Cette technique pourrait bien changer le recyclage des batteries de voitures électriques
Chaque année, des milliers de batteries de voitures électriques arrivent en fin de vie automobile, non pas parce qu’elles sont […]
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Le géant chinois des batteries CATL ne cache pas ses ambitions sur le marché américain. Malgré un contexte géopolitique tendu et des barrières commerciales particulièrement élevées, l’entreprise a développé des batteries spécifiquement pensées pour les pickups électriques américains. Une démarche qui illustre à quel point ce segment représente un enjeu commercial considérable, même pour un acteur qui peine à trouver sa place légalement sur le sol américain.
C’est Zhu Lingbo, directeur technique de l’unité internationale de CATL, qui a levé le voile sur ce projet lors d’une prise de parole au siège de l’entreprise en Chine. Il a confirmé que CATL avait développé des batteries dites « hautes », une forme spécifiquement adaptée à l’architecture des pickups américains, dont les soubassements offrent davantage de hauteur disponible que les berlines ou SUV européens. Selon lui, plusieurs constructeurs américains auraient déjà testé ces cellules, sans qu’il précise lesquels.
Reste que les détails techniques concrets font encore défaut. La chimie des cellules, leurs dimensions exactes, leur densité énergétique, leur compatibilité avec les architectures existantes, ainsi que le calendrier de production : rien de tout cela n’a été communiqué officiellement. Le Financial Times, qui a rapporté ces déclarations, ne mentionne par ailleurs aucun constructeur ayant signé un accord ferme. On est donc encore dans le domaine des intentions, même si elles sont clairement affirmées.
Commercialiser directement des batteries chinoises aux États-Unis est aujourd’hui quasiment impossible. Les droits de douane imposés aux produits chinois ont atteint des niveaux prohibitifs, et les exigences de localisation dans la chaîne d’approvisionnement automobile rendent toute importation directe économiquement inviable, voire politiquement irrecevable. CATL en est parfaitement conscient, et c’est précisément pour cette raison que la piste du licensing technologique est ouvertement mise en avant.
Le précédent Ford est éclairant. La marque à l’ovale bleu a concédé des licences à CATL pour fabriquer des cellules LFP (lithium fer phosphate) dans son usine du Michigan. Ces cellules, produites sur le sol américain, permettent de proposer des véhicules électriques à des tarifs plus compétitifs tout en générant des emplois locaux. Pourtant, même cette formule a suscité des critiques de la part de l’administration Trump, qui a contesté le principe même d’un transfert technologique d’origine chinoise. Tesla constitue un autre exemple, avec sa production de cellules LFP au Nevada, officiellement destinées au stockage d’énergie stationnaire.
En janvier 2025, le gouvernement américain a officiellement classé CATL parmi les entreprises entretenant des liens présumés avec l’armée chinoise. Une désignation que le fabricant rejette fermement et qu’il a annoncé contester, y compris par voie judiciaire si nécessaire. Cette étiquette, même contestée, pèse lourd sur la capacité de CATL à nouer des partenariats avec des constructeurs américains sous pression politique.
Les déclarations de Zhu Lingbo interviennent dans un moment diplomatique particulier : des discussions entre le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent et le vice-premier ministre chinois He Lifeng étaient prévues à New York, tandis qu’un sommet Trump-Xi à Washington devait aborder des sujets aussi sensibles que l’intelligence artificielle, les terres rares et la reconduction de la trêve commerciale dont l’échéance est fixée à novembre 2026. Le dossier CATL s’inscrit donc dans une négociation bien plus large, où les batteries ne sont qu’une pièce parmi d’autres.
L’expérience Ford l’a montré clairement : produire physiquement des cellules sur le territoire américain n’efface pas le débat sur l’origine de la technologie. Lors d’une visite de l’usine de batteries Ford dans le Michigan, il est apparu que si l’arrangement permettait de créer des emplois locaux et de baisser les coûts de production, la provenance chinoise du savoir-faire restait un point d’achoppement politique majeur. Pour les batteries destinées aux pickups, la même logique s’appliquera.
Le marché du pickup électrique américain représente pourtant un volume d’affaires considérable. Des modèles comme le Ford F-150 Lightning, le Chevrolet Silverado EV ou le Ram 1500 REV se disputent une clientèle exigeante, attachée à l’autonomie, à la capacité de charge et à la recharge rapide. CATL, qui maîtrise des technologies de pointe en matière de batteries à haute densité énergétique et de recharge ultra-rapide, a objectivement des arguments techniques à faire valoir. Ford a d’ailleurs annoncé que son futur pickup électrique, le Fathom, utilisera des cellules LFP produites au Michigan avec la technologie CATL, ce qui pourrait constituer un premier débouché concret pour les nouvelles cellules « hautes ».
La question n’est donc pas tant de savoir si CATL est capable de fournir des batteries performantes aux constructeurs américains — la réponse est techniquement oui — mais plutôt de déterminer si le contexte politique et commercial permettra à ces partenariats de se concrétiser sans que les entreprises impliquées ne subissent une pression institutionnelle trop forte. Pour l’instant, le chemin reste semé d’embûches, et chaque avancée se négociera autant dans les couloirs diplomatiques que dans les bureaux d’ingénierie.
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