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L’ancien patron de Jaguar a résumé le problème actuel de la marque

Albert Lecoq

Jaguar traverse une période charnière. Après avoir annoncé son pivot total vers l’électrique et abandonné ses motorisations thermiques, la marque britannique prépare son grand retour avec la Type 01, une berline de luxe à batterie positionnée face à Bentley et Rolls-Royce. Mais avant même que le premier prototype ne roule sur route ouverte, c’est le concept qui le préfigure — le Type 00 — qui fait déjà débat. Et pas seulement dans les commentaires sur les réseaux sociaux.

Ian Callum, 20 ans de Jaguar, et un regard sans concession

Ian Callum n’est pas n’importe quel observateur. Arrivé chez Jaguar en 1999 après ses débuts chez Ford à la fin des années 1970, il a piloté le design de la marque pendant deux décennies entières avant de quitter l’entreprise en 2019 pour fonder son propre studio, Ian Callum Design. À son actif : des modèles qui ont profondément marqué l’identité visuelle de Jaguar, comme la XF, la XJ, la XK, ou encore la F-Type. C’est également lui qui a imaginé l’I-Pace, le premier véhicule électrique de série de Jaguar, qu’il considère encore aujourd’hui comme l’une de ses créations les plus abouties. Son dernier projet pour la marque, le concept C-X75, reste une référence esthétique, au point que son studio en propose aujourd’hui une version accessible à l’achat.

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Autant dire que lorsque Callum porte un jugement sur la direction artistique actuelle de Jaguar, ce n’est pas à la légère. Interrogé dans le cadre d’un entretien plus large portant sur son travail autour de l’Aston Martin Vanquish, il a livré une analyse directe sur le Type 00 concept : « C’est très audacieux, très dramatique. Mais il lui manque la beauté. Je ne nie pas qu’il soit audacieux et dramatique ; les proportions sont très extrêmes. Pour moi, elles sont trop rétro… mais l’extrémité est courageuse. C’est brutal, mais il manque de beauté, et je pense qu’un des critères fondamentaux de Jaguar, c’est d’être beau. Ce n’est pas forcément un mauvais design, il lui manque simplement cet élément très important de l’ADN Jaguar. »

Un design clivant qui n’a pas fait l’unanimité sur le web

Le constat de Callum rejoint une partie des réactions observées lors du dévoilement du Type 00. Sur les forums et les réseaux sociaux, beaucoup d’observateurs ont critiqué ses proportions jugées trop anguleuses, voire caricaturales — certains commentateurs n’hésitant pas à le comparer à une création générée dans un jeu vidéo type Minecraft. La stratégie de communication de Jaguar elle-même, volontairement décalée et provocatrice, a également été perçue comme maladroite par une partie du public traditionnel de la marque.

Ce qui est en jeu ici dépasse le simple débat stylistique. Jaguar s’apprête à vivre ce qui pourrait être le lancement le plus décisif de son histoire, une maison fondée il y a plus d’un siècle. La Type 01, dont le nom a été confirmé quelques mois avant que les premiers prototypes ne soient aperçus sur la route, est attendue en présentation officielle d’ici la fin de l’année. Le niveau de pression est donc considérable, et le moindre faux pas risque de coûter cher à une marque qui joue gros sur ce repositionnement haut de gamme.

  • Callum a signé des modèles emblématiques : XF, XJ, XK, F-Type et I-Pace
  • Le concept Type 00 précède la berline de série Type 01, attendue fin 2026
  • Jaguar vise le segment ultra-premium, face à Bentley et Rolls-Royce
  • Le Type 00 a été critiqué pour ses proportions jugées trop rétro et anguleuses
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Le pari électrique à ce niveau de prix : un vrai défi commercial

Callum ne s’arrête pas à la forme. Il soulève une question de fond sur le positionnement électrique de la Type 01 dans ce segment de marché très spécifique : « Le plus grand défi de cette voiture, c’est qu’elle est électrique. Ce n’est pas un jugement de valeur de ma part, c’est simplement la réalité. Si vous regardez toutes les supercars électriques, personne ne semble vouloir en acheter. Les gens qui achètent des supercars ne se soucient pas de la consommation de carburant, ça c’est une certitude. »

Il ajoute une observation sociologique intéressante sur le profil type des acheteurs de ce segment : « Ce sont généralement des personnes d’un certain âge — plutôt 65 ans que 25 ans — et d’une génération pour qui le bruit du moteur et le passage des rapports sont fondamentaux. Cela ne durera pas éternellement. » Cette nuance est importante : Callum ne rejette pas l’électrique sur le long terme, il souligne simplement que la clientèle visée par Jaguar n’est pas encore prête à faire le deuil des sensations thermiques.

Il n’est pas le seul à formuler ce type d’analyse. Mate Rimac, PDG de Bugatti-Rimac, a lui-même déclaré que les acheteurs ne sont tout simplement pas intéressés par les hypercars électriques pour l’instant. Stephan Winkelmann, à la tête de Lamborghini, parle quant à lui d’un « hobby coûteux » pour qualifier les tentatives d’électrification à ce niveau de gamme. Ces prises de position convergentes dessinent un tableau nuancé sur la réalité du marché du luxe électrique.

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Que faut-il attendre de la Jaguar Type 01 ?

La Type 01 sera vraisemblablement positionnée au-dessus des 200 000 euros, sur un territoire où l’argument écologique pèse peu face aux exigences d’exclusivité, de prestige et d’émotion de conduite. La grande inconnue reste la capacité de Jaguar à proposer une expérience suffisamment distinctive pour séduire une clientèle qui n’a pas besoin d’une voiture électrique pour se sentir vertueux, mais qui en veut une pour affirmer son statut.

La question de la recharge rapide, de l’autonomie réelle sur autoroute et du comportement dynamique seront scrutés de près lors de l’essai des premiers exemplaires. Mais avant même ces tests, c’est bien l’esthétique qui polarise les avis. Et quand un homme comme Ian Callum, qui a façonné le design Jaguar pendant vingt ans, dit qu’il manque de beauté au concept, il serait imprudent de balayer cette critique d’un revers de main. Jaguar a encore quelques mois pour convaincre — et la barre est haute.

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