Ces deux startups électriques américaines en difficulté démontrent l’état actuel du marché
Il y a cinq ans, Rivian et Lucid étaient presque systématiquement citées ensemble dans la même phrase. Les deux constructeurs […]
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Quand un constructeur annonce que son nouveau break électrique est “le roi du test de l’élan”, on s’y intéresse. Quand on apprend que la vitesse affichée à l’entrée du slalom ne correspond pas à celle à laquelle la voiture a réellement négocié les cônes, on s’y intéresse encore plus. C’est exactement la situation dans laquelle se retrouve Aistaland, la marque née de la coentreprise entre Huawei et GAC, après la présentation en grande pompe des résultats de sa GT7. Un score de 94 km/h qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement avant de sortir son chéquier.
Lancée en Chine le 26 juin 2026, la GT7 est un break de chasse électrique qui affiche des ambitions tarifaires relativement accessibles pour le segment. Les prix démarrent à 209 900 yuans (environ 27 000 €) et montent jusqu’à 329 900 yuans (environ 42 000 €) pour la version haut de gamme. La déclinaison tri-moteur revendique une puissance de 768 chevaux et abat le 0 à 100 km/h en 3,1 secondes, des chiffres qui font de ce modèle un concurrent sérieux sur le papier face à des berlines sportives électriques bien établies.
C’est précisément cette puissance de groupe motopropulseur qui rend la question du freinage régénératif centrale dans l’affaire. Sur une voiture de cette puissance avec trois moteurs électriques, la décélération au lever de pied peut être très significative. Et c’est exactement ce point qui est au cœur de la polémique soulevée notamment par Car News China.
Le test de l’élan suit la norme ISO 3888-2, un protocole précis qui définit la disposition des cônes et les règles du jeu. Le principe est simple : la voiture entre dans la première zone à une vitesse donnée, et une fois à l’intérieur, le conducteur ne doit plus toucher ni à l’accélérateur, ni à la pédale de frein. Le test mesure ainsi la capacité du véhicule à enchaîner un double changement de voie brutal à une vitesse représentative d’une situation d’urgence réelle, par exemple l’évitement d’un animal surgissant sur la route.
Selon les informations de Car News China, la GT7 serait bien entrée dans la zone d’essai à 94 km/h, et le conducteur n’aurait effectivement pas actionné le frein manuellement. Jusque-là, la lettre du règlement est respectée. Le problème, c’est que la voiture aurait décéléré toute seule jusqu’à 76 km/h avant d’amorcer le premier changement de voie, grâce au freinage régénératif au lever de pied et à l’intervention de l’ESC dans les portions courbes. En d’autres termes, la vitesse communiquée dans le communiqué de presse est celle de l’entrée dans la zone, pas celle à laquelle la voiture a réellement manœuvré entre les cônes. L’écart de 18 km/h n’est pas anodin.
Le freinage régénératif est une fonction parfaitement standard sur toute voiture électrique ou hybride moderne. Lorsque vous levez le pied de l’accélérateur, les moteurs électriques se comportent en générateurs, transformant l’énergie cinétique du véhicule en électricité pour recharger la batterie, au lieu de la dissiper en chaleur via les plaquettes. Sur la plupart des modèles actuels, l’intensité de cette récupération est réglable, allant d’une roue libre quasi totale à un frein moteur très mordant permettant la conduite à une pédale.
C’est là que le raisonnement d’Aistaland trouve ses limites. La marque peut techniquement arguer que son pilote n’a pas freiné, ce qui est exact au sens littéral. Mais le résultat physique est identique : la voiture a décéléré de manière significative avant le premier cône. Prétendre avoir passé l’épreuve à 94 km/h alors que les roues négociaient le slalom à 76 km/h, c’est jouer sur les mots avec un bel aplomb. Ce n’est pas la première fois que des constructeurs chinois s’appuient sur des chiffres bruts pour orienter la communication : on a déjà vu Huawei et GAC mettre en avant une autonomie théorique de plus de 1 600 km sur le Luxeed R7, ou d’autres marques promettre des technologies de châssis dignes de sportives italiennes à moins de 20 000 euros, avec des résultats mitigés sur la route.
Au-delà du cas Aistaland, cette affaire met en lumière une lacune réelle dans la réglementation. La norme ISO 3888-2 a été conçue à une époque où le freinage automatique par récupération d’énergie n’existait tout simplement pas. Elle n’a jamais prévu d’encadrer ce cas de figure, et c’est cette imprécision qu’Aistaland exploite, avec ou sans mauvaise intention de départ.
Le problème structurel est double. D’abord, cela rend les comparaisons entre un véhicule thermique et une voiture électrique totalement inégales : une thermique ne peut pas décélérer par régénération, elle entre donc dans le slalom à la vitesse affichée. Ensuite, rien n’empêche un constructeur de pousser au maximum le réglage de régénération par défaut uniquement pour l’épreuve, dans le seul but d’afficher un chiffre d’entrée plus élevé dans ses communications. Voici les différences concrètes que cela peut engendrer dans un test normalisé :
Tant que la norme ne précisera pas comment traiter le freinage régénératif automatique, d’autres constructeurs s’engouffreront dans cette brèche. L’organisme ISO devra tôt ou tard clarifier le protocole pour que le test retrouve sa vocation première : évaluer objectivement la tenue de route d’un véhicule, pas sa capacité à communiquer un beau chiffre d’entrée.
Si vous envisagez d’acheter une voiture électrique et que vous consultez les résultats de test de l’élan pour orienter votre choix, cette affaire vous rappelle qu’un chiffre de vitesse associé à ce test ne vaut que si vous savez dans quelles conditions précises il a été obtenu. La vitesse d’entrée dans la zone n’est pas la vitesse de manœuvre, et ces deux données peuvent être très différentes sur une voiture électrique à fort freinage régénératif.
Dans le cas de la GT7, on n’est pas devant une tromperie grossière au sens juridique du terme. Le conducteur n’a pas freiné, le protocole physique a été suivi à la lettre. Mais l’affichage d’un score de 94 km/h sans mentionner que la voiture avait déjà perdu 18 km/h avant le premier cône transforme une épreuve technique en outil de relations publiques. Pour vous qui cherchez une information fiable avant d’acheter, la règle à retenir est simple : exigez toujours la vitesse mesurée au moment des manœuvres, pas uniquement celle relevée à l’entrée de la zone.
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