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Stellantis veut assembler des voitures électriques chinoises en Amérique

Albert Lecoq

Stellantis ne manque pas d’ambition quand il s’agit de tisser des alliances stratégiques. Le géant automobile, qui chapeaute plus d’une douzaine de marques, explore désormais une piste inattendue : assembler des voitures électriques de marque chinoise directement sur le sol nord-américain. Une démarche qui s’inscrit dans une logique industrielle précise, portée par la participation majoritaire du groupe dans une coentreprise avec le constructeur chinois Leapmotor.

Mexique et Canada dans le viseur, les États-Unis hors jeu pour l’instant

Antonio Filosa, le directeur général de Stellantis, s’est montré relativement direct lors d’une prise de parole au siège nord-américain du groupe, près de Detroit. Il a confirmé que le groupe voit « assurément » des opportunités pour développer la production et la commercialisation de véhicules sous la marque Leapmotor au Mexique, et éventuellement au Canada. En revanche, concernant le marché américain, le message est clair : « Il n’y a pas de place pour cela aux États-Unis, pas pour l’instant. »

Cette position reflète une réalité politique et tarifaire bien connue. Le contexte protectionniste américain, notamment vis-à-vis des véhicules électriques fabriqués en Chine, rend toute opération commerciale directe particulièrement délicate. Le Canada, lui, a adopté une approche plus nuancée en limitant les importations de voitures électriques d’origine chinoise à 49 000 unités par an, assorties d’un tarif douanier réduit à 6,1 %, ce qui laisse une fenêtre d’opportunité non négligeable pour des acteurs comme Stellantis.

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L’usine Brampton, un outil industriel en attente de reconversion

Au Canada, Stellantis dispose d’un atout concret : l’usine de Brampton, à Toronto, à l’arrêt depuis fin 2023 après la fin de production des anciennes générations de Dodge Charger et Dodge Challenger. La nouvelle Charger, elle, est désormais assemblée à l’usine de Windsor. Cette friche industrielle représente donc une infrastructure prête à l’emploi, avec une main-d’œuvre locale qualifiée et des équipements déjà en place.

Relancer Brampton pour y assembler des voitures électriques Leapmotor permettrait à Stellantis de contourner les contraintes liées aux importations directes depuis la Chine, tout en répondant aux exigences de contenu local souvent associées aux politiques d’achat et aux aides gouvernementales. Il ne s’agit pour l’instant que d’une piste explorée, mais elle présente une cohérence industrielle évidente.

  • L’usine de Brampton est inactive depuis la fin de production des Dodge Charger et Challenger de génération précédente
  • Le Canada autorise jusqu’à 49 000 importations annuelles de voitures électriques chinoises avec un tarif préférentiel de 6,1 %
  • Leapmotor est présent au Mexique mais n’a pas encore de présence établie au Canada
  • Assembler localement éviterait les contraintes tarifaires et renforcerait le positionnement commercial du groupe

Le modèle européen comme référence pour Stellantis

Ce type de montage industriel n’est pas nouveau pour Stellantis. En Europe, le groupe utilise déjà l’une de ses usines en Espagne pour produire des modèles Leapmotor destinés au marché européen. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec Dongfeng, un autre constructeur automobile chinois, pour assembler les modèles haut de gamme de la marque Voyah dans une usine française. Ces initiatives montrent que Stellantis a bien intégré la pratique du montage à partir de kits semi-assemblés, une technique industrielle lui permettant de localiser la production sans avoir à développer une plateforme entièrement nouvelle.

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Ce savoir-faire est précieux dans un contexte où les barrières tarifaires sur les voitures électriques se multiplient à l’échelle mondiale. En produisant localement, Stellantis peut offrir des prix plus compétitifs tout en répondant aux exigences réglementaires de chaque marché.

Leapmotor, une marque encore méconnue mais stratégiquement positionnée

Pour les lecteurs peu familiers avec l’écosystème des constructeurs chinois, Leapmotor est une marque relativement récente, fondée en 2015, qui s’est imposée en Chine grâce à des véhicules électriques accessibles, avec des tarifs souvent inférieurs à ceux de ses concurrents européens ou américains. Sa gamme actuelle comprend plusieurs modèles dont le T03, un citadin compact, et le C10, un SUV familial.

  • Leapmotor T03 : citadin électrique, autonomie d’environ 265 km (WLTP), prix en Europe autour de 18 900 €
  • Leapmotor C10 : SUV compact, autonomie jusqu’à 420 km (WLTP), puissance de 170 kW (231 ch), 0 à 100 km/h en 7,0 secondes

Ces tarifs sont bien en deçà de ce que proposent la plupart des constructeurs traditionnels, ce qui explique l’intérêt stratégique de Stellantis pour la marque. En la distribuant sous sa propre enseigne logistique et commerciale, le groupe peut capter une clientèle sensible au prix sans cannibaliser ses propres gammes Peugeot, Opel ou Citroën.

Des alliances tous azimuts pour Stellantis

Au-delà de Leapmotor, Stellantis multiplie les partenariats. Le groupe a récemment signé un mémorandum d’entente avec Jaguar Land Rover pour explorer des synergies sur le marché américain. Ces discussions portent sur de potentielles collaborations industrielles et technologiques, sans que les détails n’aient encore été rendus publics.

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Cette stratégie d’alliances croisées illustre bien la philosophie actuelle du groupe : plutôt que de tout développer en interne, Stellantis préfère s’appuyer sur des partenaires existants pour accélérer son déploiement sur des segments porteurs. Dans un secteur automobile en pleine recomposition, où les coûts de développement des batteries et des plateformes électriques restent élevés, cette approche pragmatique permet de limiter les risques financiers tout en restant présent sur l’ensemble des marchés clés.

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