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La voiture électrique séduit enfin l’Europe ? Pas si vite

Philippe Moureau

Le marché européen de la voiture électrique affiche une reprise solide en 2025, après une année 2024 en demi-teinte. Entre janvier et avril, plus de 2,2 millions de véhicules électrifiés ont été immatriculés dans l’Union européenne, la Suisse, la Norvège et l’Islande, selon l’Association européenne des constructeurs automobiles. Cette performance représente une hausse de 20% par rapport à la même période l’année précédente, avec les véhicules électriques purs qui progressent de 26%.

Cette embellie masque néanmoins des disparités importantes selon les pays et révèle que l’adoption reste freinée par des préoccupations durables concernant l’autonomie, les coûts et l’infrastructure de recharge. Le Royaume-Uni suit cette tendance positive avec une croissance de 22,8% des immatriculations électrifiées, totalisant 486 561 unités sur les quatre premiers mois de l’année.

Une reprise portée par les ventes aux entreprises

Cette croissance trouve son origine principale dans l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2025, d’une réglementation européenne contraignant les constructeurs à réduire leurs émissions de CO2 de 15% par rapport aux niveaux de 2021. Cette obligation a poussé les marques à multiplier les offres attractives pour les flottes d’entreprises, particulièrement en Allemagne où les ventes professionnelles représentent les deux tiers du marché automobile.

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Sandra Wappelhorst, responsable de recherche au Conseil international pour les transports propres Europe, explique : “Pour éviter les amendes liées aux émissions excessives des modèles thermiques, les constructeurs ont été incités à augmenter les ventes de véhicules électriques, grâce à des remises ou des modèles plus abordables.” Des marques comme Volkswagen et Stellantis ont ainsi lancé des conditions de leasing avantageuses et présenté de nouveaux modèles électriques.

L’écart de prix entre les véhicules thermiques et électriques s’est considérablement réduit, selon Constantin Gall, analyste chez EY. Les constructeurs proposent désormais des “conditions de financement et de leasing très compétitives” qui facilitent l’adoption par les entreprises européennes.

Des consommateurs encore réticents face à l’électrique

Malgré ces signaux encourageants au niveau des immatriculations, l’enthousiasme des particuliers demeure limité. Une enquête d’AlixPartners révèle que l’intérêt pour les véhicules électriques stagne à 43% depuis 2021, les consommateurs privilégiant les véhicules hybrides perçus comme plus pratiques en raison de leurs moindres contraintes de recharge.

Cette tendance se confirme dans une étude Bloomberg Intelligence du mois dernier, qui montre que seulement 16% des acheteurs européens préfèrent les véhicules électriques purs, contre 49% pour les hybrides. Ces chiffres illustrent la persistance des interrogations concernant l’autonomie des batteries et la disponibilité des bornes de recharge.

  • L’Europe compte aujourd’hui plus d’1 million de bornes de recharge publiques
  • Les besoins sont estimés à 8,8 millions de bornes d’ici 2030
  • Il faudrait installer près de 5 000 nouvelles bornes par semaine pour atteindre cet objectif
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L’Allemagne et la France face aux défis du marché

L’année 2024 avait marqué un coup d’arrêt brutal pour l’électromobilité européenne, particulièrement en Allemagne et en France. L’Allemagne, premier marché automobile européen, avait supprimé ses subventions à l’achat en décembre 2023 pour des raisons budgétaires. Cette décision a provoqué une chute de 27,4% des immatriculations de véhicules électriques, les consommateurs perdant des aides qui s’échelonnaient de 3 375 à 9 000 euros selon le prix du véhicule.

La France a connu des difficultés similaires, aggravées par un durcissement des conditions d’éligibilité aux subventions et une incertitude économique générale. Ces facteurs ont impacté non seulement les ventes électriques mais également celles des véhicules essence et diesel, créant un effet domino sur l’ensemble du secteur automobile français.

Tesla en difficulté face à la concurrence chinoise

La marque américaine traverse une période délicate avec des ventes en Europe qui ont chuté de 39% entre janvier et avril 2025. Cette baisse s’explique en partie par la controverse entourant Elon Musk et son soutien à des mouvements politiques d’extrême droite, notamment l’Alternative pour l’Allemagne avant les élections fédérales de février.

Parallèlement, les constructeurs chinois gagnent du terrain malgré les droits de douane européens. La part de marché chinoise a dépassé 5% pour la première fois au premier trimestre 2025. BYD a même devancé Tesla en avril avec 7 231 véhicules immatriculés contre 7 165 pour la marque d’Elon Musk, soit une progression de 169% par rapport à avril 2024.

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MarqueImmatriculations avril 2025Évolution vs 2024
BYD7 231+169%
Tesla7 165-39%

Une adoption géographiquement contrastée

La transition électrique européenne révèle des disparités importantes selon les régions. La Norvège et le Danemark mènent la course, suivis par d’autres pays d’Europe occidentale. À l’inverse, la Bulgarie, la Croatie, la Pologne et la Slovaquie affichent des taux d’adoption inférieurs à 5%.

Ces écarts s’expliquent par des différences de pouvoir d’achat, d’infrastructure et de politiques publiques. La Pologne montre néanmoins des signes d’accélération avec une croissance de plus de 40% de ses immatriculations électriques, preuve que la dynamique gagne progressivement l’ensemble du continent européen.

L’assouplissement récent des objectifs d’émissions européens pour les trois prochaines années, obtenu par le lobbying des constructeurs, risque de ralentir cette progression au moment où l’élan semblait se confirmer. Cette décision soulève des questions sur la capacité de l’Europe à maintenir le rythme nécessaire pour atteindre ses objectifs climatiques tout en préservant la compétitivité de son industrie automobile face aux géants chinois et américains.

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