Les constructeurs auto se lancent dans la bataille des robots humanoïdes
Il y a quelques années encore, l’idée qu’un constructeur automobile puisse se mettre à fabriquer des robots humanoïdes aurait prêté […]
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Il y a quelque chose d’assez symbolique dans ce qui vient de se passer en Allemagne. Le pays qui a vu naître le moteur à combustion interne — et qui a bâti une bonne partie de son identité nationale sur l’automobile thermique — a enregistré en juin 2026 un premier historique : les voitures électriques à batterie sont devenues le groupe motopropulseur le plus vendu du mois, devançant pour la première fois les hybrides classiques, les voitures essence et diesel. Ce n’est pas anodin dans un pays où les marques comme Mercedes, BMW et Volkswagen ont longtemps incarné l’excellence du moteur à pistons.
Selon l’ADAC, le plus grand club automobile d’Allemagne, 84 057 voitures électriques pures ont été immatriculées en juin 2026, contre 83 315 hybrides non rechargeables. Un écart mince, certes, mais suffisant pour établir un nouveau record et inverser une hiérarchie qui semblait solidement installée. Les voitures essence ont quant à elles enregistré 60 796 ventes, le diesel 33 862 unités et les hybrides rechargeables 32 212 unités.
En termes de parts de marché, les voitures électriques à batterie représentent désormais 28,4 % des nouvelles immatriculations allemandes pour ce mois de juin. En ajoutant les hybrides rechargeables, le total des véhicules avec une prise atteint 39,3 % des ventes. Ce chiffre témoigne d’une adoption accélérée, portée notamment par un contexte géopolitique tendu autour des marchés pétroliers, qui pousse de nombreux acheteurs à reconsidérer leur dépendance aux carburants fossiles.
Ce résultat est d’autant plus notable que l’Allemagne a longtemps été à la traîne sur l’adoption de la voiture électrique par rapport à d’autres marchés européens. Jusqu’en 2019, la Norvège — un pays 16 fois moins peuplé — vendait davantage de voitures électriques que l’Allemagne en volume. Depuis, la courbe a progressé, non sans accrocs : la suppression des aides à l’achat fin 2023 avait provoqué un repli marqué des ventes, avant que le marché ne reprenne son élan à partir de 2024.
Ce rebond s’explique par plusieurs facteurs combinés :
Ces éléments conjugués ont visiblement convaincu une nouvelle vague d’acheteurs, jusqu’ici hésitants, de franchir le pas.
L’impact de ce basculement sur les émissions de CO₂ commence à se faire sentir. Selon les données disponibles, les émissions moyennes des voitures neuves vendues en Allemagne ont reculé de 13,6 % sur un an. C’est une baisse significative, même si les experts s’accordent à dire qu’un rythme similaire devrait s’appliquer à l’échelle mondiale et dans tous les secteurs pour espérer limiter les effets les plus sévères du réchauffement climatique.
Car il ne faut pas se leurrer : une majorité des voitures vendues en Allemagne en juin rejettent encore des émissions polluantes à l’échappement. Les véhicules électriques et hybrides rechargeables combinés représentent environ 39 % des ventes, ce qui signifie que plus de 60 % des nouvelles immatriculations concernent encore des motorisations thermiques pures. Et si l’on regarde le parc total roulant, les véhicules électriques et hybrides rechargeables ne représentent que 6 % environ des voitures circulant sur les routes allemandes. Autrement dit, la très grande majorité des automobiles que vous croisez sur l’Autobahn brûlent encore de l’essence ou du diesel.
Pour mieux comprendre l’ampleur du chemin restant à parcourir, l’exemple norvégien est éclairant. La Norvège avait pratiquement éliminé les ventes de voitures thermiques neuves dès 2021, grâce à une politique fiscale très incitative. Résultat : ce n’est qu’en 2026 que les voitures électriques y dépassent en nombre les diesels dans le parc total. Et selon les projections actuelles, il faudra encore une bonne décennie pour que les véhicules polluants disparaissent presque totalement des routes norvégiennes.
Ce décalage entre les ventes de véhicules neufs et la composition réelle du parc roulant est une réalité incontournable. Les voitures ont une durée de vie de 10 à 15 ans en moyenne, parfois davantage. Même si les ventes de voitures électriques venaient à s’emballer encore plus rapidement, les moteurs thermiques resteront majoritaires sur les routes allemandes pendant de nombreuses années. L’Allemagne a beau avoir franchi un seuil symbolique important en juin 2026, elle part avec un retard structurel sur ses voisins scandinaves.
Ce résultat intervient dans un contexte politique paradoxal. L’Union européenne a ces derniers mois assoupli ses objectifs en matière d’émissions pour les constructeurs automobiles, repoussant certaines échéances et laissant plus de marge aux motorisations thermiques. Certains y voient une concession aux lobbies industriels, d’autres une adaptation pragmatique aux réalités du marché. Ce qui est certain, c’est que cet assouplissement risque de prolonger la vie du moteur à combustion au-delà de ce que les objectifs climatiques initiaux prévoyaient.
Dans ce contexte, le record enregistré en juin en Allemagne prend une saveur particulière. Ce n’est pas un phénomène administratif ou le fruit d’une incitation ponctuelle : c’est le marché lui-même, avec ses acheteurs privés et ses entreprises, qui a choisi la motorisation zéro émission à l’échappement comme première option. Que ce basculement s’installe dans la durée ou qu’il connaisse encore des fluctuations, il témoigne que le pays du moteur à explosion a bel et bien entamé sa propre mue — à son rythme, avec ses propres contradictions, mais de manière désormais visible.
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