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Des têtes de poupées pour tromper le FSD de Tesla : la dérive qui inquiète

Michael Ptaszek

En Chine, des propriétaires de Tesla ont trouvé une astuce aussi ingénieuse que préoccupante pour neutraliser le système de surveillance du conducteur intégré à leurs véhicules. Le principe est simple : coller une tête de poupée de la taille d’une balle de ping-pong directement devant la caméra habitacle de la voiture. Résultat, le système croit que vous regardez la route, alors que vous pouvez faire autre chose. Cette pratique, relayée par Wired, soulève des questions sérieuses sur la fiabilité réelle des systèmes d’assistance à la conduite et sur la sécurité routière en général.

Comment fonctionne la surveillance du conducteur chez Tesla

Pour bien comprendre le problème, il faut d’abord rappeler comment Tesla surveille l’attention de ses conducteurs. Les fonctions Autopilot et Full Self-Driving (FSD) sont toutes deux classées comme des systèmes d’assistance de niveau 2, selon la classification SAE. Cela signifie que la voiture peut gérer la direction, l’accélération et le freinage dans certaines conditions, mais que le conducteur doit rester attentif et prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Pour s’en assurer, Tesla s’appuie sur une caméra orientée vers l’habitacle qui analyse en temps réel la position de la tête et des yeux du conducteur.

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Si le système détecte que vous regardez votre téléphone, le système multimédia ou un passager pendant trop longtemps, il vous envoie des alertes répétées pour vous rappeler de garder les yeux sur la route. C’est précisément ce mécanisme que les utilisateurs cherchent à contourner. La caméra ne faisant pas la différence entre un vrai visage humain et une réplique en plastique correctement positionnée, une tête de poupée suffit à tromper l’algorithme et à couper court aux avertissements.

Des “compagnons de voyage” vendus ouvertement sur les sites e-commerce chinois

Ce qui frappe, c’est la banalisation de cette pratique. Des sites de commerce en ligne chinois proposent désormais ces objets sous l’appellation de “compagnons de voyage”, commercialisés explicitement pour les propriétaires de Tesla. Certains modèles arborent même les traits de célébrités comme Dwayne “The Rock” Johnson, histoire d’ajouter une touche d’humour à ce qui reste une manœuvre dangereuse. La tête est montée sur une ventouse et se positionne directement face à la caméra de surveillance, neutralisant ainsi toute alerte du système.

Un conducteur interrogé par Wired a reconnu avoir utilisé cette méthode pendant 400 kilomètres sur un trajet de 640 kilomètres, lui permettant de parcourir des séquences de 30 minutes sans aucune interruption. Pendant ce temps, il mangeait des graines de tournesol d’une main et filmait la scène de l’autre. Ce témoignage résume à lui seul le niveau de désinvolture que ce type de contournement peut engendrer.

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Un jeu du chat et de la souris qui dure depuis des années

La tête de poupée n’est que la dernière itération d’une longue série de tentatives de contournement. Chaque évolution du système de surveillance a engendré une nouvelle parade de la part de certains utilisateurs :

  • Lorsque Tesla mesurait l’attention via le couple appliqué sur le volant, des conducteurs fixaient des contrepoids d’un côté du volant pour simuler une main dessus, tout en conduisant les mains libres.
  • Lors du déploiement de la surveillance par caméra, certains ont tenté de tromper le système avec des photos imprimées de leur propre visage.
  • D’autres utilisent aujourd’hui des impressions lenticulaires ou de petits écrans affichant une image de visage en mouvement pour mieux simuler une présence humaine.

Ce bras de fer permanent illustre un problème structurel : calibrer correctement un système de surveillance du conducteur est un exercice d’équilibriste. Trop sensible, il multiplie les faux positifs et pousse les conducteurs à le désactiver ou à le contourner par lassitude. Trop permissif, il devient inefficace et facilement neutralisable. Et chaque fois qu’un constructeur colmate une faille, des conducteurs motivés en cherchent immédiatement une autre.

Les risques réels derrière une pratique en apparence anodine

Au-delà de l’aspect amusant que certains peuvent y voir, les conséquences potentielles de ces contournements sont loin d’être négligeables. Un véhicule de près de 2 000 kilogrammes se déplaçant à vitesse autoroutière avec un conducteur qui regarde des vidéos ou consulte son téléphone, c’est une menace directe pour les autres usagers de la route. Le système d’assistance, même aussi avancé que le FSD de Tesla, n’est pas conçu pour gérer l’intégralité des situations imprévues sans intervention humaine.

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Tesla a parfaitement conscience du problème. L’objectif à long terme de la marque reste de rendre la surveillance du conducteur obsolète en atteignant une autonomie complète de niveau 4 ou 5, où la voiture gère l’ensemble de la conduite sans nécessiter d’intervention humaine. Mais cette étape n’est pas encore franchie, et en attendant, c’est bien un être humain — ou une poupée en plastique — qui se trouve derrière le volant. La frontière entre la commodité technologique et la mise en danger d’autrui mérite d’être rappelée, même si beaucoup préfèrent l’ignorer.

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