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Cette batterie européenne peut stocker de l’énergie pendant quatre jours d’affilée

Michael Ptaszek

Le stockage de longue durée est l’un des maillons faibles de la transition énergétique. Les panneaux solaires et les éoliennes produisent de l’électricité selon le bon vouloir de la météo, pas selon les besoins du réseau. Résultat : des gigawatts de production d’énergie renouvelable sont parfois tout simplement gaspillés faute de pouvoir être stockés, tandis que les centrales à gaz ou à charbon prennent le relais lors des périodes creuses. C’est précisément ce problème qu’une startup néerlandaise entend résoudre avec une technologie aussi surprenante que sobre dans ses matériaux : la batterie air-fer.

Ore Energy et son pari sur la batterie air-fer en Europe

Fondée aux Pays-Bas, Ore Energy vient de signer ce qui serait le plus grand contrat de stockage air-fer jamais conclu sur le continent européen. L’accord a été passé avec le fournisseur d’énergie néerlandais Budget Thuis et porte sur le déploiement d’1 gigawattheure (GWh) de capacité de stockage. La première phase, déjà engagée, représente 400 mégawattheures (MWh) et doit être livrée en 2028. Ce contrat est également une première en Europe en tant qu’accord de stockage air-fer conclu avec un fournisseur d’énergie commercial.

La startup ne s’arrête pas là. Elle vient de boucler une levée de fonds en Série A de 43 millions de dollars, auprès des fonds Plural et HV, portant son financement total à plus de 61 millions de dollars. L’objectif affiché est d’ouvrir un premier site de production industrielle avant de viser une capacité de fabrication à l’échelle du gigawattheure d’ici 2028. La trajectoire est ambitieuse, mais les projets pilotes déjà réalisés donnent une certaine crédibilité à la feuille de route.

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Comment fonctionne une batterie air-fer et pourquoi c’est différent

Contrairement aux batteries lithium-ion qui sont conçues pour restituer leur énergie sur quelques heures — généralement deux à quatre heures dans le cadre de projets de stockage réseau —, les batteries air-fer d’Ore Energy peuvent stocker de l’électricité pendant jusqu’à 100 heures, soit plus de quatre jours consécutifs. La technologie repose sur trois éléments : du fer, de l’eau et de l’air. Lors de la charge, l’électricité convertit de la rouille en fer métalique. Lors de la décharge, le fer s’oxyde à nouveau au contact de l’air, libérant de l’énergie. Le cycle est simple, peu coûteux à reproduire et repose sur des matériaux abondants et disponibles en Europe, ce qui permet à Ore Energy d’éviter toute dépendance aux métaux critiques comme le lithium, le cobalt ou le nickel.

Les unités sont conditionnées dans des conteneurs de 40 pieds (environ 12 mètres) modulables et interconnectables pour augmenter la capacité selon les besoins. La durée de stockage peut être configurée entre 24 et 100 heures, ce qui offre une flexibilité réelle selon les profils de production et de consommation locaux. Le système est directement raccordable au réseau électrique existant, comme l’ont démontré les deux projets pilotes déjà réalisés : l’un à Delft aux Pays-Bas pour tester l’intégration au réseau européen, l’autre en partenariat avec EDF en France entre août et novembre 2025, lors duquel quatre jours de stockage continu ont été validés dans des conditions réelles d’exploitation — une première européenne pour une installation air-fer connectée au réseau.

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Les avantages et les limites réelles de la technologie

Il serait malhonnête de ne pas aborder les contraintes de cette technologie. La batterie air-fer n’est pas aussi efficiente que le lithium-ion : elle perd davantage d’énergie lors des cycles de charge et de décharge, et elle est nettement plus volumineuse à capacité égale. Ce sont des inconvénients réels. Mais dans le cadre d’un stockage de masse à l’échelle du réseau, ces paramètres comptent moins que le coût total du système. Et c’est précisément là que les matériaux simples et peu onéreux de la technologie air-fer lui confèrent un avantage structurel sur le lithium-ion pour ce type d’usage.

Il y a également une question économique légitime à poser. Une batterie conçue pour des cycles de 100 heures est, par définition, moins souvent cyclée qu’une batterie lithium-ion qui charge et décharge plusieurs fois par jour. Moins de cycles signifie moins de revenus générés à capacité équivalente. Une installation de 1 GWh fonctionnant à 10 MW ne génère pas le même niveau de revenus qu’une batterie lithium-ion qui pourrait délivrer cette même quantité d’énergie en une ou deux heures. La viabilité économique dépend donc directement d’un coût d’investissement suffisamment bas pour compenser la fréquence réduite des cycles. Ore Energy n’a pas encore communiqué de chiffres précis sur ce point, ce qui reste un paramètre à surveiller.

Le contexte européen : pourquoi ce type de stockage devient urgent

Les réseaux électriques européens sont confrontés à une réalité de plus en plus fréquente : l’écrêtement de la production renouvelable. En clair, des parcs éoliens et solaires sont temporairement mis hors service parce que le réseau ne peut pas absorber toute l’énergie produite. Ce phénomène représente des milliards d’euros de production gaspillée chaque année, pendant que des centrales fossiles tournent en parallèle pour couvrir les périodes sans vent ni soleil.

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Voici ce que le stockage longue durée permet concrètement de faire :

  • Absorber les surplus de production éolienne ou solaire lors des pics de génération
  • Restituer cette énergie sur plusieurs jours en cas de météo défavorable prolongée
  • Réduire l’exposition aux prix volatils des énergies fossiles pour les fournisseurs d’électricité
  • Stabiliser le réseau en limitant les écarts brutaux entre offre et demande
  • S’appuyer sur une chaîne d’approvisionnement européenne, sans dépendance aux minerais importés

Pour Budget Thuis, l’objectif est clair : stocker l’énergie éolienne excédentaire lorsqu’elle est abondante et bon marché, puis la revendre lorsque la production renouvelable chute et que les prix de l’électricité remontent. C’est une logique d’arbitrage temporel qui n’a rien de révolutionnaire dans son principe, mais qui nécessite précisément ce type de stockage multi-journées pour être vraiment efficace.

Ce que cela signifie concrètement pour la transition énergétique

Le déploiement prévu pour 2028 sera un test grandeur nature à une échelle jusqu’ici inédite pour cette technologie en Europe. Les batteries lithium-ion resteront dominantes pour le stockage court et le soutien réseau au quotidien — elles sont plus réactives, plus efficientes et déjà déployées massivement. Mais elles ne sont pas conçues pour combler des creux de production qui durent plusieurs jours, comme ceux que l’on observe régulièrement en hiver dans les pays très dépendants de l’éolien.

La complémentarité entre ces deux technologies semble être la piste la plus réaliste. Le lithium-ion gère les fluctuations quotidiennes, l’air-fer absorbe les déficits prolongés. Si Ore Energy réussit à démontrer la viabilité économique de son modèle à l’échelle du GWh, d’autres fournisseurs européens pourraient rapidement s’intéresser à cette approche. Le contrat avec Budget Thuis est d’abord un signal commercial : la technologie est suffisamment mature pour qu’un acteur du marché de l’énergie s’y engage avec des volumes réels et des délais fermes.

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