Smart relance sa citadine électrique à deux portes avec le #2
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Travis Kalanick n’est pas un observateur comme les autres quand il s’agit de mobilité autonome. L’ancien PDG d’Uber, celui qui a contribué à populariser le covoiturage à travers le monde, vient de prendre position sur la bataille que se livrent actuellement Tesla et Waymo dans le secteur des véhicules autonomes. Son verdict est sans appel : Waymo possède une longueur d’avance “évidente” sur le constructeur d’Elon Musk. Lors d’une intervention dans le podcast All-In, Kalanick a comparé la situation de Tesla à celle d’une entreprise qui attendrait son “moment ChatGPT”, un déclic technologique majeur qui permettrait à son système de conduite basé uniquement sur des caméras de rattraper son retard. Au passage, l’entrepreneur a révélé son retour dans l’arène avec Atoms, une nouvelle société de robotique qui vise justement le transport autonome.
La différence entre les deux acteurs ne se limite pas à une question de performance : elle touche à la philosophie même de développement. Waymo mise sur un arsenal de capteurs sophistiqués qui combine caméras, lidars et radars. Cette approche multi-capteurs représente un investissement conséquent, mais la sixième génération du système a permis de réduire le nombre de capteurs de 42% et de faire baisser le coût matériel unitaire sous la barre des 20 000 dollars, soit une division par deux par rapport à la génération précédente. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Waymo assure désormais des courses entièrement autonomes dans 10 villes américaines, effectue environ 400 000 trajets payants par semaine et vise le cap du million de courses hebdomadaires d’ici fin 2026.
Tesla a fait un pari radicalement opposé en choisissant une approche basée exclusivement sur la vision par caméra, utilisant les capteurs déjà intégrés dans ses véhicules électriques. Kalanick qualifie cette stratégie de recherche d’un “moment ChatGPT”, une percée soudaine qui rendrait la conduite autonome par caméras viable à grande échelle. Le problème ? Ce moment ne s’est toujours pas produit malgré les promesses répétées. Musk avait annoncé une capacité de conduite entièrement autonome pour 2018, puis des robotaxis pour 2020, avant de promettre un million de robotaxis en circulation la même année. Aucune de ces échéances n’a été respectée.
Les réalités opérationnelles mettent en lumière un fossé significatif entre les deux entreprises. La flotte de Tesla à Austin compte environ 35 véhicules qui circulent avec des superviseurs de sécurité à bord. Le constructeur n’a réussi à faire fonctionner qu’un seul robotaxi véritablement autonome, et uniquement dans une zone limitée de la ville. Depuis le lancement du programme en juin 2025, Tesla a déclaré 15 incidents à la NHTSA, l’agence américaine de sécurité routière. La société caviarde les détails narratifs de ces accidents, ce qui rend impossible toute analyse indépendante de la sécurité.
Face à cela, Waymo affiche des performances autrement plus convaincantes. La filiale d’Alphabet a levé 16 milliards de dollars lors d’un tour de financement en février, portant sa valorisation à 126 milliards de dollars. L’expansion s’accélère avec quatre nouvelles villes américaines ajoutées le mois dernier. En 2025, la société a effectué 15 millions de trajets et revendique un taux d’accidents graves causant des blessures inférieur de 90% à celui des conducteurs humains.
| Critère | Waymo | Tesla |
|---|---|---|
| Villes en service | 10 villes | 1 ville (Austin) |
| Courses hebdomadaires | 400 000 | Données non disponibles |
| Mode autonome | Sans conducteur | Avec superviseur |
| Incidents déclarés | Données transparentes | 15 incidents (détails cachés) |
L’ancien patron d’Uber ne se contente pas d’analyser le marché depuis les coulisses. Il vient de dévoiler Atoms, une société de robotique qui est restée en développement discret pendant huit ans sous l’égide de City Storage Systems, sa société d’investissement immobilier qui possède CloudKitchens, un opérateur de cuisines fantômes. Atoms cible trois secteurs : l’alimentation, l’exploitation minière et le transport. Kalanick serait également sur le point d’acquérir Pronto, la startup spécialisée dans les véhicules autonomes pour sites industriels et miniers, fondée par Anthony Levandowski, son ancien collègue chez Uber. Ce même ingénieur avait été condamné pour avoir dérobé des secrets commerciaux liés à la conduite autonome au programme de Google, avant d’obtenir une grâce présidentielle.
Selon des informations rapportées par The Information, Uber soutiendrait financièrement cette nouvelle initiative de Kalanick. L’entrepreneur aurait confié à ses proches qu’il envisageait un déploiement plus agressif de sa technologie autonome que celui de Waymo. Une déclaration audacieuse compte tenu de la trajectoire actuelle de son concurrent. Kalanick estime que les défis principaux de Waymo concernent désormais “la fabrication, l’échelle, l’urgence et la combativité” plutôt que la technologie elle-même, qu’il considère comme éprouvée.
Cette vision soulève des interrogations légitimes. Privilégier la rapidité de déploiement au détriment d’une validation rigoureuse pourrait précisément transformer un avantage en vulnérabilité. Waymo a construit sa réputation sur une approche méthodique et transparente. La société pourrait probablement s’étendre à davantage de marchés américains avec ses capacités actuelles, mais continue de mener des tests approfondis pour la prochaine phase de croissance, notamment pour les trajets longue distance et la conduite sur autoroute.
Le risque serait de tomber dans le piège d’une escalade concurrentielle qui mettrait la rapidité d’expansion avant la validation de sécurité. Le cadre du “moment ChatGPT” appliqué à Tesla reste généreux : il suggère qu’une percée soudaine est plausible et changerait la donne du jour au lendemain. Une conduite autonome basée uniquement sur la vision à grande échelle serait effectivement transformatrice. Seulement voilà, Tesla promet cette percée depuis des années sans la concrétiser. La réalité ressemble davantage à un long chemin nécessitant encore de nombreuses années de développement ou un changement de cap technologique intégrant radar et lidar.
La question de la transparence des données devient centrale dans cette course. Waymo communique ouvertement sur ses performances et ses incidents, permettant aux régulateurs et au public d’évaluer objectivement la sécurité de ses véhicules. Tesla adopte une posture opposée en dissimulant les détails de ses accidents, ce qui compromet toute analyse indépendante et nourrit la méfiance. Cette opacité contraste fortement avec les exigences croissantes de responsabilité dans le secteur des véhicules autonomes.
L’ambition de Kalanick de surpasser Waymo en termes d’agressivité commerciale survient dans ce contexte délicat. Vous pouvez comprendre l’attrait entrepreneurial d’une expansion rapide, mais l’histoire récente de l’industrie montre que les raccourcis en matière de sécurité finissent par se payer cher. Les régulateurs américains scrutent désormais de près chaque acteur du secteur, et une approche précipitée pourrait attirer des restrictions qui ralentiraient paradoxalement le déploiement à long terme. La trajectoire actuelle de Waymo, mesurée mais constante, pourrait finalement s’avérer la plus efficace pour construire un écosystème de robotaxis viable et accepté par le public.
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