Le samedi 16 août 2026, la vente aux enchères RM Sotheby’s de Monterey a livré l’un de ses résultats les plus spectaculaires depuis des années. La première Ferrari électrique jamais produite, la Ferrari Luce, a été adjugée à 40 millions de dollars, soit plus de 36 fois l’estimation initiale fixée à 1,1 million de dollars. Pour situer l’ampleur du chiffre : c’est environ 62 fois le prix catalogue officiel de la Luce chez Ferrari. La totalité de la somme est reversée à une fondation caritative. Voici ce que vous devez savoir sur cette vente et sur ce qu’elle dit de la trajectoire électrique de Maranello.
Ce qui a réellement été vendu ce soir-là à Monterey
Le châssis mis à l’encan n’est pas une Luce ordinaire — si tant est qu’une Ferrari à 640 000 dollars puisse être qualifiée d’ordinaire. Il s’agissait du châssis ZFF21BUA8T0338000, officiellement désigné « Chassis 0 », c’est-à-dire la toute première unité de production du programme Luce. RM Sotheby’s l’a proposé sans prix de réserve et a renoncé à sa commission d’acheteur, ce qui signifie que les 40 millions correspondent directement au prix marteau et au montant intégral du don, sans frais prélevés au passage.
Sur le plan de la finition, il s’agit d’une réalisation Tailor Made — le programme de personnalisation haute couture de Ferrari. La teinte est une création unique baptisée « Madreperla Semi-Gloss », une laque nacrée qui change de dominante selon l’angle de lumière, oscillant entre vert et violet. À l’intérieur, le cuir métallisé Le Mans « Perla » associé aux accents Grigio Corvara constitue, selon Ferrari, la première fois qu’une Luce s’habille autrement qu’en noir. Des jantes dédiées, des étriers personnalisés et un cheval cabré sur fond blanc optique complètent l’ensemble. Particularité non négligeable : l’acheteur n’a pas quitté la salle avec ses clés en poche. La voiture retourne à Maranello pour son assemblage final, avec une livraison prévue au premier trimestre 2027. Le produit de la vente bénéficie à The Ferrari Foundation, une organisation à but non lucratif qui finance des programmes éducatifs.
Ferrari et ses records aux enchères de bienfaisance : une mécanique bien huilée
Ce résultat n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans une habitude que Ferrari entretient avec une régularité remarquable, et à chaque édition, la barre monte. L’an dernier, à cette même vente de Monterey, une Daytona SP3 unique — construite en dehors du tirage de série limité à 599 exemplaires — s’était vendue 26 millions de dollars, là encore au profit de The Ferrari Foundation. Elle était alors présentée comme la voiture neuve la plus chère jamais adjugée aux enchères publiques. Douze mois plus tard, la Luce surpasse ce record de 54 % avec, cette fois, le moteur entièrement électrique.
Si l’on remonte un peu plus loin, une LaFerrari Aperta unique avait atteint 10 millions de dollars lors d’une vente organisée à Maranello en 2017, au profit des victimes d’un séisme en Italie centrale. La progression est frappante : 10 millions en 2017, 26 millions en 2025, 40 millions en 2026. Quant à l’aspect charity, il joue indéniablement un rôle dans l’inflation des enchères — les acheteurs de ce calibre savent qu’ils achètent autant un statut qu’une automobile —, mais cela ne suffit pas à expliquer à lui seul une mise à prix finale qui frôle les records historiques de vente automobile.
Pour vous donner un ordre de grandeur : RM Sotheby’s avait vendu une Ferrari 250 GTO de 1962 pour 48,4 millions de dollars en 2018, l’un des prix les plus élevés jamais atteints pour une automobile en vente publique. Le « Chassis 0 » de la Luce, une voiture électrique dont pas un seul client n’a encore pris possession, s’en approche à 8,4 millions de dollars près. C’est un repère qui mérite d’être retenu.
Spécifications et positionnement de la Ferrari Luce sur le marché électrique premium
Avant de s’emballer sur la symbolique de la vente, il peut être utile de rappeler ce qu’est concrètement la Luce. Voici les éléments clés que Ferrari a communiqués à date :
Prix catalogue officiel : environ 550 000 € (640 000 dollars)
Production totale : environ 499 exemplaires pour l’allocation 2026, tous réservés en moins de deux mois
Lancement commercial en Chine à 586 600 dollars, avec les 88 unités allouées vendues immédiatement
Finition Tailor Made disponible dès la commande, avec des options de personnalisation étendues
Livraisons effectives attendues à partir de 2027
En termes de positionnement tarifaire, la Luce se situe entre la Rimac Nevera et la Pininfarina Battista — deux voitures électriques de série dont les prix oscillent entre 2,2 et 2,5 millions de dollars — et des hypercar thermiques comme la SF90 XX. Ces deux références sont produites en volumes encore plus faibles que la Luce, ce qui relativise la notion de « série limitée ». Ce qui distingue la Ferrari, c’est la puissance du badge et la densité émotionnelle qu’il transporte, un actif que la marque monétise ici avec une efficacité difficile à contester.
Une réception initiale difficile, un retournement de situation inattendu
Le chemin qui a conduit à cette vente record n’a pas été rectiligne. Lors de sa présentation officielle à Rome en mai 2026, la Luce a essuyé des critiques sévères. L’action Ferrari (RACE) a chuté le jour de la révélation. L’ancien président Luca di Montezemolo a publiquement déclaré que le nom Ferrari n’avait pas sa place sur cette voiture. Un mois plus tard, Ferrari remplaçait son directeur marketing.
Puis le marché a répondu de manière totalement inverse : la quasi-totalité de l’allocation 2026 s’est écoulée en moins de deux mois, avant même qu’une seule voiture soit livrée. Et désormais, le premier exemplaire de production se vend 40 millions de dollars aux enchères. La dimension caritative tempère évidemment la portée directe de ce résultat pour Ferrari d’un point de vue commercial — ce n’est pas un signal de marché ordinaire. Mais après une présentation chahutée, l’équipe de Maranello peut tout de même s’appuyer sur deux faits concrets : une liste de commandes remplie et un record aux enchères. Pour une première voiture électrique de série, c’est un démarrage que peu de constructeurs pourraient revendiquer.
Rédigé par Albert Lecoq
Spécialiste des guides d'achat de voitures électriques, je suis passionné par les nouvelles technologies et je suis un fervent partisan de l'adoption de la technologie électrique et de la mobilité durable.
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