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SpaceX vient de confirmer les détails énergétiques de Terafab, sa future méga-usine de semi-conducteurs au Texas : l’alimentation électrique reposera sur des centrales à gaz naturel construites sur site, accompagnées de grandes batteries de stockage. Ce qui frappe, ce n’est pas tant le choix du gaz en lui-même, mais ce qu’il révèle : Tesla, co-propriétaire du projet, commercialise exactement les solutions qui auraient pu équiper cette installation, et pourtant aucune d’elles n’est retenue.
Tesla et SpaceX ont officialisé le projet Terafab la semaine dernière. L’installation sera implantée dans le comté de Grimes, au Texas, à environ une heure au nord-ouest de Houston. Elle est présentée par les deux entreprises comme la plus grande usine de fabrication de puces électroniques de la planète. La première phase représente un investissement de 16,8 milliards de dollars, en retrait par rapport aux 25 milliards évoqués en mars dernier. L’objectif affiché : produire plus d’un térawatt de puissance de calcul par an, destinés aux centres de données de SpaceX et de xAI, ainsi qu’aux futures puces pour l’Optimus et le Cybercab de Tesla.
Le détail qui mérite attention se trouve dans la localisation même du site : Terafab sera construite sur l’emplacement d’une ancienne centrale à charbon. SpaceX prévoit donc d’y installer ses propres centrales à gaz naturel, complétées par ce que l’entreprise décrit comme de “très grandes batteries”. En clair, le charbon cède la place au gaz, mais le principe reste celui d’une production d’énergie fossile sur site. Et nulle part dans ce plan d’alimentation, on ne trouve la moindre référence aux panneaux solaires de Tesla.
Ce n’est pas un cas isolé. Le centre de données Colossus de xAI, opérationnel depuis 2024 dans la région de Memphis, fonctionne lui aussi sur turbines à gaz, dont beaucoup ont été mises en service sans autorisation réglementaire préalable. La NAACP, le Southern Environmental Law Center et Earthjustice ont intenté des poursuites concernant 27 turbines non autorisées installées à Southaven, dans le Mississippi. Ces installations seraient responsables de l’émission de plus de 1 700 tonnes d’oxydes d’azote et de 19 tonnes de formaldéhyde par an à proximité immédiate de quartiers résidentiels, d’écoles et de lieux de culte. Abre’ Conner, représentante de la NAACP, a déclaré publiquement : “Un centre de données ne devrait pas représenter une potentielle condamnation à mort pour la santé d’une communauté.” Lorsque les autorités de régulation ont tenté d’intervenir, le département de justice américain sous l’administration Trump s’est opposé à toute fermeture, invoquant des impératifs de sécurité nationale.
Dans ce contexte, Elon Musk a personnellement acquis en juillet la société APR Energy, spécialisée dans les turbines à gaz, pour environ 1 milliard de dollars, s’offrant au passage plus d’un gigawatt de capacité installée. SpaceX a par ailleurs engagé plus de 2,8 milliards de dollars dans des turbines à gaz pour alimenter ses centres de données. Terafab s’inscrit donc dans cette logique de montée en puissance fossile, brique après brique.
C’est ici que la situation devient difficile à ignorer. Tesla propose au marché :
Plus troublant encore : xAI a elle-même acheté pour 269 millions de dollars de Megapacks Tesla plus tôt cette année. Tesla est donc en train de vendre activement ses solutions de stockage à des acteurs du secteur IA, tout en ignorant ces mêmes solutions pour son propre projet phare. Elon Musk a passé des années à défendre une “économie solaire électrique” et à présenter l’énergie spatiale à base de solaire comme une vision à long terme. La vision reste solaire. L’exécution, elle, est au gaz.
La question qui se pose naturellement est celle des motivations réelles derrière ce positionnement. Alimenter une usine de puces fonctionnant 24h/24 et 7j/7 à grande échelle avec du solaire seul est objectivement complexe : ce type d’installation requiert une puissance constante et garantie, ce que l’on appelle de l’énergie “ferme”. Mais Tesla dispose précisément des outils combinés — solaire et stockage — pour construire des systèmes hybrides capables de répondre à cette contrainte.
Le vrai moteur semble être ailleurs, entre la vitesse de déploiement et les intérêts financiers. Tesla représente environ 20 % de la participation d’Elon Musk dans le projet, là où APR Energy, sa nouvelle acquisition dans les turbines à gaz, lui appartient à 100 %. Choisir APR Energy pour l’alimentation de Terafab, c’est donc orienter directement les revenus vers une entité qu’il contrôle intégralement, plutôt que vers Tesla dont il partage les bénéfices avec des dizaines de milliers d’actionnaires. Tesla a été fondée avec pour mission d’accélérer la transition vers une énergie durable. Son principal actionnaire est aujourd’hui à l’origine de l’un des plus grands nouveaux projets d’infrastructure gazière du pays.
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