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Deux bornes rapides sur votre route : l’une sur le trajet, l’autre à quelques kilomètres, affichée moins cher. Le détour est rentable tant que l’économie réalisée sur le kWh dépasse le coût de l’énergie supplémentaire nécessaire pour rouler ces kilomètres en plus. Dans les trois exemples fictifs ci-dessous, le seuil d’annulation va de 9,1 km à 100 km supplémentaires, selon le volume acheté et l’écart de prix.
Comparer deux parcours complets, pas deux prix au kWh
Le piège classique consiste à multiplier l’écart de prix par les kWh rechargés et à s’arrêter là. Or le parcours passant par la borne B consomme davantage, et vous devez racheter cette énergie, au prix de B. Pour que la comparaison soit honnête, les deux parcours doivent partir du même point, arriver à la même destination et laisser la même énergie dans la batterie à l’arrivée. Sinon, une facture plus basse peut simplement cacher une batterie plus vide.
Voici les notations utilisées. A est la recharge sur le trajet de référence, B la recharge moins chère avec détour. Q représente les kWh facturés chez A, pA et pB les prix TTC par kWh, D les kilomètres supplémentaires du parcours complet, et cf les kWh à acheter pour 100 km supplémentaires.
Économie nette : G = Q × (pA − pB) − D × cf × pB / 100
À Dmax, l’économie est nulle ; au-delà, vous payez plus. Attention à D : une borne située à 5 km d’une sortie peut représenter 10 km de plus, aller et retour sur l’axe, selon le chemin de retour. Autre point : utilisez le prix que vous payez vraiment. Fastned distingue ses tarifs selon le mode de paiement et signale d’éventuels frais d’intermédiaire, et la FAQ française d’IONITY précise que les prix peuvent varier d’une station à l’autre dans un même pays, le tarif applicable s’affichant sur le canal de paiement utilisé. Comparez donc deux stations précises, avec votre badge ou votre application.
Les prix ci-dessous sont fictifs et ne correspondent à aucun opérateur : ils servent uniquement à montrer le mécanisme.
Scénario
Prix A / B
Énergie Q
cf
Détour
Factures A / B
Résultat
Seuil
Écart important
0,60 / 0,40 €/kWh
40 kWh
20 kWh/100 km
20 km
24 € / 17,60 € (44 kWh chez B)
Gain de 6,40 €
100 km
Petit écart, appoint
0,60 / 0,55 €/kWh
20 kWh
20 kWh/100 km
10 km
12 € / 12,10 € (22 kWh chez B)
Perte de 0,10 €
9,1 km
Grosse recharge, conso élevée
0,65 / 0,45 €/kWh
50 kWh
25 kWh/100 km
40 km
32,50 € / 27 € (60 kWh chez B)
Gain de 5,50 €
88,9 km
Le raisonnement se résume en deux étapes. D’abord, un budget détour : volume acheté multiplié par l’écart de prix (8 €, 1 € et 10 € dans les trois cas). Ensuite, un coût au kilomètre du détour : cf × pB / 100, soit 0,08 €/km, 0,11 €/km et environ 0,11 €/km. Divisez le budget par ce coût et vous retrouvez le seuil : 8 / 0,08 = 100 km pour le premier cas, 1 / 0,11 ≈ 9,1 km pour le deuxième.
Le deuxième scénario est le plus parlant : 5 centimes d’écart sur un appoint de 20 kWh ne financent presque aucun kilomètre. Dans le premier, un écart de 20 centimes sur 40 kWh laisse de la marge. Notez aussi que le troisième scénario, avec un détour de 40 km, reste gagnant parce que le budget est élevé, même si la consommation est plus forte.
Ici, cf n’est pas forcément le chiffre affiché au tableau de bord. C’est la quantité d’énergie que vous devez acheter pour 100 km de plus. Si vous partez de la consommation prélevée dans la batterie, notée c, la formule devient cf = c / η, où η est le rendement entre énergie facturée et énergie stockée. Aucune valeur universelle de η n’est retenue ici : elle dépend du véhicule, de la borne et de la température.
Les essais de l’ADAC sur la recharge en courant continu séparent l’énergie tirée du réseau, celle délivrée par la borne et celle effectivement stockée dans la batterie. Conséquence pour votre calcul : les pertes du convertisseur de la station ne sont pas à ajouter automatiquement aux kWh facturés, puisque le compteur ne les met pas toujours à votre charge. Les mêmes essais rappellent que chauffer la batterie pendant le trajet ne supprime pas la dépense d’énergie, elle se déplace. Un détour hivernal ne coûte donc pas le même nombre de kWh qu’un détour estival.
Temps, péage et frais annexes : à traiter à part
Le temps ne se convertit pas automatiquement en euros. À titre d’exemple fictif, 6,40 € économisés pour 15 minutes de plus correspondent à un équivalent de 25,60 € l’heure, sans que ce soit une rémunération : à vous de juger si cela vaut votre quart d’heure. Distinguez le temps de conduite supplémentaire, l’éventuelle différence de durée de recharge entre les deux stations (puissance, courbe de charge) et l’attente à la borne. Aucun de ces éléments n’est mesuré dans ces simulations, et le trafic ne l’est pas non plus.
Si le détour entraîne un péage, un stationnement ou d’autres frais F, retranchez-les du budget : Dmax = 100 × [Q × (pA − pB) − F] / (cf × pB). Quand Q × (pA − pB) − F est nul ou négatif, aucun détour n’est rentable. Avant de quitter votre itinéraire, vérifiez cinq points :
le prix TTC par kWh de chaque station, avec le moyen de paiement que vous utiliserez ;
le nombre de kWh à recharger réellement, car un petit appoint réduit le budget ;
les kilomètres supplémentaires du parcours complet, retour compris ;
votre consommation du moment, en kWh à acheter pour 100 km ;
les frais annexes et le temps que vous acceptez de perdre.
Pour décider vite sur la route, calculez d’abord votre budget (kWh à recharger × écart de prix), puis divisez-le par le coût d’un kilomètre de détour (cf × prix de B / 100). Si la distance supplémentaire réelle est nettement inférieure au résultat, le détour paie ; si elle s’en approche, restez sur votre trajet.
Rédigé par François Zhang-Ming
J'ai toujours montré un vif intérêt pour les sciences et les technologies dès mon plus jeune âge. Je possède une double culture, chinoise par ma mère et française par mon père mais aussi par mes études, ce qui me permet d'être très familier avec les innovations technologiques de l'extrême orient.
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