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La chute des ventes électriques pousse Ford à une stratégie surprenante

Alexandra Dujonc

Le constructeur américain Ford vient d’inaugurer sa nouvelle usine de batteries électriques dans le Kentucky aux Etats-Unis, mais l’objectif ne se limite pas à équiper ses propres véhicules. Face à des ventes en berne et une rentabilité difficile à atteindre, Ford explore une stratégie inédite : transformer ses batteries électriques en source de revenus complémentaire en les vendant à d’autres constructeurs ou entreprises de stockage d’énergie.

Une usine de batteries qui cherche de nouveaux débouchés

BlueOval SK, la coentreprise entre Ford et le sud-coréen SK On, a officiellement lancé la production dans son usine de Glendale, Kentucky, ce mardi. Si ces batteries lithium-ion sont initialement destinées au pick-up électrique F-150 Lightning, Michael Adams, PDG de BlueOval SK, ne cache pas ses ambitions plus larges. “Nos deux entreprises mères recherchent activement de nouvelles opportunités commerciales”, a-t-il déclaré à Bloomberg, précisant que la priorité de sécuriser de nouveaux clients est “assez élevée”.

Cette approche révèle une réalité que Ford préfère sans doute garder discrète : l’usine produit plus de batteries que nécessaire pour ses propres besoins. Les acheteurs potentiels incluent des entreprises spécialisées dans le stockage d’énergie ou d’autres constructeurs automobiles. Un rapport Bloomberg évoquait d’ailleurs des négociations avancées avec Nissan, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été communiquée.

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Des ventes électriques en chute libre

Cette stratégie de diversification intervient dans un contexte particulièrement tendu pour Ford. Les ventes de véhicules électriques de la marque ont chuté de près de 10% au cours des sept premiers mois de 2025, comparativement à la même période l’année précédente. Une performance décevante qui s’explique en partie par l’expiration prochaine du crédit d’impôt de 7 500 dollars fin septembre, rendant le marché encore plus concurrentiel.

Face à ces difficultés, BlueOval SK a déjà revu ses ambitions à la baisse. L’usine du Kentucky, initialement prévue pour employer 2 500 ouvriers, n’en comptera finalement que 1 450. Ford a même suspendu la production d’une seconde usine dans le même État, dans le cadre d’une réorientation stratégique plus large. Seule la troisième usine, située dans le Tennessee, devrait débuter sa production en 2027, malgré le report du pick-up électrique nouvelle génération à 2028.

Une nouvelle plateforme pour des véhicules abordables

Pour sortir de cette impasse, Ford mise tout sur sa nouvelle “Ford EV Universal Platform”, conçue pour produire des voitures électriques plus abordables tout en préservant la rentabilité. Le premier véhicule basé sur cette plateforme sera un pick-up électrique de taille moyenne, affiché à partir de 30 000 dollars, avec des livraisons prévues dès 2027.

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La stratégie technique s’appuie sur des batteries lithium-fer-phosphate (LFP) à coût réduit, fabriquées dans le Michigan grâce à une technologie sous licence du géant chinois CATL. Ce choix technologique, moins onéreux que les batteries lithium-ion traditionnelles, devrait permettre de proposer des tarifs plus attractifs sans sacrifier l’autonomie.

TechnologieCoûtAvantagesUtilisation prévue
Lithium-ionÉlevéHaute densité énergétiqueF-150 Lightning
LFP (Lithium-fer-phosphate)RéduitSécurité, longévitéNouvelle plateforme universelle

La rentabilité avant tout

Cette réorientation stratégique s’impose d’elle-même quand on examine les chiffres de Ford. Sa division véhicules électriques, Model e, a accusé des pertes de 5,1 milliards de dollars l’année dernière, et la direction prévient que 2025 pourrait être encore pire en raison des investissements massifs dans les modèles nouvelle génération.

Jim Farley, PDG de Ford, a fixé un objectif clair : le premier modèle de la nouvelle plateforme devra être rentable dès sa première année de commercialisation. Dans ce contexte, la vente de batteries excédentaires représente une source de revenus supplémentaire non négligeable pour redresser la barre.

Ford n’est pas le seul constructeur à explorer cette voie. Toyota prévoit de vendre des batteries à Honda pour ses véhicules hybrides à partir de 2026, depuis sa nouvelle usine de Caroline du Nord. Cette tendance illustre une mutation du secteur, où les constructeurs cherchent à rentabiliser leurs investissements en batteries au-delà de leurs propres gammes, transformant un centre de coût en centre de profit potentiel.

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