Dans ce pays, les dernières voitures thermiques disparaissent déjà des ventes
La Norvège vient de franchir un cap historique en novembre 2025 avec 97,6% d’immatriculations électriques, laissant les motorisations thermiques dans […]
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La Norvège vient de franchir un cap historique : 90 % des voitures neuves vendues dans le pays en 2024 étaient entièrement électriques. Cette performance remarquable interroge sur la capacité des autres nations européennes, y compris la France, à reproduire ce succès. Alors que l’Hexagone peine à dépasser les 16 % de part de marché électrique et que la moyenne européenne stagne autour de 15 %, l’exemple norvégien mérite d’être décortiqué.
Dans les rues d’Oslo, le changement saute aux yeux. Les Tesla et Volkswagen ID.4 ont remplacé les citadines thermiques, tandis que les bornes de recharge jalonnent les parkings de supermarchés et les pieds d’immeubles. Cette transformation s’observe même dans les provinces septentrionales du pays, où les températures hivernales descendent pourtant bien en dessous de zéro. L’infrastructure de recharge s’étend tous les 50 kilomètres sur les autoroutes, rendant les trajets longue distance parfaitement viables.
Le paradoxe norvégien interpelle : ce pays champion de la mobilité électrique figure parmi les plus gros exportateurs mondiaux d’hydrocarbures. Septième exportateur de pétrole brut et quatrième de gaz naturel, la Norvège finance ironiquement sa transition électrique grâce aux revenus de ses ressources fossiles offshore. Les taxes sur cette production peuvent atteindre 80 % du chiffre d’affaires, générant près de 37 milliards de dollars en 2024.
Cette manne financière alimente un système d’incitations sans équivalent en Europe. Depuis 2001, les véhicules électriques échappent à la TVA de 25 % (récemment limitée aux modèles sous 50 000 dollars), bénéficient de la gratuité du stationnement, d’un accès privilégié aux voies de bus et d’exemptions de péages. À l’inverse, les véhicules thermiques subissent une fiscalité particulièrement lourde, creusant l’écart de prix d’achat.
La Norvège dispose aujourd’hui du réseau de recharge le plus dense au monde avec plus de 22 000 bornes publiques pour 5,4 millions d’habitants. Cette densité remarquable facilite l’adoption des véhicules électriques, même dans un pays où l’hiver réduit naturellement l’autonomie des batteries. Les recherches menées par l’Université technique de Darmstadt confirment que les véhicules électriques y fonctionnent aussi efficacement que dans le reste de l’hémisphère nord, sans pannes excessives liées aux conditions climatiques.
Cette performance contraste avec la situation française, où le déploiement des bornes rapides reste inégal selon les territoires. La géographie joue évidemment en faveur de la Norvège – un territoire équivalent à celui du Montana pour une population comparable à celle de la métropole lyonnaise – mais l’approche méthodique de l’infrastructure reste instructive.
L’engagement norvégien en faveur des véhicules électriques remonte aux années 1990, quelques décennies après la découverte des gisements offshore. Erik Figenbaum, ingénieur-chercheur à l’Institut d’économie des transports, souligne que les premières mesures furent adoptées avec peu de données, dans une logique d’apprentissage par l’action. Les évaluations d’impact étaient rares et la documentation des décisions lacunaire.
Aujourd’hui, les politiques s’appuient sur une solide base de données concernant l’adoption des véhicules électriques, les habitudes de conduite et l’efficacité des programmes d’incitation. Marie Aarestrup Aasness, économiste des transports à l’Administration norvégienne des routes publiques, précise que le succès repose moins sur une conscience environnementale exceptionnelle des Norvégiens que sur l’attractivité économique créée par les pouvoirs publics.
Plusieurs facteurs spécifiques compliquent la transposition du modèle norvégien. L’absence d’industrie automobile nationale a facilité la transition, contrairement à la France qui compte des constructeurs historiques comme Renault et Stellantis. Ces groupes, bien qu’engagés dans l’électrification, doivent gérer la conversion de leurs chaînes de production et de leur main-d’œuvre.
L’écart de richesse joue également. Avec un PIB par habitant de 76 000 euros contre 38 600 euros en France, la Norvège peut se permettre des subventions plus généreuses. Les revenus pétroliers représentent une source de financement que ne possèdent ni la France ni la plupart des pays européens. La reproductibilité du modèle dépend donc largement de la capacité des États à mobiliser d’autres sources de financement.
Malgré ces spécificités, certains principes norvégiens restent transposables. La cohérence des politiques publiques sur le long terme constitue un facteur clé, là où les changements de majorité peuvent remettre en cause les orientations. L’approche globale combinant incitations à l’achat, avantages à l’usage et développement infrastructurel montre son efficacité.
Les recherches d’Aasness révèlent aussi une évolution intéressante : près de la moitié des conducteurs norvégiens estiment désormais que les véhicules électriques ne devraient plus bénéficier d’exemptions de péage, et 60 à 70 % remettent en question la gratuité du stationnement et l’accès aux voies de bus. Cette maturité du marché suggère qu’une réduction progressive des aides devient acceptable une fois l’électrique démocratisé.
L’expérience norvégienne démontre qu’une transition massive vers l’électrique reste possible, même dans des conditions climatiques difficiles. Pour l’Europe et la France, l’enjeu consistera à adapter ces recettes à des contextes économiques et industriels différents, en trouvant l’équilibre entre ambition environnementale et réalités budgétaires.
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