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Les batteries solides dans les voitures électriques arrivent chez nous plus vite qu’on ne le pensait

Michael Ptaszek

Si vous suivez l’actualité des voitures électriques, vous avez probablement entendu parler des batteries à électrolyte solide depuis plusieurs années, souvent présentées comme la prochaine grande étape de la technologie de stockage d’énergie. En 2026, ce n’est plus une promesse lointaine : plusieurs constructeurs et équipementiers annoncent des calendriers précis, et la plupart visent une mise en production dès 2027. Voici ce que l’on sait réellement, et ce que cela signifie concrètement pour vous en tant qu’acheteur ou futur acheteur de véhicule électrique.

Pourquoi les batteries tout-solide représentent un vrai changement par rapport aux batteries actuelles

Les batteries lithium-ion classiques que l’on trouve aujourd’hui dans la quasi-totalité des voitures électriques fonctionnent grâce à un électrolyte liquide qui permet la circulation des ions entre l’anode et la cathode. Ce liquide est efficace, mais il présente plusieurs inconvénients bien connus : risque d’inflammation en cas de défaillance, dégradation progressive des performances dans le temps, et des limites physiques en termes de densité énergétique. Les batteries tout-solide remplacent cet électrolyte liquide par un matériau solide, ce qui modifie fondamentalement le profil de risque et les performances possibles.

Les avantages mis en avant par les fabricants sont cohérents d’un acteur à l’autre et reposent sur des données mesurables :

  • Densité énergétique supérieure à 400 Wh/kg contre environ 250 à 300 Wh/kg pour les meilleures batteries lithium-ion actuelles
  • Risque d’incendie fortement réduit en l’absence totale d’électrolyte liquide inflammable
  • Recharge plus rapide grâce à une meilleure stabilité chimique à haute intensité
  • Meilleure durée de cycle, c’est-à-dire que la batterie conserve ses capacités plus longtemps dans le temps
  • Des autonomies annoncées dépassant les 1 000 à 1 500 km en cycle CLTC (norme chinoise)
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SAIC a d’ailleurs illustré cette progression par étapes avec sa batterie semi-solide équipant la nouvelle MG4 : en réduisant la teneur en électrolyte liquide à seulement 5 %, le constructeur affirme avoir significativement abaissé le risque de combustion tout en améliorant la durée de vie des cellules. Avec une batterie 100 % solide, cette fraction tombe à zéro.

BYD, SAIC, Changan, Chery : les constructeurs chinois fixent leurs agendas

BYD, qui vient tout juste de commercialiser sa Blade Battery 2.0 — une batterie LFP offrant plus de 1 000 km d’autonomie en cycle CLTC — travaille en parallèle sur sa prochaine génération. Lors d’une conférence en avril 2026, Lian Yubo, le directeur scientifique du groupe BYD, a confirmé que les batteries tout-solide à base de sulfure avaient atteint “un stade critique” de développement. BYD prévoit une production en série limitée dès 2027, avant de passer à une production de masse vers 2030. Sun Huajun, directeur technique de la filiale batterie de BYD, précise que les électrolytes à base de sulfure offrent une meilleure stabilité chimique et une longévité supérieure aux batteries lithium-ion liquides classiques.

SAIC Motor, de son côté, a déjà roulé en prototype avec sa batterie “Guangqi” développée conjointement avec le partenaire Qingtao Energy. La densité énergétique annoncée dépasse les 400 Wh/kg, pour une autonomie revendiquée de plus de 1 000 km. L’objectif de production en série est fixé à 2027, après plusieurs mois de tests sur prototypes. Changan Automobile, l’un des quatre grands constructeurs d’État chinois, avance sur la même ligne temporelle avec sa batterie “Golden Bell”, créditée de 400 Wh/kg et d’une autonomie CLTC supérieure à 1 500 km. Le constructeur affirme également avoir amélioré la sécurité de 70 % grâce à un système de diagnostic basé sur l’intelligence artificielle. Chery, autre marque chinoise en pleine ascension, a dévoilé sa propre batterie tout-solide revendiquant les mêmes 1 500 km d’autonomie avec une densité de 400 Wh/kg. Dongfeng, quatrième grand constructeur d’État, teste pour sa part des prototypes équipés de cellules affichant 350 Wh/kg et plus de 1 000 km d’autonomie déclarée.

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ConstructeurDensité énergétiqueAutonomie annoncée (CLTC)Calendrier production
BYDNon communiquéeNon préciséeSérie limitée 2027, masse 2030
SAIC / Qingtao+400 Wh/kg+1 000 km2027
Changan400 Wh/kg+1 500 km2027
Chery400 Wh/kg+1 500 km2027
Dongfeng350 Wh/kg+1 000 kmEn phase de test prototype

Quels modèles seront les premiers à en bénéficier, et à quel prix ?

Ne vous attendez pas à retrouver ces batteries dans une citadine abordable dès 2027. Chez BYD, la stratégie est claire : les premières voitures électriques équipées de batteries tout-solide sortiront sous les marques premium du groupe, notamment Denza, Yangwang et Fang Cheng Bao, avant une diffusion progressive vers les gammes plus accessibles. C’est une logique industrielle classique : les coûts de production initiaux d’une nouvelle technologie sont élevés, et les marges réalisées sur le segment haut de gamme permettent de financer la montée en cadence.

Cette trajectoire descendante vers le grand public prendra probablement plusieurs années. En attendant, si vous envisagez d’acheter un véhicule électrique dans les 12 à 24 prochains mois, les batteries lithium-ion actuelles — qu’il s’agisse de LFP ou de NMC — restent des technologies solides et éprouvées. Lian Yubo de BYD le dit lui-même : les batteries tout-solide ne sont pas destinées à remplacer les batteries liquides, mais à les compléter. Il encourage d’ailleurs les industriels à continuer d’investir dans les batteries lithium-ion et sodium-ion en parallèle, ce qui laisse penser que la coexistence des technologies sera la norme pendant encore plusieurs années.

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La course au tout-solide ne se joue pas qu’en Chine

Si les constructeurs chinois sont les plus visibles sur ce sujet, l’Europe n’est pas absente. Mercedes-Benz a annoncé l’an dernier avoir parcouru plus de 1 200 km avec un prototype de la berline EQS modifiée, en utilisant des cellules tout-solide développées par la startup américaine Factorial Energy. C’est un test en conditions réelles qui confirme que la technologie fonctionne, même si la route vers une production à grande échelle reste longue pour les acteurs occidentaux.

La différence de rythme entre la Chine et le reste du monde s’explique en partie par les volumes d’investissement engagés, mais aussi par l’écosystème industriel local, plus intégré verticalement. Des entreprises comme BYD maîtrisent à la fois la chimie des cellules, l’assemblage des modules et l’intégration dans le véhicule, ce qui raccourcit les cycles de développement. Pour les constructeurs européens qui dépendent encore largement de fournisseurs extérieurs, la commercialisation à grande échelle des batteries tout-solide pourrait prendre jusqu’à la fin de cette décennie, voire au-delà.

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