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BMW hésite à relancer des voitures électriques qui roulent à l’essence

Albert Lecoq

Le constructeur bavarois a marqué l’histoire avec sa BMW i3 REx, première voiture électrique à intégrer un petit moteur thermique servant uniquement à recharger la batterie. Alors que plusieurs marques américaines et asiatiques s’engagent aujourd’hui sur cette voie avec des modèles annoncés chez Scout, Ram ou Hyundai, BMW observe la tendance avec prudence. Bernd Körber, responsable produit chez BMW, l’a confirmé récemment : la marque dispose des compétences techniques pour développer un nouveau prolongateur d’autonomie, mais elle n’est pas convaincue que le besoin soit réellement justifié en 2025.

La technologie REx : un concept né d’une époque révolue

Quand BMW a commercialisé la i3 REx en 2014, le paysage de la mobilité électrique était radicalement différent. Les bornes de recharge rapide se comptaient sur les doigts d’une main dans la plupart des pays européens, et les batteries offraient des capacités limitées. La i3 de première génération affichait une autonomie réelle d’environ 130 kilomètres, ce qui rendait les trajets interurbains anxiogènes pour beaucoup d’utilisateurs. Le petit moteur bicylindre emprunté à une moto BMW et logé sous le coffre apportait alors 145 kilomètres supplémentaires grâce à un réservoir d’essence de neuf litres. Cette solution ingénieuse permettait de franchir les zones blanches du réseau de charge sans stress.

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La donne a changé lorsque BMW a amélioré la i3 en 2018 avec une batterie portée à 42,2 kWh et une autonomie WLTP de 310 kilomètres. À ce moment-là, la marque a abandonné la variante REx, estimant que l’augmentation de capacité rendait le prolongateur moins pertinent. Les infrastructures de recharge s’étaient parallèlement développées, réduisant l’angoisse de la panne sèche qui motivait l’achat de cette technologie hybride particulière.

Des arguments techniques qui affaiblissent le besoin d’un générateur

Les dernières voitures électriques BMW illustrent parfaitement pourquoi le constructeur hésite à réintroduire un prolongateur. Les modèles actuels franchissent la barre des 805 kilomètres d’autonomie selon le cycle WLTP, avec des capacités de charge ultra-rapide atteignant 400 kW. À cette puissance, vous récupérez plusieurs centaines de kilomètres en moins de vingt minutes sur une borne adaptée. Ces performances techniques réduisent considérablement l’intérêt d’embarquer un moteur thermique additionnel qui alourdit le véhicule, complexifie la maintenance et augmente les coûts de production.

Körber le reconnaît lui-même : développer un prolongateur depuis une plateforme électrique existante représente un défi technique modéré pour BMW. La marque possède l’expertise nécessaire, mais se pose la question de la cohérence avec son identité. Un BMW doit offrir un certain dynamisme, un comportement routier spécifique. Intégrer un générateur thermique tout en préservant ces caractéristiques demande un travail d’intégration poussé que la marque n’entreprendra que si la demande du marché le justifie clairement.

Les rares tentatives du marché occidental

Depuis l’arrêt de la i3 REx, peu de constructeurs ont proposé des véhicules électriques à prolongateur sur les marchés européens et américains. Mazda a tenté l’aventure avec le MX-30 R-EV, utilisant un moteur rotatif Wankel comme générateur électrique, mais les ventes sont restées confidentielles. Le système e-Power de Nissan adopte un principe similaire où le moteur thermique ne propulse jamais directement les roues, servant uniquement à alimenter le moteur électrique, mais il s’agit davantage d’une motorisation hybride série que d’un véritable prolongateur au sens où BMW l’entendait avec la i3.

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La situation pourrait évoluer avec l’arrivée programmée de plusieurs modèles chez des marques américaines. Scout prévoit des versions à prolongateur pour ses futurs SUV, Ram et Jeep explorent également cette piste pour rassurer leur clientèle traditionnellement attachée aux longs trajets sans contrainte de recharge. Bloomberg a même rapporté en novembre dernier que BMW envisageait des versions à prolongateur pour les X5 et Série 7 destinées au marché chinois. Le constructeur n’a ni confirmé ni démenti, se contentant d’indiquer qu’il analysait en permanence les besoins clients et les évolutions du marché.

Infrastructure de recharge : le facteur décisif

L’argument principal qui pourrait relancer l’intérêt pour les prolongateurs d’autonomie reste la couverture inégale du réseau de charge rapide. Si les grandes métropoles et les axes autoroutiers européens disposent désormais d’une infrastructure convenable, certaines zones rurales ou périphériques accusent encore un retard. Aux États-Unis, malgré les investissements massifs dans les bornes Tesla Supercharger et les réseaux tiers, des régions entières restent mal desservies. Pour les conducteurs de ces territoires, un petit générateur thermique procurant 150 à 200 kilomètres supplémentaires conserve un attrait psychologique indéniable.

BMW semble adopter une stratégie d’observation prudente. Plutôt que de se précipiter sur une tendance émergente, la marque préfère attendre de voir si un véritable marché se dessine. Si les ventes de modèles purement électriques déçoivent dans certaines régions ou catégories, le prolongateur pourrait revenir dans les cartons. La flexibilité technologique revendiquée par Körber permet cette réactivité, sans engagement prématuré sur une solution qui pourrait s’avérer superflue dans quelques années.

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Une décision conditionnée par l’ADN de la marque

Le responsable produit de BMW insiste sur un point crucial : tout prolongateur éventuel devrait respecter les standards de conduite de la marque. Les BMW se distinguent par un certain équilibre châssis, une répartition des masses, une réactivité du train avant. Ajouter un générateur thermique modifie ces paramètres. Le poids supplémentaire, son positionnement dans le véhicule, les vibrations potentielles, tout doit être maîtrisé pour ne pas dénaturer l’expérience de conduite. Cette exigence qualitative explique pourquoi BMW ne se contentera pas d’un ajout opportuniste, mais exigera une intégration irréprochable si elle se lance.

La situation actuelle reflète la maturité croissante du secteur électrique. Les constructeurs disposent désormais de batteries performantes, de systèmes de charge ultra-rapides et d’une infrastructure en expansion constante. Dans ce contexte, le prolongateur d’autonomie apparaît moins comme une innovation nécessaire que comme une option de niche pour certains profils d’utilisateurs ou certains marchés spécifiques. BMW garde cette carte dans sa manche, prête à la jouer si le contexte l’impose, mais sans conviction affichée que ce jour viendra prochainement.

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