dans le calendrier donc, mais une confirmation bienvenue pour les clients qui patientent. Ce qui surprend davantage, c’est le positionnement tarifaire annoncé par Hoornik : « Nous allons vraiment à contre-courant de ce qui se passe sur le marché », a-t-il déclaré devant les investisseurs.

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Concrètement, le Range Rover essence débute à 149 400 € en France. La version électrique devrait s’aligner sur ces tarifs, voire les dépasser. Au Royaume-Uni, selon Autocar, le prix de l’électrique serait comparable à celui de la finition Autobiography, c’est-à-dire aux alentours de 150 000 livres sterling, soit près de 175 000 euros. Pour un marché qui a longtemps considéré l’électrique comme un argument de rationalisation budgétaire, JLR choisit clairement une autre voie.

Des caractéristiques techniques qui justifient — en partie — la note

Face à une telle addition, on est en droit d’attendre des performances à la hauteur. JLR n’a pas encore tout dévoilé, mais les données techniques déjà connues sont déjà significatives. Le Range Rover électrique sera équipé d’une batterie de 118 kWh, pour une autonomie annoncée de 600 km — ce qui en ferait l’un des SUV électriques à la plus grande autonomie du marché dans ce segment. La transmission sera intégrale grâce à un double moteur électrique, pour une puissance combinée de 542 chevaux et un couple de 850 Nm.

À titre de comparaison, voici ce que le Range Rover électrique propose face à ses déclinaisons thermiques actuelles :

  • Range Rover V8 4.4L essence : 537 ch, couple non communiqué officiellement pour cette comparaison, 0 à 100 km/h estimé en environ 4,6 secondes
  • Range Rover PHEV (plug-in hybrid) : jusqu’à 543 ch en mode combiné, autonomie électrique limitée à une cinquantaine de kilomètres
  • Range Rover électrique : 542 ch, 850 Nm, 600 km d’autonomie, conduite monopédale, suspension pneumatique bi-chambre
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La suspension pneumatique bi-chambre mérite d’être soulignée : elle permettra au SUV de s’adapter aussi bien à la route qu’aux terrains difficiles, conservant ainsi l’ADN tout-terrain qui fait la réputation de la marque. La conduite monopédale, elle, simplifie l’expérience au quotidien et améliore la récupération d’énergie en décélération. Ce sont des équipements que l’on retrouve rarement combinés sur un même véhicule dans ce segment.

Le Range Rover Sport électrique et les prochains modèles JLR sur batterie

Le Range Rover électrique n’est que le premier d’une série de cinq nouveaux véhicules électriques que JLR prévoit de lancer sur les 18 prochains mois. Dans la foulée, un Range Rover Sport électrique devrait voir le jour, avec un positionnement tarifaire légèrement plus accessible. Le Range Rover Sport thermique débute autour de 93 500 € en Allemagne (environ 106 000 dollars), ce qui donne une indication sur la fourchette de prix à attendre pour sa version électrique.

D’autres modèles basés sur la plateforme EMA sont également en préparation, dont le Defender Sport, le Range Rover Velar électrique et l’Evoque zéro émission. Ces trois modèles seront eux aussi légèrement plus onéreux que leurs équivalents thermiques actuels. Quant à la marque Defender, elle joue un rôle stratégique dans le développement de JLR aux États-Unis, où un partenariat avec Stellantis — le fabricant de Jeep — a été annoncé pour lancer un nouveau SUV Defender sur ce marché. Du côté de Jaguar, la Type 01 — second véhicule 100 % électrique de la marque après l’i-Pace — devrait être lancée en octobre, à partir de 150 000 dollars environ.

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Une gestion de la valeur résiduelle au cœur de la stratégie JLR

Payer aussi cher un véhicule électrique soulève naturellement la question de sa valeur de revente. JLR en est conscient et a anticipé le problème avec une approche orientée principalement vers la location longue durée. L’idée est de maîtriser les volumes mis sur le marché pour éviter une dépréciation rapide, un phénomène qui a particulièrement touché certaines voitures électriques premium ces dernières années. Hoornik a évoqué la création d’une « deuxième, troisième, quatrième et cinquième vie » pour chaque véhicule, en s’impliquant directement dans le marché de l’occasion.

Cette gestion fine des stocks vise à maintenir les prix élevés dans le temps, aussi bien pour les acheteurs que pour les leasseurs. En limitant volontairement les volumes de vente et en reprenant la main sur la chaîne de revente, JLR cherche à construire une image de rareté qui justifie le positionnement premium de ses modèles. C’est une approche qui rappelle davantage les codes de la haute horlogerie ou de la maroquinerie de luxe que ceux du marché automobile traditionnel — et qui sera scrutée de près par l’ensemble du secteur dans les mois à venir.

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