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Vous parlez mal de BYD ? Voilà ce que ça vous coûtera, et ce n’est pas une blague

François Zhang-Ming

Le constructeur automobile chinois BYD a décidé de durcir le ton face aux critiques en ligne. L’entreprise vient d’engager des poursuites judiciaires contre 37 influenceurs qu’elle accuse de diffamation, tout en plaçant 126 autres créateurs de contenu sur une liste de surveillance. Cette démarche illustre une approche particulièrement stricte de la gestion de l’image de marque, bien différente des pratiques occidentales.

Pour encourager la dénonciation de contenus jugés préjudiciables, BYD a mis en place un département spécialisé baptisé “Bureau Anti-Fraude Information”. Ce service propose des récompenses allant de 50 000 à 5 millions de yuans (soit entre 6 900 et 690 000 dollars) pour toute information crédible concernant des campagnes de dénigrement. Une stratégie qui témoigne de l’importance accordée par le géant chinois à son image publique.

Des amendes qui font réfléchir les créateurs de contenu

Les cas traités par BYD révèlent la sévérité des sanctions appliquées. Un influenceur a été condamné à présenter des excuses publiques et à payer une amende de 100 000 yuans (environ 13 800 dollars) après avoir accusé l’entreprise de manipuler des créateurs de contenu pour qu’ils critiquent les marques concurrentes. Un autre s’est vu infliger une sanction similaire pour avoir affirmé que BYD était financièrement instable et au bord de la faillite.

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Ces montants restent modestes comparés à d’autres affaires du secteur automobile chinois. En août 2023, Nissan Dongfeng a obtenu 5 millions de yuans de dommages et intérêts contre un influenceur qui avait publié plus de 50 vidéos TikTok dénigrant les véhicules de la marque. Tesla a également engagé une procédure similaire en 2022, réclamant initialement le même montant avant d’accepter un arrangement à l’amiable pour une somme bien inférieure.

Une pratique courante en Chine, rare en Occident

Cette approche judiciaire n’est pas isolée dans l’industrie automobile chinoise. Great Wall Motor et Changan Automobile ont également eu recours aux tribunaux contre des influenceurs. Cette pratique contraste fortement avec les usages occidentaux, où les constructeurs privilégient généralement la négociation ou les demandes de retrait de contenu.

L’exemple le plus célèbre en Occident reste l’affaire Tesla contre Top Gear en 2008, après que Jeremy Clarkson eut formulé des critiques exagérées sur la Roadster originale. Le tribunal avait finalement débouté Tesla, estimant qu’il était impossible de prouver une intention malveillante de la part de l’émission britannique.

Un contexte juridique chinois particulièrement strict

Le cadre légal chinois explique en grande partie cette différence d’approche. La diffamation y constitue une infraction pénale et critiquer des entreprises importantes, souvent liées à l’État ou au Parti communiste, peut rapidement créer des complications juridiques majeures. Cette réalité s’applique particulièrement aux personnalités disposant d’une large audience, même lorsque leurs critiques contiennent une part de vérité.

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Pour les influenceurs chinois, les conséquences peuvent être dramatiques. Les réparations financières réclamées par certaines entreprises peuvent conduire à la ruine, tandis que les poursuites judiciaires risquent de mettre fin définitivement à leur carrière. Cette épée de Damoclès pousse naturellement les créateurs de contenu à une grande prudence dans leurs commentaires.

  • BYD a créé un département spécialisé dans la lutte contre les contenus défavorables
  • Les récompenses pour dénoncer des campagnes de dénigrement peuvent atteindre 690 000 dollars
  • Les amendes infligées aux influenceurs varient de quelques milliers à plusieurs millions de yuans
  • 126 créateurs de contenu font actuellement l’objet d’une surveillance particulière

Cette stratégie de BYD s’inscrit dans un contexte où le constructeur cherche à protéger sa réputation internationale alors qu’il s’impose comme l’un des leaders mondiaux du véhicule électrique. Le message envoyé aux influenceurs et créateurs de contenu est sans ambiguïté : la prudence est de mise lorsqu’il s’agit d’évoquer la marque chinoise, sous peine de conséquences financières et juridiques lourdes.

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