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Voitures électriques d’occasion : la demande s’emballe, mais qu’en est-il des prix ?

Albert Lecoq

Depuis plusieurs semaines, le marché de la voiture électrique d’occasion affiche une vitalité inattendue en Europe. La flambée des prix à la pompe a clairement joué un rôle d’accélérateur, poussant un nombre croissant d’automobilistes à regarder du côté du véhicule électrique de seconde main. Reste à savoir si cette dynamique va tenir dans la durée, et surtout ce qu’elle signifie concrètement pour les acheteurs aujourd’hui : les stocks se raréfient-ils vraiment ? Les prix vont-ils enfin remonter ? Les réponses sont plus nuancées qu’on pourrait le croire.

Des stocks qui s’amenuisent dans plusieurs pays européens

Les premières données compilées par Indicata, spécialiste de l’analyse du marché automobile de l’occasion en Europe, montrent un signal clair : les véhicules électriques d’occasion se vendent désormais plus rapidement qu’il y a quelques mois. Concrètement, les délais de rotation des stocks chez les professionnels se réduisent, et les volumes disponibles à la vente commencent à se contracter dans plusieurs marchés. Ce n’est pas encore une pénurie, mais le mouvement est perceptible.

Ce regain d’intérêt ne concerne pas l’ensemble du continent de façon uniforme. Certains pays tirent clairement la dynamique vers le haut :

  • L’Allemagne et la France enregistrent une progression sensible des transactions sur les véhicules électriques d’occasion.
  • La Belgique, l’Autriche et les pays nordiques suivent une tendance similaire, portée par une fiscalité favorable et une infrastructure de recharge déjà bien développée.
  • En revanche, l’Espagne et la Suisse affichent une dynamique plus modérée, sans progression significative des volumes écoulés.
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Ce tableau géographique hétérogène reflète des réalités très différentes d’un pays à l’autre : pouvoir d’achat, habitudes de mobilité, densité du réseau de recharge ou encore sensibilité aux variations du prix des carburants. Autant de facteurs qui influencent directement la décision d’achat d’un véhicule électrique de seconde main.

Un paradoxe de marché : plus de ventes, mais des prix qui ne remontent pas

C’est probablement l’aspect le plus surprenant de la situation actuelle. En théorie, quand les ventes accélèrent et que les stocks diminuent, les prix devraient au moins se stabiliser, voire repartir à la hausse. C’est la loi élémentaire de l’offre et de la demande. Sur le marché de l’électrique d’occasion, ce mécanisme ne se vérifie pas, du moins pas encore. Dans la majorité des pays européens analysés, les indices de prix des voitures électriques d’occasion restent stables ou continuent même de s’orienter légèrement à la baisse.

L’explication tient à l’héritage des derniers mois. Les professionnels de l’occasion ont accumulé des surstocks importants de véhicules électriques au cours des trimestres précédents, période durant laquelle la demande avait marqué le pas. Ces stocks sont encore loin d’être totalement absorbés. Même si les entrées en stock ralentissent et que les sorties s’accélèrent, il reste suffisamment de modèles disponibles pour que les vendeurs continuent à pratiquer des remises afin d’écouler leurs parcs. Ces surstocks pèsent directement sur les valeurs résiduelles, c’est-à-dire sur la valeur estimée d’un véhicule à sa revente, ce qui complique encore la donne pour les acheteurs qui souhaitent revendre leur véhicule à terme.

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Une phase d’absorption plutôt qu’un vrai retournement de marché

Yoann Taitz, responsable régional des prévisions chez Indicata, pointe un décalage structurel intéressant : « Les conducteurs accélèrent leur passage à l’électrique dans un contexte de hausse des prix du carburant, alors qu’un achat automobile s’inscrit généralement sur un horizon de 4 à 5 ans. Cela pose la question du caractère durable de ce mouvement si les prix de l’énergie venaient à se normaliser. » En d’autres termes, la décision d’acheter une voiture électrique d’occasion est prise sous l’effet d’un signal à court terme — la hausse du prix de l’essence ou du diesel — alors que l’engagement financier, lui, s’étale sur plusieurs années.

Ce type de phénomène n’est pas sans précédent. En 2022, lors du déclenchement du conflit russo-ukrainien, les prix des carburants s’étaient également envolés, provoquant un engouement similaire pour les véhicules électriques. Cet intérêt avait ensuite progressivement reflué à mesure que les cours se stabilisaient. La situation actuelle, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pourrait suivre une trajectoire comparable si les prix de l’énergie venaient à se détendre dans les prochains mois.

Ce que cela signifie concrètement pour vous, si vous êtes acheteur : le moment reste objectivement intéressant pour acquérir une voiture électrique d’occasion. Les prix n’ont pas encore rebondi malgré la hausse de la demande, et les stocks restent encore suffisamment fournis pour négocier. La fenêtre ne sera probablement pas éternelle — une réduction durable des stocks finira par exercer une pression à la hausse sur les tarifs — mais rien n’indique que ce rééquilibrage interviendra de façon brutale dans l’immédiat. Prenez le temps de comparer les offres, vérifiez l’état de la batterie et sa capacité résiduelle, deux critères déterminants sur un véhicule électrique d’occasion, et ne vous précipitez pas sous l’effet de la pression du marché.

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