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Présenté au Salon de Pékin en avril 2026, le Geely EVA Cab attire l’attention par une promesse précise : être le premier véhicule chinois conçu intégralement pour le taxi autonome, sans compromis lié à une plateforme automobile existante. Geely va loin dans l’affirmation, mais la réalité mérite qu’on y regarde de plus près. Voici ce que l’on sait réellement de ce véhicule, ce qu’il implique pour le secteur du transport autonome électrique, et pourquoi son déploiement à grande échelle reste un pari loin d’être gagné.
Le Geely EVA Cab est le fruit d’une collaboration tripartite entre Geely, la société de technologie de conduite autonome Afari Technology, et CaoCao Mobility, la division de covoiturage du groupe Geely. Le véhicule a été officiellement dévoilé lors du Salon automobile de Pékin, avec une entrée en production annoncée pour 2027 et des livraisons à grande échelle prévues en 2028. Pour l’heure, les informations techniques restent parcellaires, Geely ayant surtout mis en avant le concept et les ambitions commerciales plutôt que les spécifications détaillées.
Ce qui frappe immédiatement, c’est l’absence totale de volant et de siège avant passager. L’habitacle est entièrement organisé autour d’un espace central dédié aux passagers, pensé davantage comme un salon roulant que comme l’intérieur d’une voiture classique. Les portes coulissantes électriques s’ouvrent sur une large ouverture, facilitant considérablement l’accès. Détail révélateur : les portières ne disposent d’aucun vide-poches, une décision volontaire pour réduire le risque que des passagers oublient des affaires à bord, un problème récurrent dans les flottes de taxis à fort volume.
Ces deux derniers points — l’échange de batterie et le nettoyage automatique — sont particulièrement significatifs. Ils indiquent que l’EVA Cab a été pensé pour une exploitation intensive, en minimisant les temps d’immobilisation. Sur une flotte de plusieurs milliers de véhicules, chaque minute gagnée sur la recharge ou l’entretien a un impact direct sur la rentabilité du service.

Geely présente l’EVA Cab comme le « premier robotaxi chinois conçu de zéro pour cet usage ». C’est une affirmation marketée qui mérite d’être nuancée. Il existe déjà des robotaxis en circulation en Chine, notamment à Pékin, Wuhan ou Shenzhen, mais la grande majorité sont des véhicules de série auxquels ont été greffés des équipements de conduite autonome : capteurs lidar, caméras, calculateurs supplémentaires. Geely a raison de pointer cette limite.
Sauf que le véritable premier véhicule conçu nativement pour le robotaxi en Chine est en réalité l’Apollo RT6 de Baidu, présenté dès 2022. Ce dernier, bien que d’apparence plus conventionnelle — il ressemble à un monospace familial classique —, avait lui aussi été développé sans contrainte de plateforme grand public. L’EVA Cab se démarque surtout par son design bien plus radical, qui évoque, étrangement, une version étirée et futuriste de la Fiat Multipla, avec ces optiques avant surélevées logées juste sous le pare-brise. Un parti pris esthétique singulier qui ne laisse pas indifférent.
Derrière l’EVA Cab, il y a une stratégie commerciale clairement définie. CaoCao Mobility, qui opère déjà une plateforme de covoiturage avec des millions d’utilisateurs en Chine, vise l’intégration de 100 000 EVA Cabs dans sa flotte d’ici 2030. Un objectif ambitieux, surtout quand on sait que le déploiement initial est prévu dans un nombre limité de territoires : Abu Dhabi, Hong Kong, et cinq grandes métropoles chinoises, avec un lancement dès 2027.
Le choix d’Abu Dhabi n’est pas anodin. Les Émirats arabes unis ont investi massivement dans les infrastructures de mobilité autonome et offrent un cadre réglementaire favorable aux expérimentations à grande échelle. Hong Kong, avec sa densité urbaine et son réseau de transport développé, représente un terrain d’essai différent, plus exigeant. Ces deux marchés permettront à Geely et à ses partenaires de tester le modèle avant d’envisager une expansion plus large.
Concevoir un véhicule sans volant est une chose. Faire tourner une flotte de plusieurs dizaines de milliers d’unités de manière fiable, sûre et rentable en est une autre. La conduite autonome de niveau 4 — c’est-à-dire sans aucune intervention humaine requise dans un domaine géographique défini — reste un objectif que peu d’acteurs ont réellement atteint à l’échelle commerciale. Waymo aux États-Unis fait figure d’exception, avec des opérations réelles à San Francisco et Phoenix. En Chine, Baidu Apollo progresse, mais les données de performance à grande échelle restent difficiles à évaluer de l’extérieur.
Afari Technology, chargée de fournir la brique technologique de conduite autonome à bord de l’EVA Cab, est une entreprise encore relativement discrète sur la scène internationale. Sa capacité à tenir les engagements annoncés dans des environnements urbains complexes — et dans des pays aux réglementations très différentes comme les Émirats et la Chine — sera déterminante. Tesla, pourtant doté de ressources colossales et de millions de kilomètres de données collectées, peine encore à livrer une autonomie totale sans supervision. Ce contexte rappelle que le hardware, aussi bien pensé soit-il, ne résout pas à lui seul l’équation de l’autonomie.
| Critère | Geely EVA Cab | Baidu Apollo RT6 |
|---|---|---|
| Année de présentation | 2026 | 2022 |
| Volant | Absent | Optionnel (version sans volant disponible) |
| Conçu nativement pour le robotaxi | Oui | Oui |
| Échange de batterie automatisé | Oui | Non communiqué |
| Marchés cibles initiaux | Chine, Abu Dhabi, Hong Kong | Chine (Wuhan, Pékin, etc.) |
| Partenaire technologique autonomie | Afari Technology | Baidu Apollo |
Le Geely EVA Cab incarne une vision cohérente du robotaxi de flotte, avec des choix de conception qui ont du sens sur le papier. Reste à savoir si la technologie embarquée sera à la hauteur des promesses, si les régulateurs suivront le rythme, et si le modèle économique tiendra la distance sur des centaines de milliers de courses quotidiennes. Construire le véhicule est finalement la partie la plus simple de l’équation.
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