Actu voiture électrique

Volkswagen avoue que ses voitures électriques ont été mal conçues

Albert Lecoq

Thomas Schäfer, le dirigeant de Volkswagen, vient de reconnaître publiquement ce que beaucoup d’utilisateurs pensaient tout bas depuis des années : les voitures électriques de la marque n’ont pas été pensées pour vous, mais pour plaire aux dirigeants et aux designers. Une déclaration rare qui marque un tournant dans la stratégie du constructeur allemand, confronté à des ventes qui peinent à décoller malgré une gamme électrique étoffée.

Le groupe de Wolfsburg traverse une période délicate. Ses modèles électriques actuels, bien que technologiquement aboutis, souffrent d’un manque d’adhésion du public. La raison ? Des choix ergonomiques discutables qui privilégient l’esthétique au détriment de l’usage quotidien. Face à ce constat, Volkswagen s’apprête à opérer un virage radical dans sa conception automobile.

Des choix technologiques qui ont éloigné les automobilistes

Pendant des années, Volkswagen a multiplié les innovations censées moderniser ses véhicules électriques. Poignées de portes affleurantes pour optimiser l’aérodynamisme, commandes tactiles omniprésentes, interfaces complexes : autant d’éléments qui devaient projeter la marque dans le futur. Le résultat ? Des propriétaires frustrés par des manipulations peu intuitives dans leur vie de tous les jours.

A lire également :  La voiture électrique à 20 000 € de Tesla est arrivée : la Model Q

Thomas Schäfer l’admet sans détour auprès de Top Gear : “Auparavant, nous établissions une longue liste d’exigences et de fonctionnalités, mais les gens ne se sentaient pas à l’aise avec le produit final. Désormais, nous pensons aux personnes”. Cette prise de conscience intervient après des mois de retours négatifs sur l’ergonomie de modèles comme l’ID.3 ou l’ID.4, où même des actions simples comme ouvrir une vitre ou régler le volume deviennent un parcours du combattant.

Les poignées affleurantes bientôt reléguées au musée

Parmi les changements annoncés, la suppression des poignées de portes affleurantes figure en tête de liste. Ces dispositifs, intégrés dans la carrosserie pour améliorer le coefficient de traînée, posent de vrais problèmes d’utilisation. Le PDG résume parfaitement la situation : “Une poignée de porte doit être intuitive, facile à utiliser même les bras chargés de courses”.

Cette décision arrive à point nommé. La Chine s’apprête à interdire ce type de poignées pour des raisons de sécurité. Plusieurs accidents tragiques ont démontré que lors de situations d’urgence, les occupants n’arrivaient pas à actionner le mécanisme de déverrouillage, entraînant des décès évitables. Volkswagen anticipe cette réglementation et y voit surtout l’occasion de corriger une erreur de conception qui irritait ses clients depuis le lancement de la gamme ID.

Retour des boutons physiques dans l’habitacle

L’autre grand changement concerne l’abandon progressif du tout-tactile. Schäfer se montre catégorique : “Il y a deux choses qui sont absolument non négociables pour moi : les poignées de porte et les boutons”. Un revirement spectaculaire quand on sait que la marque allemande avait misé massivement sur les surfaces tactiles pour moderniser ses intérieurs.

A lire également :  Uber mise tout dans la course aux véhicules autonomes

La future ID. Polo illustre parfaitement cette nouvelle orientation. Si elle conserve un grand écran central, elle réintroduit des commandes physiques essentielles :

  • Une molette rotative dédiée au réglage du volume sonore
  • Quatre boutons individuels pour contrôler chaque vitre électrique
  • Des raccourcis physiques pour les fonctions climatiques
  • Des commandes directement accessibles sans passer par des sous-menus

À titre de comparaison, l’ID.4 actuelle ne propose que deux boutons pour les vitres, obligeant les passagers arrière à demander au conducteur d’intervenir. Un détail qui illustre à quel point l’expérience utilisateur a été négligée au profit d’un design épuré.

Une conception enfin centrée sur l’utilisateur

Kai Grünitz, responsable du développement technique chez Volkswagen, enfonce le clou avec une franchise désarmante : “Jusqu’à présent, chaque Volkswagen a toujours été conçue pour le conseil d’administration, et surtout pour le PDG”. Cette révélation explique pourquoi tant de propriétaires se sont sentis déconnectés de leurs véhicules électriques Volkswagen.

Le constructeur a mis en place une nouvelle méthodologie. Des ateliers clients sont organisés régulièrement, où de vrais automobilistes testent les prototypes. Des caméras embarquées analysent leurs gestes, leurs regards, leurs hésitations. L’objectif : identifier les fonctions réellement utilisées et celles qui restent ignorées. Cette approche data-driven permet de prioriser l’ergonomie sur l’esthétisme pur.

Grünitz reconnaît que convaincre les designers n’a pas été simple. Ces derniers voyaient dans le minimalisme et les surfaces lisses une signature visuelle forte. Mais face aux chiffres de ventes décevants et aux remontées terrain, la direction a tranché en faveur de la praticité.

A lire également :  Transition électrique : la France patine pour des raisons évidentes

Un design extérieur également revu

Au-delà de l’habitacle, Volkswagen prévoit de retravailler l’apparence de ses modèles électriques. Le groupe admet que le style actuel de la gamme ID ne suscite pas l’enthousiasme. Les lignes, jugées trop lisses et anonymes, manquent de caractère selon les études marketing internes.

Schäfer insiste sur un point : “Une VW doit avoir un visage accueillant”. Les futurs modèles arboreront une identité visuelle plus affirmée, tout en restant reconnaissables comme des Volkswagen. Un équilibre délicat entre modernité et familiarité que la marque compte atteindre avec ses prochains lancements.

Cette remise en question profonde montre que même les grands constructeurs peuvent se tromper de stratégie. Volkswagen fait le pari que revenir à des fondamentaux simples – des boutons qui cliquent, des poignées qui s’attrapent naturellement – séduira davantage qu’une technologie spectaculaire mais frustrante au quotidien. Les premiers modèles appliquant cette philosophie arriveront progressivement, à commencer par l’ID. Polo qui devrait donner le ton de cette nouvelle ère plus pragmatique.

Réagissez à l'article
guest

17 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires