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Cette voiture électrique solaire “révolutionnaire” se vend désormais moins de 900 euros

Philippe Moureau

Sono Motors, la startup allemande qui promettait de révolutionner la mobilité avec sa voiture électrique solaire capable de récupérer 240 kilomètres d’autonomie gratuite par jour grâce au soleil, a fait faillite en 2023. Ses prototypes et composants sont aujourd’hui mis aux enchères à des prix dérisoires sur une plateforme autrichienne. Une chute spectaculaire pour un projet qui avait pourtant séduit 45 000 précommandes payantes.

Des enchères à prix cassés pour les vestiges d’un rêve solaire

Sur le site d’enchères autrichien Aurena.at, vous pouvez désormais acquérir une douzaine de moteurs électriques neufs à partir de 50 euros pièce seulement. Les sièges avant démarrent à 14 euros, la banquette arrière à 30 euros, et une caisse nue sans panneaux de carrosserie à partir de 100 euros. L’inventaire comprend une multitude de pièces détachées incluant les éléments de suspension, les garnitures intérieures et bien sûr, les fameux panneaux solaires qui constituaient le cœur de l’innovation.

Les prototypes complets représentent les lots les plus attractifs de cette vente. Parmi eux, une curieuse mule basée sur une Renault Twingo équipée de phares de Mercedes Classe A première génération, proposée à partir de 600 euros. Un autre prototype fonctionnel doté d’un système d’infodivertissement opérationnel et d’un habillage de camouflage atteignait déjà 750 euros d’enchères au moment de notre analyse. L’offre inclut même un prototype vert accidenté utilisé pour les tests de collision, destiné aux plus téméraires.

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L’histoire mouvementée du projet Sion

Le parcours de Sono Motors illustre parfaitement les défis auxquels font face les startups automobiles. Lancé en 2017 via une campagne de financement participatif Indiegogo qui avait levé plus de 700 000 dollars grâce à 1 100 précommandes, le projet Sion promettait initialement une livraison dès 2019. La première version embarquait 330 cellules solaires capables de générer environ 29 kilomètres d’autonomie quotidienne, complétant les 160 kilomètres offerts par la batterie de 30 kWh.

Les ambitions se sont rapidement étoffées. La version finale du Sion intégrait 456 demi-cellules solaires dans la carrosserie, théoriquement capables de fournir entre 110 et 240 kilomètres d’autonomie gratuite simplement en stationnant au soleil. La batterie avait également évolué vers un pack lithium-fer-phosphate de 54 kWh autorisant jusqu’à 305 kilomètres d’autonomie totale. La recharge s’effectuait à 75 kW en courant continu et 11 kW en courant alternatif.

Les limites techniques et économiques du concept

Malgré un prix de vente annoncé à seulement 25 000 dollars, plusieurs obstacles ont progressivement miné le projet. La production avait été confiée à Valmet Automotive en Finlande, le même équipementier qui fabriquait la Fisker Karma, mais les dates de livraison ont été constamment repoussées. La conception elle-même a subi de multiples modifications : abandon du modèle d’entrée de gamme prévu pour 80 à 95 kilomètres d’autonomie, réduction de six à cinq places pour maîtriser les coûts de production.

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Les performances promises restaient impressionnantes sur le papier. Voici les principales spécifications techniques de la version finale :

  • 456 demi-cellules solaires intégrées dans la carrosserie
  • Batterie LFP de 54 kWh pour 305 km d’autonomie
  • Recharge rapide jusqu’à 75 kW
  • Génération solaire quotidienne : 110 à 240 km selon l’exposition
  • Prix de vente prévu : 25 000 dollars

Un marché des véhicules solaires encore immature

L’échec de Sono Motors s’inscrit dans une tendance plus large d’entreprises spécialisées dans les véhicules électriques solaires qui peinent à atteindre la viabilité commerciale. Les contraintes technologiques actuelles limitent considérablement l’efficacité des panneaux photovoltaïques intégrés, particulièrement sous nos latitudes européennes où l’ensoleillement reste variable.

La startup allemande avait pourtant tenté de démontrer la faisabilité de son concept lors d’une tournée de trois semaines aux États-Unis en 2022, profitant d’un ensoleillement plus favorable. Fin 2022, l’entreprise revendiquait même 45 000 réservations payantes, suggérant un réel intérêt du public pour cette technologie. L’effondrement début 2023 résulte finalement de “conditions déprimées sur les marchés de capitaux” selon les termes de l’entreprise, qui a préféré se reconvertir dans la vente de panneaux solaires aux professionnels.

Ces enchères marquent la fin d’une aventure entrepreneuriale audacieuse qui aura au moins eu le mérite d’explorer les possibilités d’intégration du solaire dans l’automobile. Les acquéreurs potentiels doivent garder à l’esprit qu’aucun prototype n’est homologué pour la route et qu’aucune documentation technique n’accompagne les lots, rendant leur utilisation pratique particulièrement complexe.

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