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La fin de la voiture thermique ne sera sans doute pas pour 2035 : l’électrique en crise

Philippe Moureau

Il fut un temps où l’Europe, poussée par les ambitions écologiques et la concurrence accrue de leaders comme Tesla, s’était résolument engagée sur la voie de l’électrification totale de son parc automobile d’ici 2035. Cependant, les dernières déclarations des leaders de l’industrie automobile, ainsi que des rapports récents, suggèrent que l’enthousiasme initial pourrait s’effriter face à des réalités économiques et politiques plus complexes.

Une ambition européenne face à des défis grandissants

L’objectif de l’Union européenne d’éliminer la vente de voitures thermiques d’ici 2035 semblait marquer une étape décisive vers un avenir plus vert. Cette initiative, soutenue par des subventions et des incitations, avait initialement stimulé une vague d’investissements et d’annonces prometteuses par les grands noms de l’automobile. Toutefois, un changement de ton semble s’opérer parmi les cadres du secteur, illustré notamment par Luca de Meo, président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), qui exprime désormais l’espoir d’un délai supplémentaire au-delà de 2035 pour la transition.

Plusieurs facteurs contribuent à cette reconsidération :

  • Une baisse des ventes : La demande pour les voitures électriques, bien que croissante, n’a pas atteint les niveaux anticipés dans toute l’Europe. Cette situation est exacerbée par la réduction ou l’élimination des aides à l’achat par les États, impactant directement l’attractivité économique des véhicules électriques, bien qu’en France, la transition continue son chemin avec 17% de parts de marché stabilisés.
  • Des doutes institutionnels : La Cour des comptes européenne a récemment exprimé des réserves quant à la faisabilité de l’objectif de 2035, pointant du doigt les échecs dans la réduction des émissions de carbone des voitures thermiques et les potentielles tensions avec les politiques industrielles et la souveraineté économique européenne.
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Les obstacles à une transition tout électrique

Si l’idée d’une interdiction totale des voitures thermiques en Europe en 2035 part d’une intention louable pour l’environnement, plusieurs obstacles majeurs pourraient en compromettre la réalisation :

  • Infrastructures de recharge insuffisantes : Le développement d’un réseau de recharge complet est crucial. À défaut, la mobilité électrique reste un défi logistique pour les utilisateurs. La France est championne avec les Pays-Bas de l’infrastructure de recharge, pourtant encore jugée insuffisante, alors que le reste de l’Europe peine à suivre le mouvement.
  • Coût des technologies électriques : Les véhicules électriques restent généralement plus coûteux à l’achat que leurs homologues à combustion, essentiellement parce que les modèles proposés dans un premier temps sont souvent les plus haut de gamme et plus équipés technologiquement, avant de commercialiser des véhicules plus abordables. Bien que les véhicules électriques chinois fassent exception, notamment ceux de la marque MG dont les tarifs défient toute concurrence.
  • Résistances socio-économiques : Le passage à l’électrique nécessite un changement profond des habitudes de consommation et se heurte à une acceptabilité sociale variable, surtout dans les régions moins urbaines où la voiture est souvent la principale mode de transport. Tout changement, bien que nécessaire, est souvent difficilement acceptable par tout le monde.
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Un avenir électrique, mais à quel rythme ?

La transition vers un parc automobile entièrement électrique en Europe est inévitable et nécessaire pour répondre aux urgences climatiques. Néanmoins, la stratégie pour y parvenir pourrait nécessiter plus de flexibilité et d’adaptation aux réalités du terrain. L’industrie automobile, tout en restant engagée dans cette transformation, appelle désormais à une révision des timelines pour s’assurer que le changement puisse s’effectuer de manière viable et équitable.

Le succès de cette transition dépendra non seulement de l’engagement des constructeurs et des politiques gouvernementales mais également de l’acceptation et de l’adaptation par les consommateurs. La route vers 2035 est encore longue et semée d’incertitudes, mais une chose est sûre : le débat sur le futur électrique de l’automobile européenne est plus pertinent que jamais.

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